La théorie de l’attachement de John Bowlby

· 28 juin 2018

John Bowlby (1907-1990) était un psychiatre et psychanalyste qui pensait que la santé mentale et les problèmes de comportement pouvaient être liés à la première enfance. La théorie de l’attachement de John Bowlby suggère que les enfants naissent en étant programmés pour créer des liens avec les autres. Cela les aidera à survivre.

Bowlby fut extrêmement influencé par la théorie éthologique en général, mais surtout par l’étude du comportement menée par Konrad Lorenz. Dans les années 50, dans une étude réalisée avec des canards et des oies, ce dernier a démontré que l’attachement était inné. Par conséquent, il a une valeur de survie.

Bowlby croyait que les comportements d’attachement étaient instinctifs et qu’ils s’activaient dans des cas où une proximité n’était pas atteinte: des cas de séparation, d’insécurité et de peur.

La théorie de l’attachement de John Bowlby affirme que les enfants sont biologiquement programmés pour créer des liens avec les autres.

Comportements innés pour la survie

Bowlby a aussi énoncé que la peur des inconnus représente un mécanisme de survie important, incorporé par nature. Selon lui, les bébés naissent avec la tendance à afficher certains comportements innés (des libérateurs sociaux) qui aident à assurer la proximité et le contact avec la mère ou la figure de l’attachement.

Bowlby

Tout au long de l’évolution de l’espèce humaine, les bébés qui sont restés près de leur mère auraient survécu pour avoir leurs propres enfants. Bowlby a énoncé l’hypothèse selon laquelle les bébés et les mères auraient développé un besoin biologique de maintenir un contact entre eux.

Ces comportements d’attachement fonctionne initialement comme des patrons d’action fixes. Tous ont la même fonction. Le bébé produit des comportements innés de « libération sociale », comme pleurer et sourire, qui stimulent l’attention des adultes. Le facteur déterminant de l’attachement n’est pas la nourriture mais l’attention et la capacité de réponse.

Points essentiels de la théorie de l’attachement de John Bowlby

Après la Seconde Guerre Mondiale, les orphelins et enfants privés de maison présentèrent de nombreuses difficultés. L’Organisation des Nations Unies (ONU) demanda à John Bowlby d’écrire un texte sur ce sujet. Ce texte s’intitula « privation maternelle ». La théorie de l’attachement surgit à partir des questionnements effectués lors de l’élaboration de ce travail.

La théorie de l’attachement de John Bowlby est une étude interdisciplinaire qui inclut les champs des théories psychologiques, évolutives et éthologiques. Voici ses principales idées :

  1. Un enfant a le besoin inné de s’unir à une figure principale d’attachement (monotropie)

Même s’il n’écarta pas d’autres figures d’attachement pour un enfant, Bowlby pensait qu’il existait un lien primaire beaucoup plus important que n’importe quel autre (généralement avec la mère).

Selon lui, ce lien est qualitativement différents de ceux qui suivront. La relation avec la mère est, d’une certaine façon, complètement différente des autres relations.

Bowlby suggérait que la nature de la monotropie (attachement conceptualisé comme un lien vital avec une seule personne) signifiait une chose: si le lien maternel n’existait pas ou s’il se brisait, de graves conséquences auraient lieu. Cela inclurait possiblement la psychopathie sans affect. La théorie de la monotropie de Bowlby le mena à la formulation de son hypothèse de privation maternelle.

L’enfant se comporte d’une certaine façon pour établir un contact ou une proximité avec la personne qui prend soin de lui. Lorsqu’il ressent une plus grande excitation, cette personne le perçoit. Les pleurs, le sourire et la locomotion sont des exemples de ces comportements de signalisation. Instinctivement, les adultes répondent au comportement des enfants à leur charge en créant un patron d’interaction réciproque.

mère et son fils

2. Un enfant doit recevoir une attention continue de la figure d’attachement la plus importante au cours des premières années de sa vie

Bowlby a affirmé que la maternité est presque inutile si elle n’arrive qu’après deux ans et demi ou trois ans. Qui plus est, pour la majorité des enfants, si elle n’arrive qu’après 12 mois, on se retrouve face à une période critique.

