Ross Rosenberg et le syndrome de l’aimant humain

· 15 août 2018

Le syndrome de l’aimant humain est un concept inventé par le psychologue et thérapeute Ross Rosenberg. C’est aussi le nom d’un livre qui a explosé tous les records de ventes. Cette théorie tourne autour d’une réalité découverte par Rossenberg : nous sommes extrêmement attirés par des personnes qui, tôt ou tard, nous feront souffrir.

Selon cette thèse, ce que nous appelons une « alchimie » entre deux personnes ne serait autre que l’expression de cette attirance dysfonctionnelle qui a parfois lieu. Deux pulsions créent cette alchimie: la pulsion d’amour et la pulsion de guerre. Pour le dire d’une autre façon, nous sommes attiré-e-s par des personnes avec qui nous entrerons probablement en conflit.

Ceci expliquerait pourquoi, très souvent, les personnes ne font pas attention à ceux qui ont de grandes qualités et offrent de la stabilité ou de la tendresse. Les gens les moins équilibrés connaissent souvent plus de succès dans la monde de l’attraction amoureuse. Le syndrome de l’aimant humain explique pourquoi.

« On peut dire que, pour que la « danse de la co-dépendance » se produise, la participation de deux personnes est nécessaire: la narcissique qui prend le contrôle et la co-dépendante qui suit celle qui mène la danse. »

-Ross Rosenberg-

Le syndrome de l’aimant humain en action

Les victimes du syndrome de l’aimant humain le savent. Quand ce syndrome a lieu, une attirance très puissante éclate. Une sensation d’avoir rencontré une personne spéciale, de posséder une connexion particulière. Il y a aussi un désir très fort de caresser cette personne ou, dans tous les cas, d’entrer en contact physique avec elle.

Les personnes se laissent porter par cette attirance et commencent une relation qui, en général, est très intense. Chacun a l’impression que l’autre est « l’amour de sa vie ». Quelqu’un qui le complète et le rend heureux.

Cependant, très rapidement (ou trop), les conflits commencent. Que ce soit par jalousie, parce qu’on ne pense pas de la même façon, parce qu’on est trop possessif… La même personne qui nous rendait immensément heureux-ses commence alors à être un motif de souffrance. Les deux membres se causent des blessures mutuelles et une véritable guerre éclate. Malgré tout, chacun a du mal à s’écarter de l’autre.

ross rosenberg et sa théorie de l'aimant

Narcissisme et co-dépendance

Selon Rosenberg, le syndrome de l’aimant humain a généralement lieu entre deux types de personnes : les co-dépendantes et les narcissiquesMais il précise aussi que toute relation crée une certaine co-dépendance dans le couple. Le problème apparaît quand celle-ci domine et constitue un véritable drame pour celui qui la vit.

La co-dépendance pousse l’un des deux membres à se livrer tout entier à l’autre. Sans limites. Il essaye de donner le meilleur de lui-même, sans le moindre filtre. L’autre, qui serait le narcissique, est content de recevoir ce « cadeau ». Il correspond à des démonstrations d’affection, de l’attention, des petits soins… Jusque là, tout semble harmonieux et parfait.

dépendance et théorie de l'aimant

Cependant, très rapidement, le narcissique en voudra davantage. Même si l’autre se livre entièrement, il sentira que quelque chose manque. Progressivement, ce qu’il reçoit ne lui procure plus de satisfaction et il en demande plus. Toujours plus.

Le co-dépendant, de son côté, a l’impression de ne pas compter. Il sentira que l’autre n’a peut-être plus besoin de lui. Cela l’emplira d’insécurités et il essayera toujours d’en faire plus, même s’il se plaindra aussi de l’indifférence de l’autre.

Une souffrance sans fin

Ceux qui vivent ce syndrome de l’aimant humain créeront des relations qui, avec le temps, deviendront douloureuses et asphyxiantes. Cependant, l’attirance est toujours là et devient même parfois plus forte, malgré tout le mal que les membres s’infligent.

Pour une quelconque raison, le co-dépendant veut continuer à être contrôlé. Et le narcissique a désespérément besoin de son « adorateur ». C’est pour cela que les deux refusent de mettre fin à une relation qui, au fond, leur fait du mal. Car elle perpétue leur déséquilibre.

Le mécanisme est similaire à celui qui se produit dans le cas d’une addiction. Au début, la sensation procure énormément de plaisir. Une euphorie intense a lieu. Certains appellent cela « le bonheur ». Même si, avec le temps, cette sensation si agréable finit par disparaître et céder sa place à de grandes souffrances, les personnes ne se résignent pas à abandonner le plaisir initial. D’une façon ou d’une autre, elles continuent de chercher cette sensation, de manière compulsive.

 

Le co-dépendant et le narcissique sont, d’un point de vue psychologique, totalement opposés. Et c’est pour cela qu’ils deviennent complémentaires. On les entend souvent dire que l’autre est leur « âme sœur » et c’est le cas. Même si c’est d’un point de vue pathologique.

Le syndrome de l’aimant humain nous montre donc pourquoi « nous aimons » ceux qui nous font souffrir. Il nous révèle aussi que cela est davantage lié à des pathologies individuelles qui se renforcent en couple qu’à de véritables amours.