Sénèque, biographie d’un philosophe du pouvoir

1 août 2019
Sénèque était un grand penseur et un grand connaisseur de la nature humaine. Bien qu'il ait prêché beaucoup plus qu'il n'ait appliqué, ses écrits figurent sans aucun doute parmi les plus beaux ouvrages de philosophie et d'éthique de tous les temps.

Sénèque fut l’un des hommes les plus sages et inspirants de la Rome antique. Bien qu’il soit entré dans l’histoire en tant que philosophe réfléchissant sur l’éthique, il était d’abord et avant tout un homme de pouvoir. Il a réussi à comprendre en profondeur la nature humaine à l’une des époques les plus décadentes de l’histoire.

Comme d’autres grandes figures de l’histoire, Sénèque se caractérise par une curiosité insatiable qui lui permet de s’immerger dans différentes sciences, cultures et croyances avec une grande ouverture.

« Certains sont jugés grands parce qu’on mesure aussi le piédestal. »

-Sénèque-

Il a étudié les Egyptiens avec la même passion que les Romains et les Grecs. Finalement, il a choisi de suivre les postulats du stoïcisme et est devenu l’une des figures les plus représentatives de cette école.

L’un des grands paradoxes de l’histoire et du pouvoir est que Sénèque a été le maître de quelqu’un qui pourrait être son contraire : l’empereur Néron. D’ailleurs, c’est précisément son élève qui l’a finalement condamné à mort.

L’Antiquité Classique nous a légué une abondance d’œuvres littéraires et philosophiques qui, à ce jour, continuent de retenir notre attention. De tous les textes latins que l’on croit avoir été écrits, un pourcentage extrêmement faible nous est parvenu, mais suffisant pour nous rapprocher d’auteurs aussi intéressants que Sénèque. Dans cet article, nous vous invitons à découvrir l’un des plus brillants penseurs de l’Antiquité.

Une statue de Sénèque devant un bâtiment

L’enfance de Sénèque

Bien qu’il n’y ait pas de certitude totale, tout semble indiquer que Sénèque est né à l’actuelle Cordoue (Espagne), en l’an IV avant notre ère. C’était un enfant malade, souffrant d’asthme à l’extrême. Son père était le procureur de Rome et aussi un célèbre orateur et rhétoricien.

L’un des faits curieux de la vie de ce grand philosophe est qu’il avait deux frères. Les deux, ainsi que Sénèque, étaient des hommes importants à leur époque, mais tous les trois ont fini par se suicider à des moments différents.

En réalité, Sénèque a été éduqué principalement par la demi-sœur de sa mère à Rome. Avec cette famille adoptive, il est aussi parti vivre à Alexandrie, où il a beaucoup appris sur la culture égyptienne. Au cours de cette période, il a commencé à explorer diverses sciences et connaissances. Par la suite, on pense qu’il a passé du temps à Athènes.

Le pouvoir et ses éclats

En l’an 31 de notre ère, Sénèque fut nommé magistrat romain. Il a brillamment performé et, en quelques années, il est devenu le principal orateur au Sénat. A ce moment-là, le méchant Caligula était monté sur le trône, éprouvait une grande jalousie pour l’orateur, et le condamna par conséquent à mort. Apparemment, une courtisane l’a persuadé de ne pas purger sa peine.

Lorsque l’empereur Claude prit le pouvoir, sa première femme, Messaline, fit tout son possible pour qu’il soit à nouveau condamné à mort. Cette sentence a été commuée par l’exil. Sénèque est parti pour la Corse, où il restera huit ans en exil.

Agrippine, la seconde épouse de Claude, est intervenu pour qu’on lui permette de revenir, car elle voyait en Sénèque un allié qui l’aiderait à accroître le prestige de l’empereur. En outre, elle pensait que Sénèque pouvait contribuer à la réalisation de son grand objectif : faire de Néron un empereur, même s’il n’était pas un fils légitime de Claude.

Néron, le disciple

Finalement, les plans d’Agrippine se sont concrétisés et sont arrivés à bon port comme elle s’y attendait. A la mort de Claude, Néron n’avait que 17 ans. A cette époque, Sénèque fut nommé conseiller politique et ministre, bien qu’en pratique, c’est lui qui gouverna l’empire pendant les huit années suivantes en compagnie de Burro, un autre conseiller de Néron.

Il semble que Néron tenait son conseiller et son professeur en haute estime. De plus, le pouvoir entre les mains du philosophe maintenait l’empire stable et florissant. Cependant, au fur et à mesure que le jeune empereur grandissait, ses soupçons autour de son mentor s’éveillaient.

Bien que Sénèque ait été un moraliste stoïque, la vérité est que, durant cette période, il a accumulé plus de richesses que tout autre homme de pouvoir de son temps. Pour cette raison, et aussi à la suite de diverses intrigues, Néron commença à le voir comme un ennemi potentiel ; il l’accusa d’hypocrisie, et même d’être l’amant de sa mère, Agrippine.

Statue de Sénèque, un des plus grands philosophes de tous les temps

La mort de Sénèque

L’un des épisodes les plus contradictoires et les plus regrettables de la vie de Sénèque fut le moment où Néron assassina sa mère. Au lieu de remettre en question le fait, le philosophe a essayé par tous les moyens de le justifier. Il était évident qu’il craignait l’empereur et ne pensait qu’à se sauver lui-même.

Après la mort de Burro, Sénèque était pratiquement seul. Pour tenter de gagner la faveur de Néron, il lui proposa de lui donner toute sa richesse et tous ses biens. En même temps, il demanda à l’empereur la permission de se retirer de la vie publique. Sénèque craignait pour sa vie et a essayé de se sauver du mieux qu’il pouvait, ainsi, il a réussi à vivre encore quelques années.

Finalement, Néron l’impliqua dans un complot qui avait été mené contre lui, même si ce n’était qu’un prétexte pour le condamner à mort. A cette époque, si le condamné était un patricien, il se suiciderait. Sénèque obéit à la règle et suivit la tradition avec sa femme. Après sa mort, ses frères et son neveu se sont également suicidés par crainte de la cruauté de Néron.

C’est ainsi que la vie d’un grand penseur prit fin, tragiquement et même injustement. Une fin qui, d’autre part, contraste avec certaines de ses contributions à la philosophie, avec l’éthique qu’il défendait.

 

  • Zambrano, M., & Seneca, L. A. (1987). El pensamiento vivo de Séneca. Cátedra.