Savez-vous par quoi se caractérise le trouble obsessionnel-compulsif ?

· 9 septembre 2017

Peut-être dernièrement avez-vous beaucoup entendu parler de la recherche des composants biologiques à l’origine des différents problèmes de santé mentale. Depuis l’étude des gènes responsables de tous les troubles mentaux existants jusqu’aux zones cérébrales ou les neurotransmetteurs impliqués. Mais étant donnée la complexité de l’être humain, la biologie ne peut pas tout expliquer, et c’est pour cela que dans le champ de la psychologie clinique ont été trouvé différents marqueurs psychologiques qui, dans le cas du trouble obsessionnel-compulsif (TOC), auraient beaucoup de poids dans le développement de ce dernier.

C’est pourquoi cet article se base sur l’étude réalisée par l’Association Espagnole de Psychopathologie et Psychologique Clinique sur le trouble obsessionnel-compulsif et ses marqueurs psychologiques. Concrètement, Gertrudis Forné, M. Ángeles Ruiz-Fernández et Amparo Belloch ont mis au jour que le sentiment d’inachevé et les expériences « not just right » pourraient prédire les symptômes obsessionnels-compulsifs.

En nous basant sur le résultat de ces études publiées dans l’article intitulé « Sentiment d’inachevé et expériences « not just right » comme déclencheurs des symptômes obsessionnels-compulsifs », nous allons traiter de ce trouble. Car comme dans tous les troubles mentaux, la biologie n’est pas la seule à résulter déterminante, et par conséquent, pour un traitement correct, la médecine par elle-même ne serait pas suffisante.

Qu’est-ce que le trouble obsessionnel-compulsif ?

Pour expliquer les marqueurs psychologiques du trouble obsessionnel-compulsif, il convient en premier lieu de savoir de quoi il s’agit. Ainsi, ce trouble trouvait auparavant sa place dans les différentes classifications diagnostiquées dans les troubles d’anxiété, mais du fait des découvertes qui ont été réalisées, dans la dernière actualisation du Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux, connu sous le nom de DSM-5, on lui octroie le poids d’entité propre.

trouble obsessionnel-compulsif de vérification

Les personnes qui souffrent de ce trouble manifestent d’importantes obsessions recueillies par des images, des pensées ou des impulsions récurrentes qui provoquent en elles de l’anxiété ; une anxiété à laquelle elles tentent de palier via des comportements ou des actes mentaux répétitifs. Par exemple, une personne obsédée par l’idée qu’elle puisse tomber malade car il y a beaucoup de germes dans l’environnement où elle se trouve se lavera les mains à chaque fois qu’elle touchera quelque chose, pouvant même en arriver à les écorcher à force de les frotter et de les laver si souvent.

Normalement, ces rituels compulsifs causent du mal-être à celleux qui les réalisent et leur font perdre beaucoup de temps. De plus, même si parfois dans leur vie iels ont reconnu que ces obsessions et/ou ces compulsions sont excessives voire même irrationnelles, iels ne sont pas capables de cesser de les réaliser.

Les marqueurs psychologiques et leur importance dans le trouble obsessionnel-compulsif

Depuis la perspective cognitivo-comportementale en psychologie, qui est celle qui compte le plus grand soutien empirique dans le traitement de trouble obsessionnel-compulsif, généralement, ressort l’importance des croyances dysfonctionnelles et l’évitement de la douleur comme l’explication fondamentale de la genèse du trouble. Mais cette explication restait limitée quant à l’hétérogénéité des croyances dysfonctionnelles que les patient-e-s avaient sur leurs symptômes et le besoin des compulsions.

En raison de cette limitation, différent-e-s chercheur-se-s du monde entier ont commencé à considérer d’autres facteurs psychologiques comme traits diagnostiques spécifiques du trouble obsessionnel-compulsif. Certain-e-s en sont donc arrivé-e-s à en conclure de la présence du sentiment d’inachevé uniquement dans le trouble obsessionnel-compulsif, et pas dans d’autres troubles d’anxiété.

Le sentiment d’inachevé se réfère à un sentiment persistant consistant à penser que la tâche qui est réalisée est incomplète. Ainsi, il se prolonge dans le temps car il occupe les pensées de la personne, qui cherche ce qui lui manque et ce qu’elle ne peut pas trouver.

De plus, les chercheur-se-s ont aussi suggéré que les expériences « not just right » seraient un point central dans ce trouble. Ces expériences sont celles qui nous font penser que ce qui a été réalisé n’est pas suffisamment bien ou n’est pas suffisamment bon pour le laisser tel quel. Cela mènera donc la personne à répéter constamment chacun de ses pas pour s’assurer qu’elle n’a rien oublié et ainsi essayer d’arriver à une perfection pourtant impossible à atteindre.

Comme on peut l’observer, les différent-e-s chercheur-se-s ont donné sens avec ces concepts à la répétition compulsive et à l’obsession mentale ; iels ont ainsi fait un pas de plus dans l’explication de l’hétérogénéité de ce trouble.

trouble obsessionnel-compulsif de l'ordre

Résultats des études des marqueurs psychologiques du TOC au sein de la population espagnole

Face à ces découvertes, Gertrudis Forné, M. Ángeles Ruiz-Fernández et Amparo Belloch ont décidé de réaliser une étude en Espagne sur ces concepts pour essayer de répliquer les résultats. Pour cela, iels ont utilisé les instruments suivants : le Not Just Right Expiriences Questionnaire-Revised (NJREQ-R) et l’Inventaire Obsessivo-Compulsif de Vancouver (VOCI).

Les résultats obtenus nous disent qu’aussi bien les sentiments d’inachevé que les sentiments « just not right » se donnent dans la population en général, mais dans une plus grande mesure au sein de la population présentant le trouble obsessionnel-compulsif. Cela indiquerait que ces expériences pourraient être considérées comme un facteur/marqueur de vulnérabilité pour développer des symptômes de ce trouble.


« Le sentiment d’inachevé et les expériences « not just right » sont plus « internes », subjectives et diffuses que l’intrusivité et le mal-être général. De plus, ces expériences ont lieu quand le/la patient-e « fait quelque chose » alors que les contenus obsessionnels s’expérimentent dans bien des cas indépendamment de ce que le/la patient-e mène à bien ou non une action déterminée. »


Ont également été constatées des associations entre les expériences « not just right » et le sentiment d’inachevé avec la tendance au perfectionnisme et l’intolérance à l’incertitude. Ce point pourrait nous aider à concevoir une future intervention plus avancée et liée à ce type de pensées pour ce trouble.


« De plus, les expériences not just right, le sentiment d’inachevé et les symptômes not just right prédisent toutes les dimensions de symptômes obsessionnels-compulsifs, au-delà du poids explicatif que peuvent apporter le perfectionnisme, l’intolérance à l’incertitude, les croyances dysfonctionnelles, la tendance à l’inquiétude pathologique (worry) et les symptômes anxieux et dépressifs. Une exception notable ont été les symptômes d’ordre, où l’anxiété a été la plus prédictive. »


Tous ces résultats nous mènent à conclure qu’il nous reste encore bien des choses à découvrir sur le trouble obsessionnel-compulsif. Aussi, ces résultats nous signalent l’importance des facteurs psychologiques dans la genèse, le cours et le traitement des différentes maladies mentales.