La théorie de l’esprit : la clé de la connexion entre les personnes

29 septembre 2019
La théorie de l'esprit facilite nos relations sociales. Grâce à elle, nous pouvons induire ce que les intentions, les pensées ou les désirs des autres peuvent engendrer et ensuite ajuster notre comportement en fonction de ces prédictions.

La théorie de l’esprit est une capacité sociocognitive qui nous permet de communiquer avec les autres. Cette compétence va bien au-delà du classique « Je pense que vous ressentez ou pensez cela en ce moment même« . En réalité, cette faculté nous permet de comprendre que ce que les autres ressentent et pensent peut être très différent de ce que l’on vit à un moment donné.

Ce concept introduit par le psychologue et anthropologue Gregory Bateson est essentiel pour comprendre une grande partie de notre comportement social. D’une certaine façon, la théorie de l’esprit nous permet de réaliser que les gens qui nous entourent ont des pensées et des croyances distinctes des nôtres.

Par conséquent, les êtres humains, comme beaucoup d’animaux, sont obligés de prédire le comportement des autres. Ils doivent intuitivement savoir ce que les autres peuvent penser ou ressentir afin d’ajuster leur comportement. Nous sommes donc confrontés à une série de processus cognitifs très sophistiqués : « une technologie de pointe sur le plan émotionnel ».

« Nous sommes ce que nous pensons. Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées. Avec nos pensées, nous créons le monde. »

-Bouddha-

En quoi consiste la théorie de l'esprit ?

 

La théorie de l’esprit, la compétence sociocognitive la plus importante

Nous parlons souvent de l’empathie comme de cette compétence essentielle capable de faciliter la connexion humaine. Il est vrai que peu de réalités psychologiques servent autant de ciment social de base pour nous aider à nous connecter, à prendre en compte les perspectives des autres. Maintenant, nous ne nous tromperons pas en disant que la théorie de l’esprit est en fait beaucoup plus importante dans nos relations sociales.

L’empathie nous aide à savoir que les autres peuvent ressentir la même chose que nous. La théorie de Bateson nous permet de comprendre que nos réalités peuvent être très différentes. C’est elle qui nous aide à réaliser, par exemple, que l’autre peut mentir. Elle nous aide aussi à comprendre qu’il peut réagir différemment de nous à certains stimuli.

Tous ces processus sont essentiels dans nos relations sociales, où le cerveau accomplit des tâches fabuleuses pour nous permettre de survivre, de nous adapter et de nous connecter les uns aux autres de manière significative.

Le cerveau, une machine « prédictive »

Le cerveau est, pour utiliser la comparaison informatique classique, une machine prédictive avec un objectif essentiel : réduire l’incertitude de l’environnement. C’est ce qui explique, comme nous l’indique une étude menée à l’Université du Michigan par le Dr John Anderson, la grande importance de la théorie de l’esprit dans nos scénarios sociaux.

Les gens n’ont pas seulement besoin de prédire les comportements de ceux qui les entourent. Il est également important de deviner leurs connaissances, leurs intentions, leurs croyances et leurs émotions. De cette façon, nous ajustons notre comportement en tenant compte des facteurs que nous apprenons nous-mêmes à induire.

D’autre part, il est également intéressant de garder à l’esprit que les animaux ont à leur tour cette capacité sophistiquée. Des études intéressantes ont été menées pour découvrir, par exemple, que les chimpanzés ont cette capacité socio-cognitive d’anticiper le comportement de certains individus. De cette façon, ils peuvent tromper d’éventuels rivaux et même faciliter un comportement proactif au profit du groupe.

 

La théorie de l’esprit, avons-nous tous cette faculté ?

Des études sur le développement humain indiquent que les facultés liées à la théorie de l’esprit apparaissent chez les enfants de plus de 4 ans. C’est à partir de ce seuil que les enfants commencent à avoir des pensées plus abstraites, plus sophistiquées où ils comprennent que les autres ont aussi des intentions, des volontés et que ceux qui les entourent peuvent avoir des pensées et opinions différentes.

D’autre part, il convient de faire référence à un autre aspect. Le chercheur Simon Baron-Cohen de l’Université de Cambridge a mené de nombreux travaux et enquêtes où il a suggéré que les personnes atteintes de troubles du spectre autistique présenteraient de graves déficiences en termes de théorie de l’esprit.

Nous savons, par exemple, que les enfants et les adultes autistes ont certains comportements empathiques. Ils perçoivent la douleur ou l’inquiétude chez les autres. Cependant, il y a un aspect où ils ont du mal à anticiper le comportement des autres. Dans ces cas, les interactions sociales sont déroutantes et difficiles parce que la capacité mentale d’induire des réactions échoue. Ils sont donc dans l’impossibilité de se connecter avec les autres et de comprendre qu’ils peuvent penser, sentir et réagir différemment qu’eux.

D’autre part, les patients atteints de schizophrénie présentent également cette même réalité métacognitive, où il est très difficile de relier et de différencier leur propre état mental et celui des autres.

Deux cerveaux connectés

Conclusion

John Locke a dit que le bonheur humain est une disposition de l’esprit et non une condition des circonstances. Il faut bien admettre que cet univers mental configure l’un des scénarios les plus fascinants… mais aussi les plus complexes. L’être humain, comme beaucoup d’espèces animales, a pour principale faculté de se relier avec ses pairs afin de les comprendre et de mieux s’adapter à l’environnement, ainsi que de faciliter la continuité de sa propre vie.

Cependant, il y a un aspect curieux autour de la théorie de l’esprit. Grâce à elle, nous nous comprenons mieux et anticipons les comportements, les besoins et les pensées afin de réagir en conséquence. Cependant, le but n’est pas toujours noble. On sait que grâce à la théorie de l’esprit, nous sommes capables de tromper et de manipuler les autres. Donc, et pour conclure, c’est à nous de faire bon usage de ces merveilleuses capacités dont nous disposons. Celles qui, presque sans qu’on s’en aperçoive, continuent d’évoluer.

 

  • Anderson, J. R., Bothell, D., Byrne, M. D., Douglass, S., Lebiere, C., & Qin, Y. (2004, October). An integrated theory of the mind. Psychological Review. https://doi.org/10.1037/0033-295X.111.4.1036
  • Baron-Cohen S, Taler-Flusberg H, Cohen DJ, eds. Understanding other minds. Perspectives from developmental cognitive neuroscience. 2 ed. New York: Oxford University Press; 2000.
  •  Baron-Cohen S. Are autistic children ‘behaviorists’? An examination of their mental-physical and appearance-reality distinctions. J Autism Dev Disord 1989; 19: 579-600.
  • Carlson, SM, Koenig, MA y Harms, MB (2013). Teoria de la mente. Revisiones interdisciplinarias de Wiley: Ciencia cognitiva , 4 (4), 391–402. https://doi.org/10.1002/wcs.1232