Martin Seligman et la psychologie positive

24 décembre 2017 dans Psychologie 138 Partagés
femme avec tournesol

Martin Seligman, connu comme étant le pionnier de la psychologie positive, nous explique que le bonheur ne dépend pas toujours de notre statut social, de notre religion ou de notre beauté physique. Le bonheur est, en réalité, une combinaison unique de ce qu’il a appelé “des forces distinctives”, comme le sens de l’humanité, le calme, la persistance et la capacité à mener une vie significative.

Parler de Martin Seligman revient à parler d’une nouvelle ère de la psychologie. Dans les années 90, alors qu’il était président de l’Association Américaine de Psychologie (APA), il a donné une conférence pour signaler une chose qu’il considérait importante: la psychologie avait besoin d’un nouveau cap, il était nécessaire d’étudier d’un point de vue scientifique tout ce qui rendait heureux l’être humain. De cette façon, il serait possible d’aider les personnes à construire une réalité plus satisfaisante.

“La vie inflige les mêmes contretemps et tragédies à l’optimiste et au pessimiste mais l’optimiste y résiste mieux.”

-Martin Seligman-

Jusqu’à présent, une grande partie des études psychologiques s’étaient concentrées sur le thème des maladies mentales et de leurs traitements. En fait, Seligman lui-même est surtout connu pour ses travaux sur l’impuissance apprise.

Cependant, comme cela se produit toujours à un moment de nos vies, un fait finit par nous obliger à mener une profonde réflexion sur nous-mêmes. C’est ce qui est arrivé au père de la psychologie positive et c’est ce qu’il explique dans son livre “L’Enfant optimiste”.

Un matin, sa fille Nikki, 6 ans, jouait dans le jardin avec des feuilles. La petite criait et courait dans tous les sens, pleine d’enthousiasme et de vitalité. Cependant, tout le bruit qu’elle faisait empêchait son père, Martin Seligman, de se concentrer sur son travail. Il ne put se retenir et finit par crier et lui demander de se taire.

Après cela, la petite fille, avec une maturité peu habituelle pour son âge, lui dit qu’elle avait envie de crier et de pleurer. Que cette réprimande lui donnait envie de pleurer, comme quand elle était petite, mais qu’elle n’allait pas céder aux larmes. Elle savait qu’elle n’était plus un bébé et que, par conséquent, elle allait se contrôler.

Elle lui dit aussi que, puisqu’elle avait appris à ne pas se laisser emporter par les pleurnichements, il devait aussi contrôler sa mauvaise humeur. De cette façon, les deux “grandiraient un peu plus”. Ce petit discours de sa fille a tout simplement changé la vie de Martin Seligman.

Martin Seligman

Martin Seligman et la psychologie positive

Martin Seligman a été le pionnier de la Psychologie Positive. Cependant, il faut préciser que ce terme a été inventé plus tôt par Abraham Maslow, même si, il faut bien le dire, les théories de ce dernier ont été formulées de manière très intuitive et sans preuves empiriques et méthodologiques -ou presque-. Cet héritage a donc été laissé entre les mains d’une nouvelle génération de psychologues qui, depuis les années 90, créent une école traitant du thème du bonheur.

Ces psychologues qui ont récupéré cet héritage, comme Seligman, Ed Diener et Mihaly Csiskzenmihalyi, approfondissent l’étude des émotions positives d’un point de vue scientifique et rigoureux, vérifiant quels processus, dynamiques et situations peuvent avoir un plus grand impact sur notre santé, notre rendement et notre niveau de satisfaction générale dans la vie. Par ailleurs, Martin Seligman a souligné à son époque que ces études devaient avoir pour but d’apprendre aux gens à être plus heureux.

De cette façon, et en se basant aussi sur les notions de bonheur énoncées dans le passé par Confucius, Mencius et Aristote, ainsi que sur les théories modernes traitant de la motivation, il en a conclu que le bonheur peut se construire en travaillant trois dimensions très concrètes. Les voici :

femme heureuse

1. La vie comme source de plaisir

Il se peut qu’en entendant le terme de “source de plaisir”, nous pensions à un concept plutôt hédoniste, comme une vie orientée vers le plaisir simple et sans grandes aspirations. Or, ce n’est pas ce que Martin Seligman veut dire dans cette première dimension sur la construction du bonheur.

