Paul Gauguin et l'inspiration aborigène

29 juillet, 2020
Paul Gauguin a vécu sa vie de façon erratique, en peignant et en travaillant d'arrache-pied. En plus de son amitié avec Van Gogh, savez-vous ce qui le rend si célèbre ? Découvrez l'origine de son inspiration tahitienne dans cet article.

Eugène Henri Paul Gauguin, plus connu comme Paul Gauguin, était un célèbre artiste français. Son travail a été classé dans le genre post-impressionniste, synthétiste et symboliste.

En tant qu’artiste post-impressionniste, son travail est allé au-delà de la peinture : il a également été sculpteur, imprimeur et auteur. Son oeuvre n’a cependant acquis de l’importance qu’après sa mort.

Cet artiste est particulièrement connu pour sa relation créative avec Vincent van Gogh. Il est en outre connu pour avoir abandonné sa famille, en choisissant un exil auto-imposé à Tahiti, en Polynésie française.

Gauguin, célèbre pour ses couleurs osées, ses formes simplifiées et ses lignes fortes, n’a eu aucune formation artistique formelle. Le peintre a suivi sa propre vision contre les conventions artistiques de l’époque. Ses expériences artistiques ont eu une grande influence sur de nombreux développements d’avant-garde au début du XXe siècle.

La cueillette des fruits

Paul Gauguin. Oeuvre : La cueillette des fruits

Enfance et jeunesse

Paul Gauguin est né le 7 juin 1848 à Paris, au sein d’une famille aisée. Ses parents étaient Clovis Gauguin et Aline Maria Chazal. Son père était journaliste.

Sa famille maternelle mérite une mention spéciale car sa mère était la fille de la leader féministe et proto-socialiste Flora Tristan. Son grand-père maternel, d’origine aragonaise, appartenait à une famille influente au Pérou.

En 1849, les activités politiques de son père obligèrent la famille à s’exiler pour fuir Louis Napoléon Bonaparte. La famille Gauguin partit donc vers le Pérou, dans un voyage marqué par la tragédie car son père décéda lors du périple. La mère de Gauguin et ses deux enfants déménagèrent chez un grand-oncle du peintre.

Dans la ville de Lima, il vécut dans la demeure aristocratique des Tristan et Moscoso pendant plusieurs années. L’espagnol était donc sa première langue.

Son séjour au Pérou le marqua pour la vie, à tel point qu’il se baptisa lui-même le “sauvage du Pérou”. La famille rentra en France quand Paul Gauguin avait sept ans.

Pendant trois ans, il étudia dans l’internat catholique de La Chapelle-Saint-Mesmin. Il travailla en tant que marin à 17 ans et, plus tard, rejoignit l’armée française, pour laquelle il servit pendant deux ans.

Paul Gauguin : sa carrière

En 1871, alors qu’il avait 23 ans, il retourna à Paris. Il trouva un travail d’agent de change et réussit à devenir un grand homme d’affaires. À ce moment, Paul Gauguin vécut dans la prospérité.

Il commença à peindre, en tant que passe-temps, en 1873. Il noua également une grande amitié avec l’artiste Camille Pissarro, et son travail éveilla l’intérêt des impressionnistes.

Les impressionnistes étaient un groupe d’artistes révolutionnaires qui défiaient les méthodes et les thèmes traditionnels. Même si la majorité d’entre eux avaient été rejetés par les académiciens de l’art français.

Gauguin fut invité à exposer ses tableaux lors de la quatrième exposition du groupe en 1879. Son travail apparut donc entre les tableaux de Pissarro, Edgar Degas, Claude Monet et d’autres grands artistes.

Au fil du temps, il finit par être déçu de l’impressionnisme et de la peinture traditionnelle européenne et se sentit intrigué par l’art d’Afrique et d’Asie. À cette époque, en Europe, l’art d’autres cultures était à la mode.

En 1889, son art avait évolué vers le cloisonnisme, après avoir été influencé par l’art populaire et l’art japonais. Cette année-là, il peint son plus célèbre tableau : Le Christ jaune.

Voulant échapper à la société européenne, Gauguin voyagea à Tahiti en 1891. Là, il espérait explorer sa liberté créative. Au cours de cette période, il peignit Fatata te Miti (Au bord de la mer) et Ia Orana Maria, avec d’autres peintures qui représentaient la vie tahitienne.

Il rentra en France en 1893 et peignit Le jour de Dieu, oeuvre à travers laquelle il fit le portrait de la religion tahitienne. Après cela, il déménagea à Punaauia, sur la côte ouest de l’île de Tahiti, en 1897. Là, il créa D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Femmes de Tahiti par Paul Gauguin.

Paul Gauguin. Oeuvre : Femmes de Tahiti.

Principales œuvres

Son tableau Le Christ jaune est, assurément, considéré comme une oeuvre clé du symbolisme. Il montre la crucifixion du Christ dans la France du XIXe siècle. Pour sa création, il s’est appuyé sur des lignes audacieuses et des couleurs brillantes, comme le rouge et le vert dans le fond, qui contrastent avec le jaune dont il s’est servi pour reproduire le Christ.

