De quelle couleur voulez-vous votre baleine ? Bleue ou rose ?

· 4 septembre 2017

Personne ne veut se suicider. De fait, la plupart des gens qui franchissent ce pas agissent car ils sont convaincus qu’ils n’ont pas d’autre sortie acceptable. C’est la dernière option, leur dernière ressource pour échapper d’une vie qui fait mal. Il est très possible que le jeu macabre de la « baleine bleue » ne vous parle pas et suscite l’incompréhension chez vous mais ne perdez pas de vue le fait qu’aujourd’hui, les enfants et adolescent-e-s qui naviguent sur des océans de solitude, de tristesse et de vulnérabilité sont très nombreux. Ce sont des personnes qui ont besoin d’aide.

Maylen avait 13 ans et vivait dans un petit village de Colombie. Sa vie, en apparence, était normale, pas tellement différente de n’importe quelle autre adolescente de son âge. Quelques jours avant qu’elle se pende avec une ceinture, elle demanda à sa mère s’il existait des baleines bleues. « Elles existent, oui, mais elles sont très peu. Elles sont en voie d’extinction », lui répondit madame Villamizar, incapable d’imaginer ce que son enfant avait en tête.

« L’une des principales tâches de l’adolescence est d’obtenir une identité, pas forcément une connaissance de qui on est, mais une clarification de ce que l’on pourrait devenir. »

-Anonyme-

Maylen n’est pas la seule à avoir franchi ce cap. Près de 130 jeunes jeunes dans le monde entier sont passés par les 50 tests dégradants de ce « jeu ». Une partie qui se gagne avec un « dernier mouvement », celui de s’ôter la vie (si on ne le fait pas, apparaît un délit supplémentaire : le jeu avertit que puisqu’il a les données de l’IP de l’utilisateur, de tierces personnes pourraient venir assassiner ses ami-e-s et proches).

Beaucoup pourraient dire que le monde des réseaux sociaux, des forums et des groupes constitués en ligne n’ont que des conséquences négatives. Mais, derrière tout cela, il y a une réflexion qui s’impose : le monde, que nous le croyons ou non, est plein de baleines bleues. Des êtres précieux et vulnérables, représentent ces univers ataviques que l’on néglige inconsciemment ou délibérément : la solitude, la peur, l’insécurité, la sensation de parler à un mur…

C’est le moment de choisir. L’opposé de la baleine bleue est la baleine rose, une merveilleuse initiative qui a surgi en réaction à ce jeu, qui emporte avec lui des vies très jeunes de manière lamentable.

La baleine bleue cherche à sortir d’une vie qui fait mal

Curieusement, le nom de ce jeu a très peu à voir avec l’animal magnifique. La baleine bleue est l’animal le plus grand de notre planète. Ce sont des nageuses gracieuses qui parcourent l’océan à toute vitesse. De plus, ce sont les animaux les plus bruyants de la planète. Elles sont capables d’émettre différents battements, grognements et gémissements qui s’entendent à plus de 1500 kilomètres de distance. Ce sont sûrement les créatures les plus fascinantes de la nature.

À l’inverse, nos baleines bleues, celles qui nagent sur des sols d’asphalte et qui surfent sur les réseaux sociaux sont des créatures silencieuses, qui passent inaperçues. De plus, elles sont caractérisées par une vulnérabilité psychologique et par une carence de figures de référence fermes. Qu’un jeune de 12, 13 ou 18 ans décide de débuter ce jeu, qui demande tant de choses humiliantes, douloureuses, est incompréhensible. Mais il faut tenir compte de plusieurs aspects, qui nous aideront à mieux comprendre ce phénomène.

Pourquoi un-e jeune décide-t-iel de participer à ce jeu ?

