L’humilité intellectuelle, le courage d’écouter de nouvelles idées

2 mars 2020
Reconnaître que nous ne savons pas tout et que nous ne possédons pas la vérité absolue, c'est pratiquer l'humilité intellectuelle. Cette clé qui nous permet de continuer à apprendre et à grandir sur le plan personnel et social.

Qu’est-ce que l’humilité intellectuelle ? Souvent, nous pouvons faire l’erreur de penser que notre point de vue est le plus correct. Et que nous sommes les détenteurs de la vérité absolue. Nous pouvons même, à l’occasion, avoir la ferme conviction que nous sommes des experts sur un sujet. Et que personne n’en sait plus que nous. Ou, du moins, que nous en savons plus que les personnes qui nous entourent.

Que ce soit en raison d’années d’expérience, de dévouement à l’étude d’un sujet particulier ou simplement « parce qu’il en est ainsi » – comme beaucoup le prétendent – nous ne laissons aucune place au doute. Nous nous enfermons dans nos convictions et il est impossible d’en sortir. C’est comme si nous avions reçu le prix de l’expert universel. Comme si toute objection qui nous était faite nous semblait absurde.

Il est étonnant de constater que, parfois, nous nous accrochons fortement à la croyance que nous savons tout sur un sujet. Ou peut-être pas. Peut-être que nous sommes de ceux qui préfèrent naviguer sur l’océan de l’indécision. Ou du moins être ouverts à ce que les autres peuvent nous dire. Le fait est que, qu’il s’agisse des autres ou de nous, l’humilité intellectuelle brille souvent par son absence. Allons plus loin.

« L’humilité ne signifie pas avoir une moins bonne opinion de soi, mais de penser moins à soi. »

-C.S. Lewis-

Qu’est-ce que l’humilité intellectuelle ?

Nous avons la mauvaise habitude de surestimer ce que nous savons. Nous nous accrochons à ce que nous croyons et méprisons ce que les autres nous offrent. Au lieu de voir une possibilité d’enrichissement, ce que nous voyons est une attaque. En général, nous pensons que nous sommes meilleurs ou davantage dans le vrai que les autres. Cela se constate plus clairement dans les contextes politiques et religieux et même lorsque l’on parle des modes de vie.

En ce qui concerne cette possibilité de mettre volontairement un bandeau pour être intellectuellement aveugle, le journaliste et écrivain Ryszard Kapuściński a déclaré : « Si, parmi les nombreuses vérités, vous n’en choisissez qu’une et que vous la poursuivez aveuglément, elle deviendra un mensonge, et vous deviendrez un fanatique« . Et il avait raison. S’asservir à une croyance et lui donner le pouvoir de la vérité absolue entrave le changement. Et empêche notre croissance personnelle et sociale. En bref, cela nous limite.

Dans ce contexte, il semble que les scientifiques aient découvert – ou plutôt remis en lumière – un concept – ou antidote – connu sous le nom d’humilité intellectuelle. C’est la capacité à être flexible dans le domaine de la connaissance. Pour mieux dire, c’est la faculté d’être ouvert aux nouvelles idées.

L’humilité intellectuelle serait quelque chose comme une tendance à être réceptif à d’autres perspectives, à accepter que nous avons tort et à cultiver un esprit ouvert.

Un homme discutant avec une jeune femme

Les origines du concept d’humilité intellectuelle

Cependant, ce concept, qui semble à première vue si nouveau, trouve ses racines dans Socrate et plus tard dans le philosophe et théologien Nicolas de Cues.

  • Dans les Dialogues de Platon, nous pouvons voir comment Socrate était en constante recherche de la vérité et reconnaissait son ignorance comme le point de départ de la découverte de cette vérité. En fait, l’une de ses phrases les plus célèbres est « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien« 
  • Quant à Nicolas de Cues, on peut citer son ouvrage De la docte ignorance pour comprendre la présence de l’humilité intellectuelle dans sa pensée. Ainsi, le philosophe pensait qu’en raison des limitations humaines – ou des limitations cognitives -, les sages ne peuvent pas atteindre la connaissance absolue, quel que soit leur désir. Ainsi, il est conscient qu’il ignore plus qu’il ne sait. Mais il en est conscient, donc il est instruit, d’où la docte ignorance

Comme nous pouvons le constater, l’humilité intellectuelle est présente depuis longtemps. Cette capacité est configurée comme le point médian entre la croyance que nous savons tout, ou au contraire, rien ; c’est-à-dire qu’elle est un point médian entre l’arrogance intellectuelle, caractérisée par des esprits rigides, et la lâcheté intellectuelle, fruit d’une extrême timidité.

Esprits rigides : l’illusion de tout savoir

Être humble sur le plan intellectuel, c’est être capable de reconnaître que nous ne savons pas tout et que ce que nous pensons savoir peut être faux. Pourquoi y a-t-il tant d’égocentrisme intellectuel aujourd’hui ?

