L’infinie solitude des enfants d’aujourd’hui

16, février 2017 dans Emotions 294 Partagés

Les dernières décennies ont été les témoins d’une tendance croissante dans le monde entier (ou presque) : l’adultisation des enfants. On voit des parents qui s’assoient à côté du berceau de leur bébé et qui lui parlent de l’importance de pleurer à certaines heures et à d’autres non. « Ils doivent apprendre le plus tôt possible », disent-ils.

Depuis le début, ils essayent d’éduquer ces enfants pour quelque chose qui ressemble à une espèce d’autonomie à outrance. Ils veulent que leurs enfants les dérangent le moins possible ; qu’iels apprennent à se lever et à se coucher tout seul-e-s ; qu’iels fassent leurs devoirs sans personne pour les aider ; qu’iels attendent « tranquillement » leurs parents à la maison jusqu’à ce qu’ils reviennent du travail. En d’autres termes, qu’iels se comportent comme de petits adultes.


« L’enfance a ses propres manières de voir, de penser et de ressentir ; il n’y a rien de plus insensé que de prétendre les substituer par les nôtres. »

–Jean Jacques Rousseau–


Cette attitude ne cesse de générer un certain sentiment de culpabilité chez les parents. Le mauvais côté étant qu’ils essayent de diluer cette culpabilité dans des cadeaux coûteux ou des attentions extrêmes dans certains aspects de la vie. Il se peut qu’ils les appellent toutes les deux heures « pour voir comment iels vont ». Ou qu’ils profitent des vacances pour partir avec elleux au bout du monde afin de réparer, d’une quelconque façon, les absences endurées.

Des parents épuisés et des enfants insatisfait-e-s

La solitude des enfants est une véritable épidémie. Elle est favorisée par le climat de ces temps actuels où les instants pour les câlins, les bisous et les discussions tranquilles n’existent plus. En échange, il n’y a du temps que pour le travail, et donc des gens épuisés et des têtes de six pieds de long. Des parents qui rentrent tard et qui sont toujours fatigués ou agacés.

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L’UNICEF a mené une enquête sur le sens de la qualité de vie pour les enfants et a ainsi pu vérifier que leur vision est très différente de celle des adultes. Des enfants du monde entier, entre 8 et 14 ans, ont donné une liste qui illustre ce qu’iels considèrent comme « bien vivre ». Iels n’y incluent pas de jouets coûteux, ni de cadeaux farfelus, mais des choses très simples :

  • Que les parents crient moins et dialoguent plus
  • Qu’ils éteignent leur téléphone portable
  • Qu’ils leur fassent plus de câlins
  • Qu’ils les laissent moins longtemps enfermé-e-s à l’école et qu’ils fassent plus d’activités physiques avec elleux
  • Que les gens sourient plus
  • Qu’il n’y ait pas de déménagement de la maison où iels vivent

Les enfants sont devenu-e-s silencieux-ses et tristes

Désormais, il est plus fréquent que jamais de voir des enfants à l’expression triste ou distante. Les enfants d’aujourd’hui se sentent très seul-e-s et iels se transforment en personnes silencieuses. Iels ne savent pas comment exprimer ce qu’iels ressentent, parce que ce n’est jamais un sujet de conversation. Et le fait de ne pas savoir dévoiler leur monde intérieur fait grandir leur solitude.

Iels sont également plus irritables, intolérant-e-s et exigeant-e-s. Iels ne réussissent pas à organiser leurs émotions de façon cohérente. Beaucoup ont du mal à être spontané-e-s et sont extrêmement vulnérables face à l’opinion des autres.

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La solitude imposée n’est jamais bonne parce qu’elle fait couler celui ou celle qui en souffre dans des espèces de limbes émotionnelles, en particulier s’il s’agit d’un-e enfant. Celui/Celle-ci se sent perdu. Iel ressent de la peur et peut donc développer une personnalité défensive et phobique, qui dans sa vie d’adulte ne lui apportera que des grandes difficultés pour se lier sainement aux autres.

Que faire face à l’immense solitude des enfants ?

Beaucoup de parents se sont sûrement rendus compte que leurs enfants étaient seul-e-s. Mais ils se sentent comme prisonniers d’un grave dilemme : soit ils travaillent pour subvenir économiquement aux besoins de leur foyer, soit ils souffrent de privations avec leurs enfants. Cependant, on peut faire quelque chose face à cela, et même beaucoup. Voici quelques-unes des possibles actions :

  • Il est important d’essayer de négocier, au travail, une certaine flexibilité des horaires en fonction des activités des enfants. Ce peut être au moins une heure par semaine qu’on passera avec elleux.
  • S’organiser au niveau du temps avec le conjoint ou d’autres adultes pour que les enfants passent le moins de temps possible sans un adulte de confiance à leurs côtés. Ceci étant nécessaire pour les moments où iels ne sont pas à l’école.
  • Réserver du temps pour le passer exclusivement avec les enfants. Si vous le faites au moins 30 minutes par jour, avec le téléphone éteint et sans penser à rien d’autre, pour faire des câlins à votre enfant, lui raconter votre journée et le questionner sur la sienne, vous lui apporterez énormément. Si vous ne pouvez pas lui consacrer 30 minutes, faites-le au moins 15 minutes tous les jours.
  • Jouez au moins une fois par semaine avec votre enfant. Ce moment est très précieux : il passe rapidement et quand il s’en va, il ne revient jamais. Si vous jouez avec lui/elle, vous n’avez pas besoin de lui dire que vous l’aimez : iel le saura et se sentira valorisé-e.

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Quelles que soient les conditions, il vaut la peine de réfléchir à la manière dont passer plus de temps avec les enfants. Iels le méritent. Iels se trouvent à une étape de la vie où toutes les expériences sont marquantes. Cela implique peut-être une part de sacrifice mais, assurément, celui-ci en vaut la peine.

Souvenez-vous que pour elleux, certaines choses sont très importantes !

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