Neurobiologie du psychopathe : quand le cerveau perd son « humanité »

· 26 septembre 2018

Le cerveau d’une personne psychopathe fonctionne différemment. Au-delà de leur manque d’empathie, nous retrouvons d’autres facteurs singuliers qui laisseraient une trace cérébrale caractéristique chez 1% de la population. Selon les experts, celle-ci pourrait présenter des traits psychopathes clairement significatifs.

Lorsque nous entendons le terme « psychopathie », nous pensons peut-être immédiatement aux noms de Charles Manson ou Ted Bundy. Ce profil psychologique devient souvent un objet de fascination pour beaucoup de gens. C’est pour cela que les films et les séries qui tournent autour de ce type de caractère suscitent autant d’intérêt. La cruauté, c’est-à-dire le côté obscur de notre idéal d’humanité, nous intrigue autant qu’elle nous atterre.

« Le monde n’est pas menacé par les mauvaises personnes mais par celles qui permettent la cruauté. »

-Albert Einstein-

Il y a malgré tout un aspect que nous négligeons parfois. Des livres comme Êtes-vous un psychopathe ? du journaliste et chercheur Jon Ronson nous révèlent que presque 4% des directeurs généraux des grandes entreprises présentent des traits de psychopathie. Cela veut tout simplement dire que la personnalité psychopathie ne se manifeste pas exclusivement chez un tueur en série. Ou chez ceux qui poussent d’autres personnes à commettre des meurtres (comme l’a fait Charles Manson).

Ce profil se retrouve aussi chez un certain nombre de personnes que nous côtoyons ou pouvons côtoyer au quotidien. Qui plus est, comme nous l’explique Jon Ronson, nous vivons dans une société qui (dans certains cas) s’oriente et se structure pour récompenser ce type de comportements. C’est-à-dire celui de ceux qui manipulent, trompent et arrivent au pouvoir en tirant parti des besoins et des droits des autres.

Il faut savoir que ce besoin de domination et d’agression implicite ou explicite n’apparaît pas par hasard. Des bases biologiques se cachent derrière ce comportement et nous devons apprendre à les connaître.

personne psychopathe

Neurobiologie du psychopathe

Définissons d’abord comment agit une personne avec ce trouble de la personnalité. Un psychopathe est une personne qui ne peut ou ne sait pas aimer. C’est quelqu’un qui ne fait pas preuve d’empathie. Qui est habile pour manipuler et mentir.

Ces personnes connaissent en outre tous les secrets de la persuasion. Elles ont normalement un charme très caractéristique et agissent de manière très concrète dans des situations d’angoisse ou de stress: avec froideur. Aujourd’hui, nous bénéficions d’un instrument reconnu pour mesurer cette dimension: le test de Psychopathie selon l’échelle Hare. Cet outil nous permet d’évaluer le degré de psychopathie de chaque personne, 40 étant la note la plus élevée.

Le neurobiologue avec le gène de la psychopathie

Cette donnée est intéressante. Lorsque nous faisons référence à l’étude de la neurobiologie du psychopathe, il est presque obligatoire de parler d’un chercheur. James Fallon, neuroscientifique de l’Université de Californie à Irvine, est l’un des plus grands experts en personnalité psychopathique. En fait, il est consultant pour le Pentagone et est une véritable référence dans l’étude des esprits criminels.

Le plus curieux est que le docteur présente le « gène de la psychopathie » dans son cerveau. Lui et son équipe ont passé plusieurs années à réaliser différents tests de diagnostic sur un grand nombre de reclus, essayant de trouver ces marqueurs cérébraux qui se cachent derrière ce type de troubles. À un moment donné, les résultats ont été aussi révélateurs qu’inquiétants: le cerveau du docteur James Fallon ne se différenciait pas excessivement de celui des prisonniers diagnostiqués d’un trouble de la personnalité psychopathique.

En réalité, cette donnée n’était pas anodine. Dans l’arbre généalogique du docteur Fallon, nous pouvons identifier 7 assassins. Par exemple, Lizzie Borden, une femme connue pour avoir démembré ses parents après les avoir tué à la hache. Ainsi, ce célèbre neuroscientifique, qui représente une référence absolue dans le champ de la psychopathie, personnifie une idée. La neurobiologie du psychopathe nous dit que le gène de la cruauté existe mais que plusieurs éléments doivent se déclencher pour qu’il finisse par se manifester.