Bien que les traits personnels puissent être les principaux coupables, selon la psychologue Tania Lambrozo de l’Université de Californie, la technologie augmente l’illusion de la connaissance.

Avoir accès à n’importe quel type d’information d’un simple clic crée l’illusion que nous avons une connaissance infinie de tout ce qui est à notre portée. De plus, si nous ajoutons à cela la facilité de se souvenir d’une image, d’un mot ou d’une information sur un sujet particulier, l’impression que nous l’avons appris avec succès sera beaucoup plus grande.

D’autre part, la rigidité mentale est l’un des traits de personnalité les plus étroitement liés à l’égocentrisme intellectuel. C’est la tendance à écarter les approches ou les idées autres que les siennes afin de s’accommoder et de s’enfermer derrière les barreaux de ses propres schémas mentaux. Ce serait cette personne qui essaierait d’adapter le monde à sa façon de penser, et non l’inverse.

  • Cette rigidité mentale provient généralement d’un besoin excessif de fermeture cognitive, c’est-à-dire du désir d’éliminer tout vestige d’incertitude d’une pensée ou d’une situation, car cela impliquerait de ne pas avoir le contrôle de la situation. Rappelons que l’incertitude est l’un des plus grands ennemis de l’être humain…

« Les grands esprits discutent des idées ; les esprits moyens discutent des événements et les petits esprits discutent des gens. »

-Eleanor Roosevelt-

L'humilité intellectuelle est la clé du cerveau

Comment cultiver l’humilité intellectuelle

Nous devons être prêts à découvrir d’autres perspectives, d’autres arguments et, bien sûr, à accepter le changement. Parce que les idées que nous considérions bonnes hier peuvent être fausses ou ne pas l’être aujourd’hui, qui sait. Mais comment faire ?

Bien qu’il existe plusieurs stratégies qui nous permettent de cultiver l’humilité intellectuelle, que nous verrons plus loin, il est essentiel d’être conscient que nous devons faire taire et détrôner notre ego.

Les opinions, les nôtres et celles des autres, varient selon les circonstances et, en fin de compte, selon nous. Car combien de fois avez-vous été surpris de faire ou de dire quelque chose auquel vous n’aviez même pas pensé il y a un moment ? Pensez-y.

Ainsi, si nous voulons planter la graine de la flexibilité mentale pour cultiver le fruit de l’humilité intellectuelle, voici comment y parevenir :

  • Accepter que nous fassions des erreurs, que nous puissions être confus
  • Pratiquer l’écoute active. C’est-à-dire, libérer notre esprit des pensées lorsqu’une autre personne nous parle et mettre toute notre attention sur ce qu’elle veut nous dire. Pour ce faire, nous devrons lutter contre cette tendance que nous avons à préparer ce que nous allons lui dire pendant qu’elle nous parle
  • Respecter les autres points de vue. Nous ne devons pas toujours être d’accord avec ce que les autres nous disent. Mais cela ne signifie pas que nous ne respectons pas leurs opinions. Nous menons souvent une guerre qui a rarement un vainqueur : celle dans laquelle nous essayons de convaincre l’autre. En réalité, cela provoque souvent l’effet contraire. L’autre s’accroche davantage à ses idées et nous aux nôtres. C’est pourquoi il est absolument nécessaire de savoir quand s’arrêter
  • Être prêt à apprendre des autres. Flexibilité et curiosité, les deux ingrédients fondamentaux pour apprendre et pour lutter contre la rigidité. Car si nous n’apprenons pas des autres, de qui allons-nous apprendre ?
  • Se remettre en question de temps en temps. Un exercice pour développer l’humilité intellectuelle consiste à remettre en question nos croyances et, surtout, notre besoin d’avoir raison. Pourquoi voulons-nous toujours avoir raison ? La réponse à cette question peut nous donner la clé
  • Voyager ou découvrir d’autres cultures. Découvrir d’autres modes de vie, d’autres conceptions et visions de la réalité, même si cela peut nous choquer au début, est une façon d’élargir nos perspectives. De plus, c’est un bon moyen de former notre cerveau à être ouvert à la recherche d’alternatives

Le plus important scientifique du XXe siècle, Albert Einstein, dont le QI était de 160, avait également à l’esprit le concept d’humilité intellectuelle. La preuve en est sa déclaration « Un vrai génie admet qu’il ne sait rien« . Comme Benjamin Franklin, qui avant d’entamer une discussion disait : « J’ai peut-être tort, mais…« .

Comme on peut le voir, l’humilité intellectuelle est un bon allié pour lutter contre l’accrochage à nos croyances. Et pour continuer à grandir sur le plan personnel et social. C’est la clé qui ouvre la porte à l’apprentissage, l’antidote à l’arrogance. Elle nous rappelle que les clés de nos relations ne se trouvent pas dans l’imposition ou la demande. Mais dans la compréhension, la flexibilité, le respect et l’enrichissement résultant de la connaissance d’autres points de vue.