Le jeu de la baleine bleue permet aux enfants et aux adolescent-e-s de trouver une personnalité dans un monde dans lequel iels se sentent invisibles, où beaucoup ne trouvent pas leur place, où rien ne semble les identifier. Chaque auto-lésion, chaque test surmonté est un succès. C’est une preuve de leur courage car iels ont réussi à faire face à la douleur, à la peur, à l’indécision… Tout cela représente des « triomphes » qu’iels publient avec « fierté » pour obtenir en retour un renfort psychologique et une motivation. Celle de continuer.

Ainsi, le fait de débuter ce type de jeu leur donne l’impression qu’iels font partir d’un projet, duquel naît un engagement. Il ne faut pas oublier que l’adolescence est cette période de quête où le/la jeune n’a pas de groupe d’ami-e-s solides ou de famille qui agit comme un lien ferme et comme référent sûr. C’est un garçon ou une fille qui ne cherche qu’à se défendre contre la solitude, quoi qu’il en coûte.

Le jeu de la Baleine Bleue offre à ces enfants et adolescent-e-s tout un périple de défis cruels. Des défis qui permettent de retrouver une estime de soi, sans savoir qu’ils sont à la merci des sadiques et des caprices cruels des personnes qui se trouvent derrière.

Lisez aussi : Comment aider quelqu’un qui pense au suicide?

Les baleines bleues peuvent se transformer en baleines roses

Il faut se réveiller et se rendre compte qu’autour de nous, navigue plus d’une baleine bleue. Cependant, il faut faire attention à ne pas lui faire peur, à ne pas la mettre en colère, en ressentant ce qu’elle ressent, ou en faisant preuve d’une certaine curiosité vis à vis de ce jeu. Car si l’on sanctionne, si l’on juge, ou que l’on ironise, la baleine bleue s’éloignera davantage. Il faudra la guider avec assurance, proximité et intelligence pour que, grâce à notre aide, elle se transforme en baleine rose.

« L’adolescence est une nouvelle naissance, car les traits humains les plus complets et les plus élevés y naissent. »

-G. Stanley Hall-

Comme nous l’a expliqué l’OMS, près de 4% de la population souffre de dépression et chaque année, ce sont plus de 800 000 personnes qui choisissent de s’ôter la vie car c’est pour elles la seule option qu’elles ont pour cesser de souffrir. Une grande partie de cette proportion sont des jeunes entre 13 et 25 ans. On sait, de plus, que près de 16 millions de personnes se blessent elles-mêmes, surtout les adolescent-e-s.

Il faut donc envisager l’éducation d’une autre manière. Nous avons besoin de plus d’outils dans les centres éducatifs et sans aucun doute, de plus d’initiatives comme la « baleine rose », orientée vers la construction d’une attitude positive, à travers 50 tests sains et amusants. Chaque étape y est un début de vie et non pas un final de tristesse.

Prévention et supervision

D’autre part, le travail de la famille est vital dans ces cas. Il est donc nécessaire de penser chaque jour à ces attitudes :

  • Les parents doivent faire preuve de disponibilité émotionnelle absolue lorsqu’ils écoutent leurs enfants.
  • La crise économique présente fait que dans de nombreux pays du monde, les familles n’ont pas le temps qu’elles aimeraient avec leurs enfants. Mais, le peu de temps qu’elles ont doit être de qualité. Il faut construire une bonne complicité et une proximité avec les enfants.
  • Il faut donner aux enfants les opportunités et les outils pour construire des relations significatives avec leurs semblables, évitant l’isolement à tout moment.
  • Il faut se souvenir du besoin de valoriser les enfants, de leur offrir des renforts positifs pour qu’ils disposent d’une forte estime d’eux-mêmes.

Pour finir, et ce n’est pas moins important, il est nécessaire d’écouter les changements d’humeur et les comportements de nos adolescent-e-s. Superviser régulièrement ce qu’iels font et ce qu’iels partagent sur les réseaux sociaux est clé pour éviter des situations comme celles qui ont lieu aujourd’hui, tout autour de nous.

Lisez aussi : Dis-moi comment tu fais preuve d’autorité, je te dirai comment grandiront tes enfants