L’influence de la famille dans la construction de l’estime de soi

· 15 janvier 2018

Comme l’explique la célèbre anthropologue Margaret Mead, la famille est le premier groupe social dans lequel tout un ensemble d’interactions est déterminé, en grande partie, par ce que nous sommes. Nos parents sont ceux sur qui reposent le devoir et l’obligation de remplir notre bourse de vie de nutriments, de composants riches, comme la sécurité, la tendresse et la considération. Cette impulsion vitale est la seule à même de nous permettre de parcourir le monde avec courage.

Cependant, durant le chemin tortueux de la formation de l’estime de soi, nous n’avons parfois plus assez de carburant pour aller de l’avant. Cela doit nous entraîner à réaliser une grande introspection, qui elle-même doit nous permettre de régler les problèmes de notre enfance.

enfant enfermé dans le ventre d'un loup

La construction de l’estime de soi et la syntonie familiale

La construction de l’estime de soi, comme nous avons pu déjà le dire, débute dès l’enfance. Cependant, cela veut-il dire que nous sommes entièrement déterminés par les expériences que nous vivons dans notre enfance et notre pré-adolescence, sans pouvoir jamais y échapper ? Avant de répondre à cette question, il nous faut préciser que, dans le champ de la psychologie, comme dans la plupart des sciences, le terme déterminisme est à manipuler avec précaution.

En termes psychologiques, tout ce qui se déroule durant notre enfance nous influence énormément, mais cela ne nous détermine pas pour autant. Le cerveau de l’être humain dispose d’une plasticité et d’une capacité de dépassement de soi absolument immenses. Cependant, même si nous avons la capacité de nous soigner au fur et à mesure des années, nous ne devons pas négliger pour autant l’importance de notre éducation et la qualité des interactions que nous avons pu avoir avec les personnes qui ont pris soin de nous. Nos éducateurs, quels qu’ils soient, ont eu, durant notre enfance, la responsabilité de nous nourrir et de nous loger, mais nous ont aussi transmis un héritage émotionnel et éducatif que nous devons savoir évaluer a posteriori.

Pour approfondir ce sujet, il est toujours intéressant de lire le docteur Edward Tronick, expert en développement infantile et professeur de pédiatrie à l’Université de Harvard. Ce psychologue attire notre attention sur le fait que, pour favoriser la construction d’une estime de soi forte chez l’enfant et une attention de qualité, il est indispensable d’entrer en syntonie avec lui, c’est-à-dire d’harmoniser nos émotions avec les siennes. Cependant, de nombreuses études ont démontré que seulement, même dans le meilleur des cas, les parents ne parviennent à synchroniser que 40% de leurs émotions avec leurs enfants.

 

enfant en maillot de bain

Cette statistique peut nous paraître tout à fait alarmante, voire dramatique. Mais le docteur Edward Tronick nous invite à entamer une réflexion à son sujet. La raison pour laquelle les parents ne peuvent se connecter à 100% aux besoins émotionnels de leurs enfants réside dans le fait qu’ils ne parviennent pas non plus à le faire avec leurs propres émotions.

Un parent perclus de stress, de résistance et de nœuds émotionnels ne va faire que transmettre, inconsciemment, une série de schémas émotionnels à son enfant ; des schémas que l’enfant absorbera et fera siens. Il est donc très difficile de fomenter une bonne estime de soi chez l’enfant si sa structure familiale n’est pas construite sur de bonnes bases, s’il ne peut pas se calquer sur un modèle sain qui pourra le guider à travers toutes les épreuves de la vie.

La famille a de l’influence, mais nous sommes les seuls à décider

La construction de l’estime de soi, tout au long de l’enfance, est influencée par trois facteurs principaux : notre apparence physique, notre comportement social et notre rendement académique. La manière dont nos parents vont gérer ces trois dimensions peut nous amener à développer de la sécurité et de la confiance ou, au contraire, nous faire plonger dans un cercle vicieux de vulnérabilité, de solitude et de peur.

Nous pouvons toujours constater, dans notre entourage immédiat, que de nombreux parents restent immatures et inconscients quant au langage qu’ils utilisent avec leurs enfants et quant à leur méthode de communication. En écoutant simplement les conversations à la sortie d’une école, il est possible de se rendre compte de la manière dont certains parents détruisent, petit à petit, l’estime de soi de leur enfant.

L’utilisation de comparaisons, d’affirmations absolutistes (« Tu es nul en maths« , « Tu ne passeras jamais« …) ou l’incapacité à voir des problèmes émotionnels cachés au fond du cœur de leur enfant, font que les nouvelles générations reproduisent le même schéma dévastateur que leurs prédécesseurs : la destruction de l’estime de soi.

construction de l'estime de soi

Nous ne pouvons pas le nier, la famille exerce une influence déterminante dans la construction de l’estime de soi. Mais ce qui a pu se dérouler dans notre passé ne détermine pas l’entièreté de notre existence. Nous seuls pouvons désormais remplir la bourse de notre vie d’un combustible puissant, extrait des forces que nous avons pu développer durant toutes nos années d’indépendance. La possibilité de soigner une enfance faite de carences émotionnelles est à notre portée. Nous pouvons acquérir aujourd’hui la maturité que l’on a oublié de nous enseigner hier.

Il est indispensable d’apprendre à nous responsabiliser de notre propre comportement, à ne pas chercher chez les autres ce que nous pouvons et devons nous-mêmes nous offrir. L’estime de soi est un travail quotidien, qui exige des changements, qui demande du courage et qui nécessite une bonne dose d’amour propre. Quel que soit notre passé, il est toujours temps de changer notre vie et d’investir dans notre estime de nous-mêmes.