La Belle et la Bête : renouveler un classique

· 29 novembre 2018
La Belle et la Bête est un conte d'origine française, qui présente certaines similitudes avec le mythe de Psyché et Cupidon que nous pouvons observer dans le classique L'âne d'or, même si nous nous en souvenons aujourd'hui grâce à l'adaptation cinématographique réalisée par Disney en 1991.

Ce conte a récemment été repris au cinéma par Bill Condon, cette fois dans une version non animée. Le casting met en vedette des acteurs comme Ewan McGregor, Ian McKellen ou Emma Thompson. Avec Emma Watson dans le rôle de Belle et Dan Stevens dans celui de la Bête.

Belle, la première étrangère dans une longue liste

Les princesses Disney firent fureur dans les années 90. La plupart sont nées dans cette décennie, bien que certaines étaient déjà des vétérans. A l’instar de Blanche-Neige ou de Cendrillon. En réalité, si nous ordonnons les princesses de manière chronologique jusqu’à aujourd’hui, nous pouvons constater l’ampleur de l’évolution qu’elles ont connu.

La plupart de ces princesses, en particulier les premières, répondaient à l’image de la parfaite femme au foyer : elles étaient belles, jeunes, aimaient faire les tâches ménagères, et reflétaient la femme exemplaire d’une époque. Toutes ont en commun un sombre passé. Le fait de vivre une situation tourmentée. Et de connaître une fin heureuse en compagnie de leur prince. Il a fallu longtemps à Disney pour se rendre compte qu’il devait renouveler ces histoires. Raison pour laquelle les étapes furent franchies progressivement.

Belle serait la première à dévier légèrement (juste un peu) du chemin tracé par ses prédécesseurs. Belle était spéciale, physiquement, elle était une belle jeune femme, mais pas une Blanche Neige d’une beauté inaccessible. Plutôt avec des traits proches de ceux de tout un chacun. Le choix de la couleur de ses cheveux, châtain, est évidemment l’un des traits les plus significatifs. Et avec ses yeux bruns, elle sortait des canons de beauté.

La Belle et la Bête

Le châtain est l’éternel oublié dans le monde des cheveux. Pensons un instant aux canons de beauté dans les chansons, dans les dictons ou les poèmes faisant allusion aux cheveux des femmes, dans les publicités pour les colorants… Bref, lorsque nous voulons représenter la beauté, nous avons tendance à nous tourner vers les cheveux blonds ou les cheveux noirs. Voire les cheveux roux, même si cela est le moins commun. Le châtain y est presque invisible.

Belle vient d’un petit village français. Un endroit où la lecture n’intéresse personne ou presque personne. Cela contraste avec Belle et sa passion pour la lecture. Ce qui lui vaudra le surnom de « bizarre ». La lecture lui permet de s’échapper un peu de la vie du village. De connaître d’autres mondes et d’élargir ses horizons. Il s’agit d’une jeune fille présentant de nombreuses angoisses. Et ayant soif de connaissances.

Comme nous pouvons les constater, Belle est une fille intelligente, confiante, qui rompt avec les stéréotypes jusque-là utilisés dans les productions Disney… Nous ne parlerions évidemment pas d’une princesse Disney des années 90 s’il n’existait pas de prince. Belle n’allait pas être l’exception, elle serait également prise dans les griffes de l’amour et, bien que le but du film est de montrer le pouvoir de la beauté intérieure, nous retrouvons l’éternel classique de la princesse qui connaît une fin heureuse en compagnie de son prince, lequel se convertira en un bel homme.

La Belle et la Bête, une nouvelle approche

L’intention du film de 1990 était bonne. Sans aucun doute. Il nous a parfaitement transmis à tous (ou presque) le message selon lequel la beauté se trouve à l’intérieur. Belle tombe amoureuse de la Bête pour ce qu’elle est. Et met de côté les apparences. La transformation de la Bête doit être considérée comme l’expression de son véritable moi. Comme le reflet de sa beauté intérieure. Et cette beauté, outre le fait d’être subjective, est également influencée par l’intérieur de la personne.

il est vrai que Disney progresse dans ses derniers films en termes de représentation féminine. Toutefois, cette nouvelle version de la Belle et la Bête, sortie en 2017, est très intéressante dans la mesure où elle comprend quelques petites référence qui apportent une touche de fraîcheur à une vieille histoire.

