Qu’est-ce que la connaissance sociale ?

3 janvier 2018 dans Psychologie 89 Partagés

Chacun d’entre nous, au travers d’une observation superficielle, peut voir que les phénomènes sociaux ont une nature très différente des phénomènes physiques. De plus, non seulement nous les voyons différemment, mais nous agissons également de manière différente face à eux. Or, qu’est-ce réellement que la connaissance sociale ? Et comment construisons-nous cette connaissance dans nos esprits ? Beaucoup de psychologues au fil de l’histoire ont cherché à donner une réponse à ces questions.

L’étude sur la connaissance sociale est un champ de recherche très large et de grande importance. En effet, l’intérêt de ce champ d’étude est multiple et il peut être considéré depuis bien des points de vue (psychologique, éducatif, épistémologique…). Dans cet article, nous allons vous parler de deux aspects concrets : la construction des représentations de la réalité sociale et la nature des phénomènes sociaux.

Construction de la connaissance sociale

Un aspect clé de la connaissance sociale consiste à comprendre comment elle se construit. En observant le fonctionnement du monde qui nous entoure, nous construisons des représentations ou des modèles qui expliquent ce que l’on perçoit. Cela nous sert à donner un sens à ce qui arrive autour de nous et à générer des modèles propres et très utiles tels que les marques de l’action.

En effet, les représentations nous permettent d’anticiper ce qui va arriver et d’agir en conséquence. Il est simple de déduire la grande valeur adaptative qu’a notre capacité de générer et d’ajuster les modèles valides et fiables. Par exemple, en établissant une représentation du fonctionnement de l’électricité et les dommages que cela peut causer, nous écartons l’idée de mettre les doigts dans la prise.

danseuse observant une libellule sur une fleur

Un aspect clé de l’espèce humaine, c’est son environnement social. Grâce à la vie en société, nous avons pu nous adapter à un environnement hostile, malgré les déficiences naturelles de l’être humain. C’est pourquoi il est logique de penser que nous devons avoir un grand répertoire de modèles sociaux qui nous permettent de savoir comment agir au quotidien dans le domaine social.

Dans ces représentations ou ces modèles de la société, que l’on appelle en psychologie la connaissance sociale, on peut trouver trois grandes catégories :

  • La connaissance des autres et de soi : au travers de l’expérience que l’on vit avec les autres, nous allons créer des modèles qui nous permettent de connaître les autres, mais qui nous permettent aussi de nous connaître nous-mêmes. Connaître les esprits des autres, autrement dit savoir comment ils pensent, cela nous aide à prévoir leurs actions. Les études sur ce qu’on appelle « la théorie de l’esprit » sont ici tout à fait liées à ce dont il est question dans ce paragraphe.
  • La connaissance morale et conventionnelle : le sujet va acquérir les règles ou les normes qui régulent les relations que l’on a avec les autres. Savoir cela nous permet de nous adapter à notre communauté et de vivre avec les autres. En ce sens, le psychologue Lawrence Kohlberg a étudié le développement de la morale chez l’être humain.
  • La connaissance des institutions : un aspect clé de la connaissance sociale consiste à comprendre les rôles qu’occupent les personnes dans une société. Ici, nous parlons des représentations que nous avons du comportement d’un commerçant, d’un chef, d’un représentant politique, etc. Cela nous aide à réaliser n’importe quel acte social sans avoir besoin de savoir comment est la personne que nous avons face à nous, car nous connaissons le rôle que l’on doit jouer.

Nature des phénomènes sociaux

Même s’il semble évident qu’il existe des différences entre un phénomène physique et un phénomène social, faire des différences explicites devient compliqué. On peut définir les faits physiques comme des objectifs indépendants du sujet, et les faits sociaux comme des objectifs subjectifs et dépendants, mais depuis une perspective socio-constructiviste, cette distinction manque de sens.

Le philosophe John Searle nous propose de comprendre de quoi sont composés les phénomènes sociaux. Pour expliquer les représentations que l’on fait du monde social, Searle introduit trois éléments : (a) les règles constitutives, (b) l’assignation de fonctions et (c) l’intentionnalité collective.

De même qu’un jeu est composé de règles, Searle affirme que les institutions le sont aussi. Et l’importance de ces normes est que sans elles, ne pourraient exister ni le jeu, ni les institutions.

Par exemple, au moment de jouer aux échecs, il y a un ensemble de règles qui nous disent ce que l’on peut faire et ce que l’on ne peut pas faire ; si ces normes n’existaient pas, le jeu manquerait de sens. Il en va de même avec nos institutions, elles existent dans la mesure où nous décidons qu’elles existent. Un exemple clair de cela est la monnaie ; il existe des règles qui disent combien vaut chaque billet et dans quelles conditions ces billets s’échangent. Si ces règles n’existaient pas, l’argent ne serait que du métal ou du papier.

homme pensant à l'argent

Lorsque nous parlons d’assignation de fonctions, nous faisons référence à l’intention d’attribuer des fonctions aux objets et aux personnes. Nous disons que les chaises servent à s’assoir et les fourchettes à manger, mais il ne s’agit pas de propriétés intrinsèques à ces objets : la fonction est imposée par l’être humain. Cette attribution est en grande mesure collective, ce qui génère une connaissance partagée socialement sur la fonction des personnes et des objets dans la société.

Finalement, il est important de comprendre le rôle que joue l’intentionnalité collective. Cela suppose la tentative de l’être humain de partager des croyances, des désirs et des intentions, ce qui lui permet d’agir dans un champ où la coopération est possible, réussissant ainsi à vivre dans une société adaptative et sûre pour tous les individus.

La connaissance sociale nous aide à comprendre et à savoir agir au sein de la société. Son étude a une grande valeur ajoutée et nous permet d’agir à bien des niveaux. Par exemple, en ce qui concerne l’éducation, comprendre cela nous permet de savoir quels modèles nous devons suivre ou quelles mesures pédagogiques nous devons prendre au moment de créer une société plus juste et coopérative.

A découvrir aussi