La thérapie cognitivo-comportementale pour traiter le trouble d’anxiété généralisée

24 avril 2019
En quoi cette thérapie peut-elle s'avérer efficace ?

L’anxiété et la préoccupation excessives sont deux des principaux composants du trouble d’anxiété généralisée (TAG). Il n’y a pas de différences au niveau du contenu des préoccupations des personnes « normales » et de celles qui souffrent d’un TAG. Cependant, Dugas et Ladouceur (1997) ont signalé que ces dernières se préoccupaient pour plus de situations moins importantes. Saviez-vous que les personnes souffrant du trouble d’anxiété généralisée pouvait avoir recours à la thérapie cognitive-comportementale ?

Les personnes avec un TAG se préoccupent pour des situations improbables et maintiennent cet état de préoccupation dans le temps car elles passent d’une préoccupation à une autre. Celles qui cherchent un traitement ont une anxiété plus marquée, un plus faible contrôle attentionnel et un plus grand besoin de contrôler les pensées.

La thérapie cognitivo-comportementale générique ou classique

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) combine la thérapie cognitive de Beck à l’entraînement de la relaxation pratiquée. Les données cliniques confirment que la relaxation appliquée et les modalités de la TCC sont assez efficaces. La thérapie cognitive classique inclut les composants suivants :

  • Entraînement pour se rendre compte des stimulus internes et des événements externes qui produisent de l’anxiété, ainsi que de la réaction face à eux
  • Stratégie de contrôle de stimulus pour remettre les préoccupations à un autre moment de la journée
  • Relaxation. Diverses techniques ont été employées : la relaxation progressive, la respiration lente et régulière et les techniques de méditation
  • Restructuration cognitive du contenu et de l’utilité des préoccupations. On identifie les pensées, les images et les croyances associées à la réponse anxieuse. La méthode socratique est utilisée pour examiner les données positives et négatives, générer des interprétations alternatives et « décatastropher »
  • Exposition progressive, à travers l’imagination et in vivo, à des situations et des stimulus internes qui suscitent de l’anxiété. Le but est d’apprendre à gérer cette dernière à travers l’application des stratégies apprises
thérapie cognitive-comportementale pour traiter le trouble d'anxiété généralisée

 

La thérapie cognitivo-comportementale de Borkovec

La TCC du groupe de Borkovec inclut tous les éléments cités dans la thérapie cognitivo-comportementale générique ou classique mais contient deux points supplémentaires qui font partie de la thérapie d’acceptation et d’engagement :

  • Minimiser les attentes et les prédictions négatives. L’idée est de vivre davantage dans le présent sans corriger de façon continue les attentes erronées à propos des événements futurs.
  • Vivre en accord avec ses valeurs. On identifie les valeurs du patient pour qu’il puisse mener des activités, dans le moment présent, qui l’aident à les atteindre.

La thérapie cognitivo-comportementale de Barlow

Brown, O’Leary et Barlow (1993, 2001) ont élaboré un traitement pour le TAG qui inclut une conceptualisation du problème et une justification du traitement, un entraînement en relaxation, une restructuration cognitive, une exposition aux peurs qui se cachent derrière la préoccupation, une prévention des comportements de sécurité et une organisation du temps. Analysons maintenant tous ces points de façon plus détaillée :

  • Entraînement en relaxation. Il se base sur l’entraînement en relaxation progressive de Bernstein et Borkovec. N’importe quelle autre technique de relaxation ayant été efficace pour le patient peut aussi être employée.
  • Restructuration cognitive. Elle suit les principes de Beck. On explique le concept de pensées négatives, l’influence des situations dans ces dernières, l’impact des interprétations et des prédictions sur ce que nous ressentons et faisons. On expose le besoin d’identifier des interprétations et prédictions spécifiques pour pouvoir les remettre en question.
  • Exposition aux peurs qui se cachent derrière la préoccupation. Elle consiste à exposer des images préoccupantes. Cela inclut d’imaginer les pires conséquences possibles, celles que l’on craint le plus. Ce dernier point favorise une plus grande activation émotionnelle et la réduction des préoccupations.
  • Changement des comportements de sécurité ou défensifs. Les comportements d’évitement actif doivent être freinés et l’on doit encourager les activités que le patient évite de faire (exposition in vivo).
  • Organisation du temps. Enseigner des habiletés pour organiser son temps et fixer des objectifs.
  • Résolution de problèmes. La technique de résolution de problèmes facilite l’identification de solutions pour les problèmes existants.

