Le déchirant poème d’amour d’un homme souffrant du trouble obsessionnel-compulsif (TOC)

10, septembre 2017 dans Psychologie 261 Partagés

Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) est un type de trouble de l’anxiété qui s’occupe, à sa manière, des pensées, des émotions et des comportements des personnes qui en souffrent. L’un des symptômes qui limitent le plus la vie de ces personnes est celui consistant à se sentir obligé-e de répéter, en permanence, des mots, pensées ou actions pour soulager le mal-être que leurs raisonnements et émotions leur produisent.

Mais, les obsessions, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des idées, des pensées, des images ou des pulsions récurrentes, persistantes ou absurdes, de nature involontaire ou égodystonique (désagréables et intrusives). Ce ne sont pas des préoccupations excessives à propos de problèmes réels mais plutôt des craintes qui surgissent à partir de problèmes anticipés peu probables. Par ailleurs, elles causent un mal-être important à la personne, même si celle-ci est capable de reconnaître que ces idéations sont un produit exclusif de son esprit.


Dans une grande partie des cas cliniques, on a observé que la personne peut renoncer à résister à l’obsession car le combat pour l’éliminer de son esprit peut devenir exténuant.


L’autre terme qui participe à la définition du trouble est celui de la compulsion. La compulsion doit être comprise comme un comportement répétitif qui se réalise en réponse à une obsession, selon certaines règles ou d’une façon stéréotypée. Elle ne poursuit pas une fin en soi mais est destinée à produire ou empêcher certaines situations ou certains états. Cette manière de « résoudre » n’est pas une solution rationnelle (ouvrir et fermer X fois la voiture) ; elle peut parfois l’être mais apparaît comme clairement disproportionnée (se laver X fois les mains).

Prenons un exemple pour parler du tandem obsession-compulsionUne personne souffrant du trouble obsessionnel-compulsif peut être en train de conduire et, tout à coup, penser que quelque chose de mal peut arriver à sa famille. Elle sait que cette peur n’est qu’un produit de son esprit mais elle ressent le besoin de toucher la vitre de la fenêtre trois fois de suite dans le but « d’éviter que quelque chose ne leur arrive ». Il s’agit d’un raisonnement irrationnel ; cependant, la pulsion compulsive, aux côtés de sa résistance, la pousse à le faire. L’acte n’est pas une source de plaisir pour la personne, mais le fait est qu’il est efficace, à ce moment précis, pour réduire son anxiété.

femme souffrant du trouble obsessionnel-compulsif

Le déchirant et émouvant poème d’amour d’un homme souffrant d’un TOC

L’amour et le désamour sont des sentiments très profonds dont nous faisons tous (ou presque) l’expérience ; du moins, nous cherchons à la vivre. Cependant, on ne parle presque pas de la façon dont les personnes souffrant de trouble obessionnel-compulsif peuvent vivre cet amour et ce désamour.

Nous pouvons dire que ces sentiments constituent un pilier de base dans l’expérience émotionnelle humaine. Ainsi, s’il est vrai qu’il n’y a aucune manière de décrire ou de théoriser une expérience sentimentale aussi unique, le fait qu’une personne partage avec le monde ses sentiments, en parlant de ses problèmes, nous aide à la comprendre et à valider ses expériences.

Ce ne doit être facile ni pour la personne souffrant de TOC, ni pour son/sa partenaire. C’est ce que nous fait clairement comprendre Neil Hilborn, un écrivain et poète nord-américain souffrant de TOC qui a voulu donner une voix au processus de « coup de foudre » de son esprit, ainsi qu’aux conséquences de la rupture, pour lui et pour ses obsessions/compulsions quotidiennes.

Nous allons partager avec vous la transcription du poème, si vous voulez la conserver ou relire le texte après avoir vu la vidéo, qui est vraiment émouvante.

La première fois que je l’ai vue… Tout en moi s’est tu.

Tous les tics, les images constantes ont disparu. Quand vous avez des TOC, en vérité, vous n’avez pas de moments calmes.

Même au lit, je n’arrête pas de penser :

Est-ce que j’ai fermé la porte ? Oui. Est-ce que je me suis lavé les mains ? Oui. Est-ce que j’ai fermé la porte ? Oui. Est-ce que je me suis lavé les mains ? Oui.

Mais quand je l’ai vue, la seule chose à laquelle j’ai pu penser fut la courbe de ses lèvres. Ou ses longs cils. Ses longs cils. Ses longs cils.

Je savais que je devais lui parler. Je lui ai demandé six fois en trente secondes de sortir avec moi. Elle a dit oui à la troisième fois, mais j’ai quand même continué à demander.