Si l’attachement se brise ou s’interrompt au cours de la période critique de deux ans, l’enfant connaîtra des conséquences irréversibles à long terme. Ce risque continue jusqu’à l’âge de cinq ans.

Bowlby a utilisé le terme de privation maternelle pour faire référence à la séparation ou à la perte de la mère, tout comme au manque de développement d’une figure d’attachement.

La supposition sous-jacente de l’hypothèse de privation maternelle de Bowlby est que l’interruption continue du lien primaire pourrait donner lieu à des difficultés cognitives, sociales et émotionnelles à long terme. Les implications sont donc énormes. Par exemple, si cela est vrai, les parents devraient-ils laisser leur enfant à la garderie ?

Les conséquences, à long terme, de la privation maternelle, peuvent inclure la délinquance, une intelligence réduite, une augmentation de l’agression, une dépression et une psychopathie sans affect. La psychopathie sans affect est l’incapacité à faire preuve d’affection ou d’empathie envers les autres. Ces individus agissent impulsivement, sans songer aux conséquences de leurs actes. Par exemple, sans afficher de culpabilité après un comportement antisocial.

3. La séparation à court terme d’une figure d’attachement provoque de l’angoisse

L’angoisse passe par trois étapes progressives: protestation, désespoir et détachement.

  • Protestation : L’enfant pleure, crie et se met en colère quand la figure d’attachement s’en va. Il essaye de s’accrocher à elle pour qu’elle ne parte pas.
  • Désespoir : Les protestations de l’enfant commencent à s’estomper et semblent être plus faibles, même si elles existent encore. L’enfant semble désintéressé.
  • Détachement : Si la séparation continue, l’enfant commencera à interagir avec de nouvelles personnes. Il rejettera la personne à son retour et affichera des signes de colère.
bébé qui pleure

4. La relation d’attachement de l’enfant avec le tuteur principal conduit au développement d’un modèle de travail interne

Le modèle de travail interne est un cadre cognitif qui inclut des représentations mentales pour comprendre le monde, le moi et les autres. L’interaction d’une personne avec les autres est guidée par des souvenirs et des attentes de son modèle interne qui ont une influence et aident à évaluer son contact avec les autres.

À trois ans, le modèle interne semble se transformer en une partie de la personnalité d’un enfant. Par conséquent, cela affecte sa compréhension du monde et les interactions futures avec les autres. Selon Bowlby, la figure d’attachement principale agit comme un prototype pour les relations futures à travers le modèle de travail interne.

La théorie de l’attachement de John Bowlby inclut les champs des théories psychologiques, évolutives et éhtologiques.

Les mères doivent-elles exclusivement s’occuper de leurs enfants lorsqu’ils sont petits ?

L’une des principales critiques qu’a reçu la théorie de l’attachement de Bowlby est liée à l’implication directe qu’elle sous-entend. Les mères doivent-elles exclusivement s’occuper de leurs enfants lorsqu’ils sont petits ?

Weisner et Gallimore (1977) expliquent que les mères sont les tutrices exclusives dans une très faible part des sociétés humaines. En fait, on retrouve souvent plusieurs personnes impliquées dans le soin des enfants.

Van Ijzendoorn et Tavecchio (1987) soutiennent qu’un réseau stable d’adultes peut fournir une attention adéquate et que cette attention peut même avoir des avantages sur un système dans lequel une mère doit satisfaire tous les besoins d’un enfant.

Par ailleurs, Schaffer (1990) explique qu’il existe des preuves selon lesquelles les enfants se développent mieux avec une mère qui est heureuse dans son travail qu’avec une mère qui est frustrée de rester à la maison.

La théorie de l’attachement de John Bowlby n’invoque donc pas l’exclusivité d’une mère dans l’éducation des petits. Au cours de la première étape de la vie, il est cependant essentiel qu’une figure primaire existe et offre les soins et attentions nécessaires à l’enfant. Cela favorisera la création d’un lien qui aidera le bébé à se développer pleinement.