L’intervention s’étend sur 12-15 sessions hebdomadaires d’une heure, qui sont appliquées de façon individuelle car l’exposition sur la base de l’imagination est difficile à réaliser en groupe.

Dans la version la plus actualisée, on ajoute le traitement d’assertivité, l’interruption des médicaments et l’on souligne l’importance de la participation de la famille dans l’intervention.

la thérapie cognitivo-comportementale pour un patient souffrant du trouble d'anxiété généralisée

La thérapie cognitivo-comportementale de Dugas

Le groupe de Dugas (Dugas et Koerner, 2005; Dugas et Ladouceur, 1997; Dugas et Robichaud, 2007; Robichaud, 2013) a proposé un autre type d’intervention pour le TAG. Ce traitement a subi quelques modifications au fil du temps.

Modules de traitement

  • Psychoéducation et entraînement dans la « prise de conscience » : faire la différence entre les préoccupations basées sur la réalité et modifiables, celles basées sur la réalité et non modifiables et celles basées sur des événements très improbables.
  • Réévaluation de l’utilité de la préoccupation : au moment de l’intervention, on fait face au fait que la personne surestime les avantages de la préoccupation et sous-estime ses conséquences négatives.
  • Entraînement en solution de problèmes : pour les préoccupations à propos des problèmes actuels, on propose la résolution de problèmes. L’entraînement en solution de problèmes a deux composants basiques : l’orientation vers le problème et les habiletés de solution de problèmes.
  • Exposition aux peurs qui se cachent derrière les préoccupation à travers l’imagination : montrer au patient qu’essayer d’éviter les pensées peut être contre-productif. Pour cela, on peut se servir de l’expérience de l’ours blanc.

Compléments et/ou améliorations dans des versions plus récentes

  • Reconnaissance de l’incertitude et exposition comportementale : le principal objectif de ce module est que le patient comprenne le rôle fondamental de l’intolérance à l’incertitude dans le développement et le maintien de la préoccupation et de l’anxiété excessives.
  • Prévention de rechutes : on revoit les connaissances et les habiletés apprises et l’on souligne le besoin de continuer à pratiquer ces habiletés.

Finalement, on encourage le patient à développer un plan d’action avant la fin de la thérapie. On le motive à se fixer des objectifs afin de continuer à avancer sans l’aide du thérapeute.

 

La thérapie métacognitive de Wells

Wells a suggéré que le traitement du TAG doit se concentrer sur la remise en question des préoccupations. Il s’agit d’aborder « le style de préoccupation » et non pas le contenu des préoccupations. L’intervention inclut :

  • La formulation individualisée du cas (analyse fonctionnelle).
  • L’éducation sur le traitement, l’identification de deux types de croyances : les croyances négatives à propos des préoccupations et les croyances dysfonctionnelles sur l’utilité de ces dernières.
  • L’affrontement de ces croyances à travers une restructuration verbale et des expériences comportementales.
  • L’élimination des stratégies peu adaptatives. Un exemple est celui des essais de contrôle de la pensée, des comportements défensifs et d’évitement. Toutes ces stratégies interfèrent avec le processus d’autorégulation et contribuent à maintenir le TAG.

Fin du traitement : révision de stratégies alternatives pour gérer les intrusions et les facteurs stressants qui déclenchent les préoccupations.

Finalement, n’oublions pas que toute préoccupation est un signal d’alarme. La façon dont ces préoccupations se génèrent est liée à notre capacité à interpréter la réalité et à faire des inférences à partir de l’information qui nous parvient. Quand ce système d’alarme ne fonctionne pas bien, la personne souffre.