La différence entre la cohérence et l’exemple

19 août 2019
Être cohérent et montrer l'exemple sont des concepts qui se chevauchent mais qui sont à la fois différents. Dans cet article, vous pourrez découvrir ce qui les différencie.

La cohérence peut être conçue comme un trait de la personnalité, une position vers une question en particulier ou une propriété du raisonnement. En outre, on a démontré qu’aligner nos pensées et nos expériences de vie est une réserve positive dans notre santé psychologique.

Aujourd’hui, nous entendons souvent les discours des figures publiques à propos du fait de montrer l’exemple. Les réseaux sociaux ont contribué d’une manière considérable à la matérialisation des valeurs, qui sont en soi invisibles.

Néanmoins, la matérialisation d’un comportement moralement récompensé peut se dissimuler sous un répertoire de valeurs ou autres comportements qui peuvent être peu éthiques. Par exemple, le don d’argent aux nécessiteux peut être une bonne action. Néanmoins, ce don peut être remis en cause si l’argent provient d’une source peu éthique, comme le trafic de drogues.

Une fille qui baisse la tête

L’importance de contextualiser

À ce point, il faudrait reformuler : qu’est-ce que l’exemple ? Est-ce quelque chose qui dépend d’une matérialisation concrète, d’un avis extérieur ou d’une action pré-établie ? Si on dispose de plus de ressources pour montrer l’exemple, celui qui le montre est-il plus exemplaire ? La réponse est non. Montrer l’exemple serait plutôt lié au sens premier de « cohérence ».

Le terme  « cohérence » provient du latin cohaerentia. Cela signifie « connexion intérieure » et désigne la qualité de ce qui présente une connexion ou une relation et globale de ses différentes parties entre elles. Cette définition souligne la nuance interne comme une partie indispensable de sa contextualisation. Néanmoins, « donner l’exemple » semble accorder une plus grande importance au composant extérieur qui est le comportement, comme si c’était une condition nécessaire ou suffisante.

Ainsi, un comportement ou un répertoire de comportements « exemplaires » ne déterminent pas la cohérence. En effet, le composant cognitif -comme le référent à une prise en charge des valeurs éthiques- s’avère être une condition indispensable. On peut évaluer la cohérence à travers la relation entre nos expériences personnelles avec nos pensées et décisions. Du fait de son caractère entier, elle est liée à la phrase d’Aristote, reprise ensuite par la psychologie de la GestaltLe tout est plus que la somme des parties.

La vérité comme cohérence

On oublie souvent cette différence de nuances dans le concept de cohérence dans le langage cohérent, en utilisant les deux acceptations sans distinction. Cela est également le cas dans les études de philosophie de La théorie de la cohérenceSelon Rescher, cette théorie n’est historiquement pas une doctrine monolithique, mais elle a eu des formes significativement différentes.

La théorie de la vérité comme cohérence a été étudiée au sein du célèbre Cercle de Vienne. Ce dernier a conclu qu’il s’agissait d’une approche conventionnaliste. Cette théorie a été critiquée en raison de sa pensée circulaire, en remettant en question ce que signifie réellement être cohérent.

Les critiques de cette théorie ont été menées par le philosophe allemand Schlick, lorsqu’Otto Neurath et Carnap se sont appropriés une théorie néopositiviste de la vérité, en avertissant qu’il s’agissait d’une approche circulaire et qui insistait sur la présence de l’éthique dans la vérité.

La cohérence du point de vue de la psychologie de la pensée

La psychologie de la pensée étudie les formes valables de raisonnement ainsi que les sophismes de la pensée les plus courantes. Une des erreurs que nous réalisons en pensant de manière inductive est de croire que la vérité des prémisses garantit la vérité de la conclusion. Au contraire, on est également en présence d’un sophisme quand on déduit une conclusion, sans connaître les prémisses.

On peut observer ces biais de la pensée dans des phénomènes sociaux récents comme la post-vérité ou le populisme, entre autres. Ce dernier peut constituer un exemple de raisonnement syllogistique catégorique. On extrait la conclusion à partir d’une inadéquation de la prémisse majeure avec la prémisse mineure. Cela donne lieu à une pensée fallacieuse.

La post-vérité peut être contemplée comme un type de sophisme formel et inconditionnel, dénommée affirmation du conséquent. Ce sophisme se produit parce qu’on affirme un deuxième élément et on déduit -à tort- que son antécédent est vrai.

Au moment d’effectuer un jugement, une évaluation ou une mesure, il convient de rappeler l’apport d’Einstein dans son domaine, quand il a évoqué l’existence de variables occultes. Pour lui, dans la réalité, les résultats des mesures devraient être prévisibles. Sinon, c’est parce qu’il existe des informations que nous ignorons. On appelle ces informations « variables occultes » de la réalité.

Un homme qui regarde par la fenêtre

La cohérence et la santé

En 1987, Antonovsky a proposé le concept de sens de la cohérence (SOC) comme une variable salutogénique, médiatrice de la santé dans des situations de stress. On a étudié cette théorie comme une mesure de la capacité de résilience. Elle est liée à l’estime de soi et à une plus grande résistance au stress.

La valeur positive de la cohérence a été étudiée dans un type de thérapie constructiviste, dénommé « thérapie de la cohérence ». Cette thérapie intègre d’une manière intéressante ce qui a montré ses preuves dans la pratique clinique de psychologie, confirmé par la neuroscience.

La thérapie de la cohérence obtient des résultats efficaces. Elle parvient à intervenir dans l’expérience émotionnelle bloquée et à l’intégrer dans la mémoire pour conscientiser un sens. Autrement dit, il s’agit de rendre à l’individu ou de restaurer sa cohérence personnelle et globale.

Ce caractère entier ou global, qui conforme la vérité de l’expérience de l’individu, est la principale caractéristique de la cohérence. La vérité sert de guide ou de lumière pour nous mener vers un chemin, parfois sombre, parfois éclairé. Chacun a vécu des expériences différentes. Malgré cela, nous connaissons la vérité dans une certaine mesure. C’est pourquoi au lieu de prétendre suivre un exemple en particulier, il est nécessaire de connaître notre pierre angulairela cohérence.

La valeur de la cohérence -en raison de son caractère invisible- semble avoir disparu ces derniers temps, ou en tout cas être moins valorisée qu’un comportement exemplaire, qui fait plus de bruit. Néanmoins, en silence, vous pouvez être plus cohérent que celui qui prêche ou se vante avec l’exemple. Savoir qu’il existe plus de réalités que celles que nous sommes capables de déduire grâce à une simple connexion extérieure nous permet de nous approcher de la vérité, de développer une plus grande ouverture d’esprit et de comprendre le sens éthique de la cohérence.

 

  • González Labra (1998). Introducción a la Psicología del Pensamiento. Madrid: Trotta.
  • Jasiński, Michał, Paz, Clara, & Feixas, Guillem. (2016). La terapia de la coherencia: un enfoque constructivista apoyado por la neurociencia contemporánea. Acción Psicológica13(1), 131-144. https://dx.doi.org/10.5944/ap.13.1.16137
  • Moreno Jiménez Bernardo (1997). Sentido de Coherencia, Personalidad Resistente, Autoestima y Salud. Revista de psicología de la salud. Vol.9, Nº2,. 115-138