Prenons soin de celleux qui prennent soin de nous

· 2 avril 2017

Prenons soin de celleux qui prennent soin de nous car les médecins, infirmières, gardien-ne-s, auxiliaires et, en définitive, tout le personnel sanitaire, donnent le meilleur d’elleux-mêmes pour prendre soin de nous malgré toutes les difficultés. Elleux aussi sentent notre douleur et souffrent de la bureaucratie qu’implique leur travail de la même façon que nous souffrons des listes d’attente.

Parfois, tout le personnel sanitaire doit jongler pour concilier les exigences de la bureaucratie, de leurs chefs au centre sanitaire, du bien-être du/de la patient-e et des critiques de l’entourage. Tout cela, sans compter le stress personnel qu’iels peuvent endurer dans leurs propres vies.

C’est pourquoi il est fréquent de trouver des problèmes de stress ou de burn-out dans le personnel sanitaire. Par conséquent, penser à celleux qui s’occupent de nous, pour leur bien-être, et prendre soin d’elleux avec des techniques comme le mindfulness devrait être une priorité dans les centres hospitaliers car celleux qui prennent soin de nous ont aussi besoin que l’on prenne soin d’elleux.


« Le médecin compétent, avant de donner un médicament à son patient, se familiarise non seulement avec la maladie qu’il veut soigner, mais aussi avec les habitudes et la constitution du malade. »

-Cicéron-


Stress et burn-out au sein du personnel sanitaire

Lorsque nous nous rendons avec nos proches dans un hôpital, nous ressentons habituellement de la peur et nous sommes frustré-e-s parce que nous voyons souffrir une personne que nous aimons beaucoup, mais nous ne pouvons rien faire pour elle puisque nous ne sommes pas médecins. Ainsi, nous nous sentons impuissant-e-s, anxieux-ses et demandons à ce qu’elle soit soignée le plus vite possible, en dérangeant, peut-être de manière trop exigeante, le personnel sanitaire que nous croisons sur notre chemin.

En outre, tou-te-s et chacun-e des membres de cet hôpital vivent en étant soumis à des horaires de travail épuisants et, parfois, surtout pendant la période estivale, iels souffrent du manque de personnel dans leurs centres. Et même dans ces situations, iels exercent leur travail avec le plus grand professionnalisme possible, en essayant d’équilibrer toutes les demandes, les nôtres et celles de leurs centres, mais parfois, cet équilibre se brise et les problèmes commencent.

Stress

Le stress au travail entraîne un ensemble de réactions émotionnelles, cognitives, physiologiques et comportementales chez le/la travailleur-se par rapport à certains aspects adverses ou nuisibles du travail. Le stress au sein du personnel sanitaire surgit quand les demandes de travail sont trop hautes et, au même moment, la capacité de contrôle dans la prise de décisions – par manque de ressources aussi bien personnelles que dépendantes du milieu sanitaire – est trop basse.

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Des conditions de travail déterminées, propres au personnel sanitaire, apparaissent habituellement en lien avec un haut rang de symptômes physiques et psychiques qui se répercutent dans la santé du médecin, dans l’organisation même et dans la qualité des soins que les professionnel-le-s de la santé nous apportent.

Ces situations peuvent être liées aux relations avec les patient-e-s et leurs proches, le contact quotidien avec la mort et la douleur, la responsabilité de la santé des autres, l’affrontement de situations d’urgence ou la pression sociale et les difficultés de coordination.

Burn-out

Le burn-out, syndrome de l’épuisé ou syndrome de l’épuisement au travail est une conséquence du stress cataloguée depuis 1994 par l’Organisation Mondiale de la Santé comme une maladie du travail. C’est un trouble émotionnel au cours duquel les variables de l’environnement de travail, du stress causé par le travail et du style de vie de l’employé-e sont très importantes. On distingue trois dimensions :

  • L’épuisement émotionnel : il se manifeste dans des changements émotionnels qui surgissent des difficultés des professionnel-le-s à gérer les émotions intenses, des patient-e-s ou d’autres professionnel-le-s, qui affectent leurs décisions professionnelles et augmentent les erreurs dans la pratique. En outre, ces altérations émotionnelles entraînent un mal-être psychologique et réduisent l’empathie qui facilite une bonne relation entre professionnel-le et patient-e.
  • Dépersonnalisation : caractérisée par une tendance à l’éloignement avec les patient-e-s et l’adoption d’une conduite de robotisation, qui peuvent faire augmenter les erreurs dans le travail.
  • Sensation de faible réalisation personnelle : qui dans ces cas s’associe inversement avec l’optimisme et la valorisation du travail et qui, en plus, se trouve augmentée quand les professionnel-le-s sont en lien avec les maladies terminales.
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Tout cela fait que les conséquences aussi bien psychologiques que pour la santé sont très graves. Certains des symptômes les plus communs dont on souffre avec ce syndrome sont : une faible estime de soi, un sentiment d’épuisement, d’échec et d’impuissance, un état d’excitation et de nervosité permanent, des comportements irritables ou agressifs, des maux de tête, de la tachycardie, de l’insomnie et un faible rendement, entre autres.


Quand un médecin devient fou, il est très compliqué de s’en rendre compte. Beaucoup d’entre eux s’exténuent au travail et ont le cerveau fatigué. »

-Agatha Christie-


Différence entre stress et burn-out

Bien que les différences entre stress et burn-out ne soient pas faciles à établir, on peut considérer le burn-out comme l’ultime phase du stress chronique. Ainsi, selon le modèle de Selye, qui considérait la troisième phase du stress comme la phase de l’épuisement, il existe certaines différences :

  • Le stress peut disparaître après une période adéquate de repos, le burn-out ne décline pas avec des vacances : le burn-out n’est pas un processus associé à la fatigue, mais à la démotivation émotionnelle et cognitive que suit l’abandon d’intérêts qui à un moment étaient importants pour le/la travailleur-se du milieu sanitaire.
  • Le burn-out apparaît de manière plus brutale que le stress : au sein du personnel sanitaire, le burn-out apparaît de manière insidieuse alors que le stress se développe pendant une période de temps plus prolongée où l’on voit les demandes de soin augmenter.
  • Le burn-out est une variable du stress liée spécifiquement à la perte des éléments cognitifs qui valorisent un travail : il apparaît quand on perd la justification d’un effort ou d’une tâche qui avant nous passionnait et qui est devenue une charge trop lourde, monotone ou excessive.

Les bénéfices du mindfulness au sein du personnel sanitaire

La santé mentale de ces professionnel-le-s requiert une attention spéciale pour apprendre à réguler les situations de stress, d’anxiété et de mal-être émotionnel. La pratique du Mindfulness n’améliore pas seulement le fonctionnement et la qualité de vie du/de la professionnel-le de santé, elle améliore aussi le service et l’attention prêtée aux patient-e-s.

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Certaines techniques basées sur le mindfulness, comme la méditation avec attention sur la respiration, la méditation de conscience ouverte, la méditation en marchant ou la méditation d’amour et de compassion, qui en de nombreuses occasions peuvent se réaliser au sein même du centre sanitaire, amélioreraient tous les indicateurs de stress et de burn-out que présentent les travailleur-se-s.

C’est pourquoi enseigner à celleux qui prennent soin de nous une série de techniques basées sur l’attention pleine qui les aideraient à améliorer leur état émotionnel, augmenter leur empathie et faire attention à leur bien-être, se répercuterait sur notre propre santé et sur la qualité de notre système sanitaire, puisque prendre soin de celleux qui prennent soin de nous signifie prendre soin de nous-mêmes.