Le meilleur complice du maltraitant est le silence

· 3 novembre 2016

Le meilleur complice du maltraitant est le silence. C’est là que se trouve son meilleur refuge, là où sont hébergés toutes les agressions humiliantes et chacun des coups qui sont dissimulés avec du maquillage et un « Je te promets que c’est la dernière fois« .

À présent, l’esprit d’un maltraitant est récidiviste et ses promesses se transforment en fumée dès qu’il sent un affront prochain, quand il est contredit ou quand il a besoin de valider son pouvoir.

Le maltraitant souffre d’insécurité chronique et essaie de trouver sa force dans les valeurs les plus machistes.

Le maltraitant recherchera toujours votre pardon, mais il ne doutera pas à conserver la même façon d’abuser, de harceler.

La seule manière d’échapper à ce cercle vicieux du pouvoir, c’est d’arracher le silence.

Virgina Woolf disait dans ses journaux intimes que peu de choses pouvaient être aussi dangereuses qu’une maison.

À partir du moment où les portes, les fenêtres et les rideaux sont fermés, personne ne peut savoir ce qu’il s’y passe : les drames, les agressions et la douleur qui s’imprègnent dans les murs et les cœurs, dans les oreillers chargés de larmes à cause de tous ces esprits blessés.

Le silence est et sera toujours le meilleur refuge pour celui qui agresse. Quand on est victime, il est pourtant nécessaire de le briser et de mettre des mots.

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Les alliés du maltraitant

Nous parlons d’un fait très actuel. Les fêtes de Sanfermines, célébrées à Pampelune en Espagne, ont mis en évidence une dure réalité qui a toujours eu lieu : les agressions sexuelles.

Tout au long de son histoire, ce festival a caché un fait souvent tu et pas toujours dénoncé de la part des victimes : le harcèlement, les attouchements et les viols.

En 2008, une jeune infirmière a été agressée et tuée. Cette année, lors des six jours des Sanfermines, quatre cas de viols ont été dénoncés.

Le monde semble « ouvrir les yeux » sur ces faits grâce à toutes les campagne de conscientisation, à la pression des médias et aux réseaux sociaux.

Le silence ne protège plus les agresseurs, et ils ne trouvent plus, dans la peur, cet allié qui leur permet de garder leurs crimes impunis.

La violence cachée, que ce soit agresser une femme dans un porche d’entrée d’immeuble ou dans le foyer du couple, est la plus courante dans notre société.

À tel point que selon une étude menée aux Nations Unies, on estime que 35% des femmes du monde entier ont été maltraitées et que presque 70% ont souffert d’une agression. Des données sur lesquelles réfléchir.

La responsabilité commune de briser le silence

Le maltraitant peut avoir fait des études et jouir d’une excellente position sociale. Il peut être au chômage, être jeune, d’âge avancé et bien sûr, il peut être une femme.

Les modèles sociologiques ne servent pas tellement aux experts pour les identifier. De plus, le maltraitant est très bien considéré socialement, et de fait, il est très apprécié des autres.

Le problème arrive lorsque, comme le disait Virginia Woolf, on referme les portes d’une maison et que personne ne sait ce qu’il s’y passe à l’intérieur.

Qui utilise la violence ne l’exprime qu’avec ceux avec qui il a un lien affectif très intime : le conjoint, les enfants…

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Le maltraitant utilise l’agression comme forme de pouvoir. Il est incapable de concevoir son conjoint comme une personne ayant des droits ou des besoins qui méritent d’être respectés car « c’est un objet propre », qui lui appartient. Alors, face à n’importe quelle tentative d’indépendance, ce sont les maltraitants qui se sentent agressés car leur masculinité et leur statut de puissant sont mises à mal.

Le conjoint préfère alors céder, se taire et tomber dans cette relation subordonnée où la maltraitance psychologique et parfois même la physique créent des traces et des blessures qui ne se voient pas toujours à l’œil nu. Franchir le cap de la dénonciation pour sortir de ce silence n’est pas facile, car que nous le pensions ou non, la victime ne se sent pas toujours comprise.

  • Dans de nombreux cas, il faut faire face à ce cercle très proche où les proches familiaux et les amis ne croient pas en cette maltraitance ou ces agressions qui, même si elles ne laissent pas de marques, laissent mourir la personne.
  • Les Services Sociaux et les centres d’attention aux victimes, de leur côté, savent que beaucoup de personnes ont peur de concrétiser la dénonciation par peur des possibles représailles de la part de l’agresseur.
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Ce sont, sans aucun doute, des situations très délicates où la peur de briser le silence est toujours le meilleur complice des agresseurs.

C’est de la responsabilité de tous d’en prendre conscience et de sortir les victimes de ces espaces privés de torture et d’humiliation.

Car aucune victime ne doit se sentir seule, car nous avons tous un espace sur le puzzle de nos sociétés, d’où nous devons pouvoir dénoncer, mettre des mots et être réceptif face à n’importe quel comportement suspect qui peut être de la maltraitance envers une femme, un homme ou un enfant.

Soyons courageux, brisons le silence.