La peinture D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? rassemble les questions existentielles qui surgissent dans les esprits des êtres humains, pour ceux qui cherchent des réponses spirituelles. Ce travail est marqué par des coups de pinceau épais et des couleurs frappantes. On considère ce tableau comme un chef-d’oeuvre du mouvement pictural post-impressionniste.

« L’art est soit plagiat, soit révolution. »

-Paul Gauguin-

En 1891, il tira profit de la culture qui l’entourait et parvint à créer des oeuvres véritablement novatrices. Dans Ia Orana Maria, il représenta, à travers une mère et un enfant tahitiens, les figures chrétiennes de la Vierge Marie et de Jésus.

Selon divers historiens de l’art, l’oeuvre de Paul Gauguin a été très inspirante pour les peintres qui, après lui, ont développé le cubisme. Pablo Picasso, en particulier, admirait les coups de pinceau épais de Gauguin.

Vie personnelle et héritage

À 25 ans, il se maria avec la Danoise Mette Sophie Gad, une peintre amatrice. Ils eurent cinq enfants au cours des dix années qui ont suivi. Après avoir perdu son emploi dans la bourse, en 1884, la famille déménagea au Danemark.

Il essaya d’y gagner sa vie en tant que vendeur, mais en vain. Son épouse dut devenir le principal soutien financier de la famille.

Paul Gauguin décida d’abandonner son épouse et ses enfants et de se dédier complètement à la peinture. À partir de ce moment, son chemin devint une véritable suite de malheurs et de vicissitudes. C’est aussi à partir de là que commence sa longue liste d’amantes et d’enfants abandonnés.

En 1886, il part s’installer en Bretagne, où il réussit à être reconnu dans la communauté des jeunes peintres. À Pont-Aven, son amour non partagé avec la peintre de 17 ans Madeleine Bernard influe sur sa décision de se rendre à Arles, invité par Van Gogh.

La cohabitation avec Van Gogh constitua l’un des épisodes les plus sombres dans la vie des deux peintres. C’est à ce moment que se produisit le tragique événement au cours duquel Van Gogh perdit son oreille. On a parfois vu Gauguin comme l’élément déclencheur de la folie de Van Gogh.

Ses aventures amoureuses sont continues. Une autre de ses amantes, Juliette Huet, tomba enceinte, et il finira par l’abandonner.

Ensuite, il entreprit un voyage pour le Panama et les Antilles françaises. Pendant une brève période de temps, il travailla comme ouvrier pour la Compagnie du Canal de Panama.

Après cela, il s’installa en Martinique en 1887. Sur l’île, il produisit ses premières œuvres imprégnées de l’indigénisme qui le conduiraient à la célébrité un peu plus tard.

Les contes barbares de Paul Gauguin.

Paul Gauguin à Tahiti

Le peintre déménagea à Tahiti en 1891, île sur laquelle il produira son oeuvre la plus reconnue postérieurement. Il y vécut de 1891 à 1893 puis de 1895 jusqu’à sa mort.

À cette époque, il a des relations avec une enfant de 13 ans, Teha’amana, vendue par ses propres parents. Il eut une fille avec elle et elle lui servit de modèle pour ses peintures.

Après l’avoir abandonnée, Gauguin a une multitude d’amantes d’âge similaire ou encore plus jeunes. Cette tendance à la pédophilie a suscité, déjà à l’époque, une énorme polémique.

En 1893, Gauguin rentra en France pour montrer quelques-unes de ses œuvres tahitiennes. La réponse à son travail fut partagée et il ne réussit pas à en vendre beaucoup.

Les critiques et acheteurs d’art ne savaient que faire de son style primitiviste. Peu de temps après, Gauguin repartit en Polynésie française.

La précarité économique fut constante lors de cette étape de sa vie. Sa peinture ne fut ni comprise, ni appréciée.

« Je veux finir ma vie ici, dans la solitude de ma cabane. Ah, oui, ici je suis un délinquant, et puis quoi ? Michel-Ange l’était aussi. »

-Paul Gauguin-

Avant son départ pour le Panama, il souffrait déjà de tuberculose et de syphilis. Tout au long de sa vie, il connut des crises de dépression et une addiction à l’alcool. Il a même essayé de se suicider une fois.

Gauguin est décédé des suites d’une surdose de morphine et d’une crise cardiaque en 1903, à l’âge de 54 ans.

Récemment, la vie du peintre a été représentée dans le film Gauguin, voyage de Tahiti, d’Edouard Deluc. Dans la trame, la petite indigène qui lui a inspiré plusieurs chefs-d’oeuvre et qui, dans la vie réelle, n’avait que 13 ans, est incarnée par une actrice plus âgée, de 17 ans : Tuhei Adams.

 

 

 

  • Sweetman, D.; Gauguin, P. (1998) Biografía de un salvaje. Barcelona: Paidós Testimonios.
  • Gauguin, P.; Velázquez de Montalbán, M. (2012) Antes y después. Nortesur.
  • Solana, G. (2004) Gauguin y los orígenes del simbolismo. Editorial NEREA.
  • Gauguin, P.; Netti, L. (1977) Diario íntimo. No. 82. Centro Editor de América Latina.