Mar adentro : lorsque la vie est une obligation

· 31 mars 2018

Mar adentro est un film espagnol, sorti en salles en 2004, réalisé par Alejandro Amenábar et mettant en scène Javier BardemLe film s’inspire d’une histoire vraie, la vie de Ramón Sampedro, un homme qui, après être devenu tétraplégique, décida de mettre fin à sa vie.

L’histoire de Ramón Sampedro fut très médiatisée en Espagne, pays où l’euthanasie n’est pas légale ; 20 ans se sont écoulés depuis la mort de Ramón Sampedro et, à ce jour, la loi ne prévoit toujours pas le suicide assisté, mettant ainsi nouvellement cette histoire à l’ordre du jour.

Mar adentro raviva la flamme de la controverse et rouvrit une affaire qui n’était encore pas tout à fait close dans la mesure où la justice avait acquitté, faute de preuves, Ramona Maneiro, la femme de Ramón, qui plus tard plaida coupable lorsque l’infraction était déjà prescrite. Le premier film inspiré par cette histoire fut Condamnée à vivre (2001), mais le plus reconnu et acclamé était incontestablement Mar adentro, qui remporta l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Malgré le succès, le film reçut également un certain nombre de critiques négatives de la presse et de certains groupes de tétraplégiques qui remettaient en question l’attitude de Sampedro envers la vie. Le film, néanmoins, nous rappelle simplement un cas réel très médiatisé ainsi que la question du droit à une mort digne, à la liberté de décider à laquelle Sampedro faisait appel.

Ramón Sampedro, outre l’héritage médiatique et cinématographique, transposa son histoire dans deux œuvres écrites : Lettres depuis l’enfer et Lorsque je tombais, publiées à titre posthume. Tout cela fit de Ramón Sampedro un personnage facilement reconnaissable par la plupart des Espagnols et étroitement lié à la lutte en faveur de l’euthanasie.

« Ils disent parfois que lorsque les personnes sentent qu’elles vont mourir leur passe par la tête, tel un film en accéléré, tout ce qui les ont marqué pour toujours. Ce fut, depuis lors, la phrase qui définissait ce qui allait arriver : pour toujours. »

-Ramón Sampedro-

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Mar adentro,  vivre ou mourir ?

Ramón Sampedro est né en Galice en 1943 . Il travaillait comme marin marchand jusqu’à ce que, à l’âge de 25 ans, il soit victime d’un accident qui le laissera alité pour le restant de ses jours. Sachant qu’il ne pourrait plus jamais bouger, que sa vie dépendrait toujours du soin des autres, Ramón Sampedro décida de mourir et voulut le faire dignement, devenant ainsi le premier Espagnol à solliciter le suicide assisté. Cela a transformé son cas en une source de controverse et de lutte avec les tribunaux.

Voyant que sa volonté ne pourrait se réaliser dans un cadre légal, il décida de le faire en secret et, ce faisant, compta sur l’aide de son amie Ramona Maneiro puisque, en raison de son état de tétraplégique, il ne pouvait le faire lui-même.

Ramón enregistra une vidéo alors qu’il buvait un verre d’eau contenant du cyanure de potassium, vidéo dans laquelle il expliquait pourquoi il pensait qu’il méritait de mourir avec dignité et comment il avait mené à bien cette action, précisant en outre que la justice ne devait pas rechercher de coupables. Il était le cerveau du plan et les personnes qui collaborèrent avec lui avaient uniquement prêté leurs mains.

Nous voyons dans le film certaines divergences quant à la décision de Ramón : d’une part, nous avons les différents membres de sa famille, qui sont opposés à la mort. Son frère considère qu’ils souhaitent le meilleur pour Ramón et que la meilleure chose est de ne pas mourir. D’autre part, nous trouvons des personnages qui sympathisent avec Ramón, spécialement Julia, une avocate, et Rosa, une voisine qui, au début, est plutôt réticente, mais finira par aider Ramón.

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Le personnage de Rosa sera crucial, il est partiellement inspirée de Ramona Maneiro. Elle sera chargée d’aider Ramón. Elle s’approche de lui au début après l’avoir vu à la télévision et pense qu’elle peut l’aider à retrouver le désir de vivre, mais elle finira par tomber amoureuse de lui et comprendra qu’elle doit accepter sa décision.

