Le trouble d’apprentissage non verbal : des génies avec des limitations

1 avril 2018 dans Psychologie de l'éducation et du développement 0 Partagés
trouble d'apprentissage non verbal

Le trouble d’apprentissage non verbal n’est pas bien connu. Il survient chez les personnes qui ont un QI élevé dans le domaine verbal et qui s’expriment avec une facilité et un esprit incroyables ; ces mêmes personnes présentent néanmoins de sérieux problèmes dans le domaine visuo-spatial. Elles présentent également des problèmes de coordination, sont désorganisées, maladroites, ne comprennent pas les ironies ou les doubles sens, et les  changements leurs sont très difficiles.

Il est probable que plus d’un lecteur soit surpris par ce type de trouble de l’apprentissage. Il faut préciser que bien que son apparition dans cette cinquième édition du DSM-V (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) était espérée, il n’en est rien à l’heure actuelle. Sa complexité diagnostique est grande et les caractéristiques qui pourraient être constituées comme des critères diagnostiques très amples.

Le trouble d’apprentissage non verbal se caractérise par de grandes capacités verbales, associées à de graves difficultés visuo-spatiales, motrices et sociales.
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Avant de continuer, souvenons-nous d’une idée. Les problèmes d’apprentissage sont aussi vastes que propres à chaque enfantDe nombreux élèves terminent souvent leur formation scolaire à grand peine, mais sans jamais recevoir un diagnostic précis et certain sur les raisons de leurs limites, sur ce qui les empêche d’accéder à la maîtrise de certaines compétences de base.

Dans le cas du trouble d’apprentissage non verbal, nous pouvons signaler un fait : nous avons des enfants qui développent le langage tôt, qui apprennent à lire et à écrire normalement. Ils s’agit d’élèves très précis en matière d’expression orale et écrite et qui, en général, obtiennent de très bons résultats dans tout domaine verbal de n’importe quel test d’intelligence. Et pourtant, quelque chose ne fonctionne pas chez eux.

Ils sont désordonnés, maladroits, se perdent facilement, sont très dépendants de leurs parents et, au niveau social, peuvent également montrer des caractéristiques communes avec le syndrome d’Asperger. Leur trouble ne ferait néanmoins pas partie du groupe des troubles du spectre autistique. Par conséquent, que se cache-t-il derrière ce type de profils ?

petite fille qui lit

Présenter un trouble d’apprentissage non verbal et ne pas le savoir

Elena a toujours été une fille brillante, très bonne pour les langues ; en outre, comme elle aimait cette matière, elle décida d’étudier la philologie anglaise. Cependant, à l’université, beaucoup de ses camarades la connaissent déjà comme la « bizarre ». Elle a récemment obtenu son permis de conduire, mais sa famille préfère qu’elle n’en fasse pas usage après qu’elle eut accidenté la voiture dans le garage à la maison. Elle à tendance à se perdre souvent, se promène dans la bibliothèque et les salles de cours sans but, se confond souvent et n’aime pas rencontrer de nouvelles personnes.

Ce qui attire le plus l’attention chez Elena sont ses exposés en classe, son oratoire et ses grandes compétences pour débattre. Cependant, lorsque elle discute avec ses camarades, certaines choses peuvent sembler étranges. Elle raconte des choses hors de propos, elle ne capte pas les subtilités ou les blagues, et il lui est généralement difficile d’établir une complicité avec les autres.

Elena a toujours été consciente que quelque chose n’allait pas chez elle. Son niveau de maladresse, sa désorientation continue, ses problèmes avec les mathématiques ou sa difficulté à se faire des amis l’ont toujours caractérisé, aspect sur lequel personne n’est parvenu à mettre un nom, sur lequel personne ne lui est venu en aide. Elle ne le sait pas encore, mais cet ensemble de caractéristiques correspond à ce que nous appelons un trouble d’apprentissage non verbal.

jeune femme souffrant du trouble d'apprentissage non verbal

Caractéristiques du trouble d’apprentissage non verbal

  • Difficultés dans les compétences mathématiques, en particulier dans les problèmes de logique
  • Difficultés à capter les signes sociaux en tant que langage non verbal
  • Difficultés sérieuses pour trier ou classer
  • Problèmes de coordination motrice
  • Limites de l’intelligence visuospatiale
  • Compétences sociales limitées
  • Bonne expression, mais difficultés à maintenir une conversation
  • Difficultés à accepter les changements ou les nouvelles situations
  • Problèmes dans la pensée abstraite

Quelle peut être l’origine du trouble d’apprentissage non verbal ?

Toutes ces caractéristiques apparaissent dans la CIM-10 (classification internationale des maladies) sous une étiquette trop large : trouble de la coordination du développement. Il est néanmoins important de savoir que ce trouble va au-delà du plan moteur, de la simple coordination visuo-motrice de l’enfant. Le trouble d’apprentissage non verbal partage certains aspects du trouble du spectre de l’autisme, raison pour laquelle il est important qu’il apparaisse clairement dans les manuels de diagnostic.

enfant qui fait un puzzle

Sous ces caractéristiques se trouverait en réalité un problème de maturation de l’hémisphère droit, de sorte que nous pourrions parler de degrés d’affectation. Il s’agit de la raison pour laquelle les psychologues infantiles et du développement recommandent de procéder à une évaluation en cas de perception d’une maladresse motrice excessive accompagnée de problèmes de sociabilité, évaluation devant comprendre les tests suivants :

  • Examen médical
  • Examen de la motricité : couper avec des ciseaux, faire du vélo…
  • Tests d’intelligence visuo-spatiale
  • Analyse des compétences sociales et de la pensée abstraite de l’enfant
  • Test d’intelligence

D’autre part, il est presque toujours mis en évidence qu’il s’agit dans 80% des cas de personnes vraiment brillantes, des enfants qui ont appris à parler très tôt, qui apprennent vite et se sentent emprisonnés d’un corps maladroit et d’un esprit qui ne leur permet pas de se faire autant d’amis qu’ils le voudraient.

Dans de telles hypothèses, la stratégie d’intervention se concentrera principalement sur le travail de leurs compétences sociales, d’introduire des thérapies pour améliorer leur coordination motrice, et obtenir du département de conseil et de pédagogie thérapeutique des écoles que soit répondu aux besoins éducatifs de ces enfants de manière intégrale. Un défi qui devrait certainement commencer par le simple fait de reconnaître l’existence de ce type de handicap.

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