Il ne pense pas mais il ressent : le système nerveux entérique (« second cerveau »)

· 22 octobre 2018

On considère souvent le système nerveux entérique comme notre « second cerveau ». En effet, c’est un réseau complexe de plus de cent millions de neurones (presque autant que dans la moelle épinière) qui « tapissent » des aires concrètes comme l’intestin grêle et le colon s’y développe. Ce système est capable d’agir de façon indépendante.

Cette aire du système nerveux autonome est chargée de réguler les processus digestifs. C’est donc l’une des plus intéressantes de notre organisme. C’est pourquoi, au cours de ces dernières années, beaucoup de travaux ont été publiés à ce sujet. Même s’il faut avouer qu’une partie de la communauté scientifique n’est pas d’accord.

L’une des études les plus connues a été réalisée par le docteur Michael D. Gershon, président du département d’anatomie et de biologie cellulaire de l’Université de Columbia. Avec son livre, Second Brain, celui qui est considéré comme le père de la neurogastroentérologie développe des idées très importantes. Par exemple le fait que 95% de la sérotonine et 50% de la dopamine se produisent précisément dans le système gastro-intestinal.

Comme si cette donnée n’était pas suffisamment surprenante, au mois de mai, l’Université de Flinders à Adélaïde (Australie) a découvert une chose encore plus étonnante qui a été publiée dans la revue The Journal of Neuroscience. À savoir que le système nerveux entérique est capable de générer une activité électrique. Il le fait selon un schéma très singulier et différent de celui du cerveau.

En savoir plus sur cette structure peut nous révéler des aspects de nous-mêmes que nous ignorions.

« Les connaissances que nous avions jusqu’à présent sur les fonctions du système nerveux entérique sont celles qui nous sont parvenues du Moyen-Âge. Il est temps de découvrir tout ce qu’il fait pour nous. »

-Michael D. Gershon-

système nerveux entérique

Système nerveux entérique: localisation et fonctions

Le système nerveux entérique est extrêmement développé. Il part de l’œsophage. Et va jusqu’au niveau de l’anus. Il recouvre toute cette aire de notre système digestif qui a une extension moyenne de 10 ou 12 mètres. À l’intérieur de ces organes, comme c’est le cas des intestins, nous retrouvons des millions de neurones.

Par ailleurs, un autre aspect intéressant est le fait que cette partie de notre organisme est très spécialisée. Elle fait son travail de façon autonome. Même si elle communique avec le système nerveux central, elle est capable d’envoyer un grand nombre d’informations au cerveau. Étudions donc maintenant d’autres données et caractéristiques.

Le système nerveux entérique, un peu plus que des processus digestifs

  • Dans le système nerveux entérique, nous retrouvons des millions de neurones. Des neurotransmetteurs. Des virus et des bactéries. Tous ces éléments régulent notre bien-être. Et notre santé.
  • Il existe trois types de neurones dans cette région de notre corps. Les neurones efférents, les neurones afférents et les interneurones. 
  • Les neurotransmetteurs qui régulent les processus de cet ensemble de fibres nerveuses sont l’acétylcholine, la noradrénaline et l’adrénaline.
  • Par ailleurs,le système nerveux entérique synthétise de la sérotonine. De la dopamine. Des opiacées pour la douleur. Etc. C’est pour cela qu’on le considère comme notre laboratoire chimique.
  • Le professeur Gary Mawe, docteur au département de Sciences Neurologiques de l’Université du Vermont, nous signale que rien n’est aussi complexe et délicat que la digestion. Nous devons prendre en compte le fait que le système nerveux entérique détermine, par exemple, quelles enzymes sont les meilleures pour décomposer chaque aliment.
  • Il supervise aussi l’acidité, favorise le mouvement intestinal et contrôle le niveau de nos défenses.
  • On sait qu’il est capable de détecter s’il y a une bactérie dans la nourriture ingérée. Si c’est le cas, il favorisera certains processus. Comme le vomissement ou la diarrhée.
bactéries et système nerveux entérique

Le cerveau, le nerf vague et le système nerveux entérique

Nous avons signalé un peu plus haut que le système nerveux entérique est capable de travailler en totale indépendance par rapport au système nerveux central. Ceci peut nous surprendre car, comme nous le signale le docteur Michael D. Gershon, l’intestin est le seul organe qui peut fonctionner de façon autonome.

Cependant, à certains moments, il a besoin de cette communication essentielle avec le cerveau. Cette communication se fait à travers le nerf vague.

La communication émotionnelle entre le cerveau et le système nerveux entérique

Des chercheurs de l’Université de Duke ont réalisé une étude. Elle a permis d’observer que sur dix communications établies entre le cerveau et l’intestin, 9 partent du cerveau. 

  • L’une des communications entre le système nerveux entérique et le cerveau sert à signaler à ce dernier qu’il est temps de manger. Ou que nous sommes rassasiés. Elle se fait à travers la régulation d’une série d’hormones qui nous produisent une sensation de bien-être et de satiété.
  • C’est aussi cet ensemble de fibres nerveuses qui offre une sensation de plaisir au cerveau quand nous consommons de la nourriture qui nous plaît.
  • Lorsque nous ressentons du stress, le système entérique devient très sensible. Il génère des changements. Le classique nœud dans l’estomac, par exemple, vient de lui. Le niveau de sang devient plus élevé dans cette zone.
  • Au cours de ces dernières années, les chercheurs ont mené de nombreuses recherches. Le but était de savoir comment le microbiote intestinal conditionne notre comportement. Et nos émotions. On sait qu’une mauvaise flore bactérienne peut affecter notre humeur. Or, les données recueillies ne permettent pas encore de soutenir une seule hypothèse.

Pour conclure, nous devons signaler un aspect. Certains considèrent que voir le système nerveux entérique comme notre « second cerveau » est une erreur. Les arguments neurobiologiques apportés par une partie de la communauté scientifique sont, pour le moment, discutables. Pour d’autres, en revanche, ils sont suffisamment solides.

Quoi qu’il en soit, nous devons souligner un détail. Cet ensemble de fibres nerveuses ne « pense » pas et ne présente aucun processus cognitif. En revanche, il « ressent ». Il est en effet sensible au stress, aux émotions et est capable de réguler de multiples fonctions pour influer sur notre bien-être. Le système nerveux entérique est, par conséquent, un autre centre de contrôle indispensable pour la vie. Prenons-en soin.