  • Une vie de plaisir consiste à savoir promouvoir des émotions positives qui soient durables.
  • Pour y parvenir, il est nécessaire de combler, avant toute chose, nos nécessités de base. Ce serait celles qui se situent au niveau des premiers échelons de la pyramide de Maslow: l’alimentation, la sécurité, l’affiliation, la reconnaissance…
    Par ailleurs, il est important de trouver un équilibre entre notre passé, notre présent et notre futur.
  • Pour cela, Seligman propose la chose suivante :
    -Nous devons être reconnaissants et savoir pardonner ce qui a pu se produire dans le passé.
    -Il est nécessaire de savoir faire face aux émotions négatives du présent, de développer une attention pleine et de promouvoir de nouvelles façons d’être heureux dans le moment présent.
    -Il faut aussi regarder le futur avec espoir et optimisme.

2. Se construire une bonne vie

Profiter d’une bonne vie n’est en réalité pas aussi facile que ce que nous pourrions croire. Le bonheur n’est pas toujours synonyme de richesse, de pouvoir ou de réussite sociale. Il consiste à savoir atteindre notre potentiel humain maximal pour nous sentir comblés, libres, heureux…

Martin Seligman a créé un système de classification des forces humaines avec le docteur Christopher Peterson, un expert dans le champ de l’espoir et de l’optimisme. L’objectif de ce système était de déterminer de manière précise ces dimensions que nous devrions travailler au quotidien pour améliorer ce potentiel. Les voici :

Vertus humaines

1. Sagesse et connaissance
2. Courage
3. Amour et humanité
4. Justice
5. Tempérance
6. Spiritualité et transcendance

Forces personnelles

  • Sagesse et connaissance
    – Curiosité et intérêt pour le monde
    – Amour de la connaissance et de l’apprentissage
    – Jugement, pensée critique, esprit ouvert
    – Ingéniosité, originalité, intelligence pratique
    – Perspective
  • Courage
    – Bravoure
    – Persévérance et diligence
    – Intégrité, honnêteté, authenticité
    – Vitalité et passion
  • Humanité
    – Amour, attachement, capacité d’aimer et d’être aimé
    – Sympathie, amabilité, générosité
    –  , personnelle et sociale
    – Justice, forces civiques
    – Citoyenneté, civisme, loyauté, travail en équipe
    – Sens de la justice, équité
    – Leadership
  • Modération
    – Capacité de pardonner, miséricorde
    – Modestie, humilité
    – Prudence, discrétion
    – Auto-contrôle, auto-régulation
  • Transcendance
    – Appréciation de la beauté et de l’excellence, capacité de s’étonner
    – Gratitude
    – Espoir, optimisme, projection vers le futur
    – Sens de l’humour
    – Spiritualité, foi, sens religieux

“La psychologie ne se centre pas seulement sur les comportements qui ne sont pas sains. Elle aide aussi dans le champ de l’éducation, du travail, du mariage et même du sport. Les psychologues travaillent pour aider les personnes à développer des forces dans tous ces domaines.”

-Martin Seligman-

amis

3. Une vie significative

La vie significative a un lien intime avec le sommet de la pyramide d’Abraham Maslow, là où nous orientons les vertus et les forces développées pour contribuer au bonheur des autres. Nous parlons bien évidemment d’altruisme, de cette dimension que Martin Seligman a défini comme l’exercice de la bonté, l’art de savoir nous élever au-delà du simple plaisir personnel pour nous mettre au service de ceux qui nous entourent.

Pour conclure, la psychologie positive a encore aujourd’hui une place aussi essentielle qu’inspirante dans notre société. Malgré tout, il faut préciser que cette approche n’est pas exempte de critiques. Les détracteurs ne manquent pas, tout comme ceux qui rappellent à Martin Seligman que la réalité est bien trop complexe pour “suivre” ce modèle; étiqueter le bonheur comme “positif” implique aussi de comprendre des émotions comme la tristesse, la rage ou la frustration en tant que dynamiques “négatives” qu’il faut mettre de côté, niant ainsi tout leur potentiel transformateur.

Quoi qu’il en soit, la figure de Martin Seligman est actuellement l’une des plus éminentes dans le monde de la psychologie ; son dernier livre, Homo Prospectus, le démontre une nouvelle fois.

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