Lors de notre premier rendez-vous, j’ai passé plus de temps à trier mon repas par couleurs qu’à le manger ou à lui parler. Mais elle a adoré.

Elle a adoré que je l’embrasse 16 ou 24 fois pour lui dire au revoir parce que c’était un mercredi. Elle a adoré le fait que je prenne le temps de la raccompagner parce qu’il y avait beaucoup de fissures sur le trottoir.

Quand nous avons emménagé ensemble, elle a dit qu’elle se sentait en sécurité, comme si personne n’allait nous cambrioler parce que j’avais fermé la porte 18 fois.

Je regardais toujours sa bouche quand elle parlait. Quand elle parlait.

Quand elle parlait. Quand elle parlait. Quand elle parlait.

Quand elle m’a dit qu’elle m’aimait, sa bouche souriait. Quand elle se couchait, elle me voyait éteindre toutes les lumières et les rallumer, les éteindre, les rallumer, les éteindre, les rallumer, les éteindre, les rallumer, les éteindre, les rallumer.

Elle fermait les yeux et imaginait que les jours et les nuits se succédaient devant elle. Certains matins, je commençais à l’embrasser pour lui dire au revoir et elle s’en allait parce que sinon, elle arrivait en retard au travail.

Quand je m’arrêtais devant les fissures du trottoir, elle continuait son chemin. Quand elle me disait qu’elle m’aimait, sa bouche ne formait plus qu’une ligne droite. Elle me dit que je prenais trop de son temps.

La semaine dernière, elle a commencé à aller dormir chez sa mère. Elle m’a dit qu’elle n’aurait jamais dû me laisser m’attacher à elle comme cela ; que ce n’était qu’une erreur, mais… Comment cela pouvait-il être une erreur alors que je n’ai pas besoin de me laver les mains après l’avoir touchée ?

L’amour n’est pas une erreur et cela me tue de voir qu’elle peut continuer à avancer, alors que j’en suis incapable. Je ne peux pas.

Je ne peux pas sortir et rencontrer quelqu’un d’autre parce que je pense tout le temps à elle. Normalement, quand quelque chose m’obsède, je vois des microbes ramper sur ma peau.

Je me vois écrasé par une lignée infinie de voitures. Elle a été la première chose magnifique sur laquelle je suis resté bloqué. Je veux me réveiller tous les matins en pensant à la façon dont elle tient son volant.

À la façon dont elle ouvre le robinet de douche, comme si elle ouvrait un coffre-fort. À la façon dont elle éteint les bougies. À la façon dont elle éteint les bougies. À la façon dont elle éteint les bougies. À la façon dont elle éteint…

Maintenant, je pense à celui qui l’embrasse. Je ne peux pas respirer parce qu’il ne l’embrasse pas à la perfection.

Je veux tellement qu’elle revienne que…

Je laisse la porte ouverte.

Je laisse la lumière allumée.

Auteur : Neil Hilborn

femme avec visage projeté

Comment cohabiter avec une personne atteinte de TOC ?

Les personnes qui cohabitent avec des personnes atteinte du trouble obsessionnel-compulsif doivent comprendre que les obsessions et les compulsions échappent à la volonté de la personne affectée. Une personne souffrant de ce trouble peut ou non être consciente de l’irrationalité de ses pensées et de ses actes, mais elle ne peut pas les contrôler sans une aide externe.

Nous ne devons ni juger la personne, ni essayer d’éviter qu’elle ne réalise ses rituels car elle ressentira encore plus de tension et sa blessure s’agrandira encore plus. Nous ne pouvons pas persuader une personne de ne pas penser ou agir d’une certaine façon : nous devons l’accueillir avec patience et affection.

Nous ne devons pas non plus faire partie des rituels. Le soutien doit être quotidien. Certains auteurs nous parlent de cette façon d’une négociation des limites avec la personne atteinte de TOC : « Puisque je t’aime, je refuse de participer à un comportement blessant » ; « je sais que c’est difficile et que cela peut te faire du mal, mais il vaut mieux que je ne réalise pas ce rituel pour toi » ; « le docteur m’a dit de ne pas participer, et il sait de quoi il parle, alors j’ai décidé de croire en son jugement ».

Enfin, nous ne pouvons pas conclure sans souligner la nécessité de chercher un soutien psychologique et psychiatrique spécialisé dans le traitement des TOC. Ainsi, la personne affectée et son entourage doivent recevoir le soutien d’un-e professionnel-le qualifié-e qui l’aidera à gérer la situation et à améliorer la cohabitation au quotidien.

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