Il est inévitable que cette nouvelle version nous rappelle sa sœur animée. En effet, les similitudes visuelles sont indéniables. Qu’il s’agisse des costumes, du choix des acteurs, des diverses scènes ou des objets du château. Il en va de même de la bande son. Elle nous ramène inexorablement à la version des années 80.

L‘essence de cette nouvelle version se trouve principalement dans le respect montré à sa version antérieure. Car lorsque l’adaptation d’un classique est réalisée, il convient de ne pas perdre de vue que le public conserve très présent à l’esprit la version originale. Néanmoins, une nouvelle version totalement distincte peut parfois se réaliser, créant quelque chose de complètement différent et loin de l’idée originale.

La Belle et la Bête respecte l’intrigue principale, ajoutant certains éléments qui permettent de combler les lacunes dans la version animée, à l’instar de ce qui se passe avec la mère de Belle, de sorte que nous puissions nous rapprocher davantage des personnages et avoir de l’empathie à leur égard.

Par ailleurs, cette nouvelle version inclut une infinité de personnages dont la peau est de couleur noire, lesquels s’entremêlent aux blancs avec une totale normalité, certains possédant même des accents que nous n’associons habituellement pas aux personnes noires tels Mme de Garde Robe, qui possède un accent italien et dont la peau est noire ; démontrant que la couleur de la peau ne doit pas nécessairement être liée à l’origine. Dans le même ordre d’idées, nous trouvons une infinité de couples interraciaux, tels que la sus-mentionnée Mme de Garde Robe et son mari, Maître Cadenza ; ou Lumière, le mythique candélabre, et sa bien-aimée Plumette, qui est également noire.

La Belle et la Bête

Par ailleurs, nous pouvons constater tout au long de de cette nouvelle version de la Belle et la Bête que le personnage dénommé Le Fou a largement changé depuis la version de 1990. Il s’agissait dans la version précédente d’un personnage qui faisait honneur à son nom et était un sujet de Gaston ; nous constatons dans la nouvelle version que cette dévotion envers Gaston est largement plus importante et qu’il n’est pas aussi fou qu’il paraît.

Le Fou montre quelques signes d’amour envers Gaston, mais se rebelle lorsqu’il découvre comment est réellement ce denier. La scène dans laquelle Mme Garde Robe, étant encore une armoire, habille trois jeunes femmes dont deux d’entre elles s’énervent, est très significative. Cependant, l’une d’elles semble parfaitement à l’aise et sourit de gratitude. Il s’agit de quelque chose de très subtil, d’un léger clin d’œil, mais revêtant une haute importance. De plus, à la fin du film, nous pouvons constater comment ce personnage finit par danser avec Le Fou, les ravissant tout deux.

De cette façon, ce qui aurait déjà dû être normalisé l’est désormais. Réaffirmant par la même la finalité de cette oeuvre. La beauté se trouve à l’intérieur. Peu importe le genre, la race ou l’origine, rien de tout cela n’est important. L’amour va au-delà. Et ne connaît ni barrières ni impositions.

Cette nouvelle version de la Belle et la Bête était vraiment nécessaire. Il fallait inclure ce type de relation dans un classique tel que celui-ci. Qui justement, nous suggère d’aimer au-delà des apparences. Il s’agit d’un petit pas. Mais très significatif et très nécessaire de nos jours. Si nous continuons dans cette voie, peutêtre, un jour et dans les versions futures des princesses Disney, être belles ne sera plus obligatoire pour être des « princesses ».

« Ce n’est pas mal d’être belle ; ce qui est mal, c’est l’obligation de l’être. »

– Susan Sontag-