Julia, quant à elle, sera celle qui portera l’affaire devant les tribunaux. Elle, contrairement à Rosa, comprend Ramón depuis le début car elle souffre elle-même d’une maladie dégénérative et envisage dès lors la possibilité de se suicider.

Pourquoi Ramón Sampedro voulait-il mourir ? Pourquoi disait-il que sa vie n’était pas digne ? D’innombrables groupes ont réagi à ses affirmations, assurant qu’une personne tétraplégique pouvait être heureuse, vivre dignement.

L’un des moments les plus critiques sur ce point survient lorsqu’un prêtre tétraplégique vient voir Ramón. Tous deux entament une discussion sur les questions éthiques, morales et religieuses. Le prêtre insiste sur le fait que la vie appartient à Dieu et que vivre n’est pas seulement courir ou bouger les bras, qu’il est possible de vivre dans un fauteuil roulant de la manière la plus digne qui soit. Ce n’est pas que Sampedro n’accepte pas ou ne comprenne pas cette position, il ne veut tout simplement pas vivre, ne veut pas continuer à se battre ni accepter le fauteuil roulant, il préfère mourir tranquillement.

Tout cela nous amène à penser que, face à cette question, il n’existe pas de position correcte ou vraie. Choisir de vivre ou de mourir n’est pas pas une meilleure option, il s’agit simplement de décisions personnelles et individuelles pour lesquelles personnes ne devrait intervenir. Il nous semblera certainement insensé de forcer une personne à mourir ou de la convaincre de mourir, alors pourquoi forcer quelqu’un à vivre ?

Mar adentro,  la controverse entourant l’euthanasie

La réalité est que l’euthanasie est une question sensible dans la mesure où, outre la décision personnelle, interviennent d’autres facteurs tels que culturels, religieux, le deuil de la part des membres de la famille et des proches, etc. Accepter la mort n’est facile pour personne, mais accepter que quelqu’un veuille mourir est encore plus compliqué .

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La vie était une obligation pour Ramón Sampedro, son handicap était un enfer et plutôt que d’essayer de retrouver le désir de vivre, il décida de se battre pour mourir, de mourir dignement sans que personne n’ait de problèmes légaux après sa mort. Nous assistons à cette bataille juridique dans Mar adentro, laquelle se poursuit actuellement.

Dans certains pays, comme la Belgique, les Pays-Bas et certains États aux États-Unis, l’euthanasie est légale et a été parfaitement adapté à la santé, et de plus en plus de personnes sollicitent ce type de mort aujourd’hui. Ce n’est pas que l’euthanasie soit contagieuse, la réalité est qu’elle a toujours existé et que les cas comme celui de Ramon Sampedro ne sont pas si rares, ils restaient tout simplement dans l’ombre autrefois, obligeant les personnes à mourir hors de tout contexte légal.

Le côté médiatique de l’affaire, la vidéo de sa mort, l’apparition du film Mar adentro, etc. ont encouragé le débat en Espagne ; un débat qui, comme nous l’avons signalé précédemment, fait l’objet d’une multitude de positions. Cette confrontation ne mène néanmoins nulle part car la réalité est que, si quelqu’un est convaincu de sa décision, il fera tout son possible pour parvenir à ses fins.

Il est normal que les proches soient les plus touchés et refusent en premier lieu le choix de cet être cher. Néanmoins, dans ces hypothèses, la compréhension, l’amour et même un soutien psychologique aux familles peut être la clé de pour qu’ils parviennent à accepter la décision de mourir.

Nous ne pouvons juger personne pour ses décisions ou ses actions, nous ne pouvons pas non plus les forcer à changer d’avis, qu’est-ce qui est correct ? Il n’existe probablement aucune décision correcte ici, juste le respect pour ce qui a été décidéMar adentro nous montre que nous pouvons être d’accord ou non mais qu’en fin de compte l’amour et la compréhension seront plus forts que toute idée personnelle.

« Une vie qui nie la liberté n’est pas la vie. »

-Mar adentro-