Étudions maintenant une série de données qui nous permettront sûrement de comprendre cette idée.

james fallon et son travail sur le psychopathe

Un cerveau avec moins de matière grise

Dans une étude très intéressante réalisée en 2012 au King’s College de Londres, une chose que le docteur Fallon avait déjà observée en 2006 dans ses recherches avec des prisonniers a été prouvée. Les personnes chez qui une psychopathie avait été diagnostiquée présentaient moins de matière grise dans le cortex préfrontal et dans les pôles temporaux. 

Qu’est-ce que cela signifie? Cette anomalie, qui est sans doute le point le plus caractéristique de la neurobiologie du psychopathe, révèle leur manque d’empathie et la difficulté d’assumer une chose aussi importante que le sentiment de culpabilité.

Apprécier la douleur des autres mais pas la sienne

La personnalité psychopathique se caractérise avant tout par le manque d’empathie. Or, dans la neurobiologie du psychopathe, une petite nuance existe. Les personnes avec ce profil font preuve d’empathie envers leur propre personne. C’est ce qu’ont pu voir des experts de l’Université de Cambridge dans une étude publiée en 2013 dans Frontiers in Human Neuroscience. 

Pour ce travail, 121 résonances magnétiques ont été effectuées sur des prisonniers présentant ce trouble de la personnalité. Lorsque des images de personnes qui souffraient ont été montrées à ces reclus, leur cerveau ne réagissait pas. Cependant, il a bien réagi au moment où on leur a demandé de s’imaginer dans cette même situation.

Mais le plus étonnant est apparu plus tard. Les chercheurs ont remarqué que quand ces personnes voyaient d’autres gens souffrir et ressentir de la douleur, une activité élevée se déclenchait dans le corps strié. Il s’agit d’une partie très intéressante du cerveau humain car elle est liée au processus de récompense, à la motivation, au plaisir et à la prise de décisions.

Ainsi, cette activité inhabituelle dans cette aire démontrait quelque chose de très clair: les psychopathes aiment voir les autres souffrir.

Existe-t-il un gène de la cruauté ?

Il existe des variantes génétiques qui définissent la plus grande tendance à la violence. Par exemple, les gènes CDH13 et MAOA. Des neuroscientifiques de l’Institut Karolinska ont révélé que nous pouvions tous hériter de ce type de variantes de nos parents (s’ils l’avaient). Cependant, tout le monde ne les manifeste pas.

  • Avec le neuroscientifique James Fallon comme référence, celui-ci avait bien cette marque en plus des autres altérations cérébrales. Cependant, au-delà de certains comportements à risque et certains problèmes pour le contrôle des impulsions, le docteur Fallon n’a jamais présenté d’autres traits psychopathiques. Et c’est peut-être en raison de son éducation.
  • James Fallon a toujours pu compter sur une famille aimante. Mais aussi un entourage qui a su l’éduquer correctement. Il n’a jamais manqué de tendresse, de lignes directrices claires et d’un environnement empathique. Et c’est pour cela qu’il n’a jamais connu de traumatisme ou de carences.

 

La neurobiologie du psychopathe nous dit souvent que cette condition surgit comme un trouble ponctuel du développement. Parfois, un manque d’attachement, un trauma au moment de l’enfance ou n’importe quelle situation de stress et d’angoisse chez un enfant peuvent générer une série d’altérations biochimiques. Ces dernières déterminent un changement progressif dans le cerveau et le comportement.

L’entourage et l’éducation sont décisifs. La génétique nous affecte, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, mais ne nous détermine pas à 100%. Par ailleurs, selon les anthropologues et les psychologues, la violence et le comportement psychopathique sont en train de diminuer.

Il y a trois siècles, le comportement violent et agressif définissait une bonne partie de notre société. Aujourd’hui, ce comportement connaît un déclin. Mais il ne disparaît pas pour autant. 1% de la population présente toujours le trait de la psychopathie.