Revenir à la normale après une situation traumatisante

13 novembre, 2020
Ne vous y trompez pas : le temps ne soigne pas les traumatismes, ni ne nous fait les oublier. Généralement, il les infecte et rend la blessure plus grande. Que devons-nous faire après ces expériences douloureuses ? Nous allons tout vous dire à ce sujet.

Est-il possible de revenir à la normale après une situation traumatisante ? La réponse, aussi frappante qu’elle puisse paraître, est “non, pas toujours”.

Ce n’est pas le cas en premier lieu, car si nous ne mettons pas en place des mécanismes d’adaptation et de guérison après cette situation, elle nous accompagnera sûrement toujours. Elle le fera également sous forme de stress, d’anxiété, d’états dépressifs…

D’autre part, il y a un aspect qu’il est important de prendre en considération. Même si nous surmontons les effets d’un événement traumatisant, nous ne serons plus jamais les mêmes qu’avant. Nous allons céder la place à un autre type de normalité, mais cela ne signifie pas que cette nouvelle réalité est pire que la précédente ou que notre qualité de vie va diminuer.

En réalité, nous allons créer un nouveau “moi”. Quelqu’un avec de nouvelles ressources pour gérer la souffrance, avec une plus grande sécurité intérieure pour construire son propre bonheur et grandir avec espoir.

Il est également conseillé de laisser de côté l’idée classique selon laquelle c’est en passant par l’adversité que l’on devient plus fort. Surmonter un événement complexe ou même dramatique n’est pas une question de forces. Il s’agit de compétences, de ressources et de stratégies. Il s’agit d’apprendre à être flexible, résilient et d’accepter ce qui fait mal en apprenant à vivre avec.

Tous ces processus ne sont pas faciles à vivre. Mais même si nous ne retrouvons pas la même normalité, nous laisserons place à de nouvelles étapes tout aussi lumineuses, tout aussi dignes, voire plus.

Les clés pour faire face à une situation traumatisante.

Les clés du retour à la normale après une situation traumatisante

Les troubles de stress post-traumatique sont encore mal compris par la majorité de la population. On suppose, par exemple, que ces réalités mentales sont surtout vécues par des soldats, des personnes qui ont été dans des conflits armés, ou par des victimes ou témoins d’un attentat terroriste.

Il nous échappe que cette condition est tristement courante et que des millions de personnes dans le monde en souffrent. Nous avons peut-être quelqu’un de très proche en ce moment qui gère un TSPT (trouble de stress post-traumatique) depuis des années.

Des expériences telles que des abus dans l’enfance ou dans le cadre d’une relation affective, le fait d’avoir subi des brimades ou du harcèlement au travail, le fait d’avoir survécu à un accident de la route ou même à une maladie grave laissent cette blessure au cerveau. Et dans de nombreux cas, elle peut exister éternellement.

Pourquoi faut-il tant de temps pour se remettre d’un traumatisme ?

Chacun vit et interprète les expériences à sa manière. Par exemple, certaines personnes vivent la perte d’un animal de compagnie de manière traumatisante. D’autres peuvent ne pas ressentir cette perte et remplacer l’animal par un autre au bout de quelques jours. Il y a aussi ceux qui supportent assez bien le fait d’avoir été agressés.

D’autre part, il y a des gens qui développent une peur paralysante après une telle expérience. Nous entendons par là ce qui suit : la plupart d’entre nous peuvent revenir à la normale après une situation traumatisante, mais il y a ceux qui ne la vivent pas avec un tel impact émotionnel et psychologique.

Cependant, l’expérience négative peut parfois être particulièrement grave (comme la souffrance lié à un abus dans l’enfance). Dans ces cas, l’impact est toujours sévère.

Brian Levine, scientifique au Rotman Research Institute de Baycrest et professeur de psychologie à l’université de Toronto, a étudié ces situations. Dans son livre Memory and Trauma, il explique que ces expériences génèrent ce que l’on appelle “l’effet de traînée” dans le cerveau.

C’est-à-dire que certaines images et sensations vécues sont scellées dans la mémoire émotionnelle de manière intense. Peu importe le temps qui passe, ces souvenirs imprègnent tout et génèrent un effet d’entraînement : notre potentiel, notre bonheur, notre capacité à prendre des décisions, à établir des liens satisfaisants sont emportés.

Une situation traumatisante provoque une faible estime de soi.

Comment revenir à la normale après une situation traumatisante

Nous l’avons souligné au début. Même si nous nous efforçons de revenir à la normale après une situation traumatisante, beaucoup de choses ont changé en nous. Par ailleurs, nous disposons même d’échelles pour mesurer les effets des traumatismes, comme celle mise au point par Tedeshi et Calhoum en 1996.

Grâce à cet instrument, il a été possible de constater qu’en moyenne, ce sont les femmes qui parviennent le mieux à surmonter ces événements en développant une nouvelle appréciation de la vie et un nouveau positivisme. Cependant, pour atteindre cet état, il est nécessaire de passer par les étapes suivantes :

  • Après l’expérience traumatisante, nous devons nous donner du temps. Il n’est pas possible de revenir à la normalité après une telle expérience.
  • Nous devons faire face à la réalité, nous raconter en détail ce qui s’est passé, savoir ce que nous ressentons, ce que nous pensons et prendre contact avec ce qui fait mal.
  • Ce voyage de dépassement ne peut pas se faire seul. Nous devons compter sur quelqu’un, sur cette ou ces personnes qui nous aiment et qui nous offrent leur proximité.
  • Nous devons suivre une thérapie psychologique. Il existe des approches et des stratégies très efficaces pour faire face aux traumatismes.
  • Pour tenter de revenir à la normale après une situation traumatisante, il est également conseillé de créer de nouvelles routines. Le cerveau a besoin d’habitudes, car c’est ainsi que nous nous sentons en sécurité.
  • Il est conseillé de se lancer dans de nouveaux projets. Le sentiment de laisser certaines choses derrière nous pour relever de nouveaux défis nous donne un sentiment de maîtrise et alimente, en quelque sorte, l’illusion et les perspectives.

Pour conclure, ces expériences ne sont faciles pour personne. A tel point que de nombreuses personnes restent prisonnières du syndrome de stress post-traumatique sans jamais demander d’aide psychologique. Les blessures doivent être traitées afin de pouvoir continuer à vivre. Car pour être heureux, il ne suffit pas de survivre, il faut briser les chaînes qui nous emprisonnent.

  • Tedeschi, R. G., & Calhoun, L. G. (1996). The posttraumatic growth inventory: Measuring the positive legacy of trauma. Journal of Traumatic Stress9(3), 455–471. https://doi.org/10.1002/jts.2490090305
  • Yehuda, R. (2002, January 10). Post-traumatic stress disorder. New England Journal of Medicine. https://doi.org/10.1056/NEJMra0129
  • Levine, P (2015) Trauma And Memory. North Atlantic Books