Les chaises vides, ou quand Noël se teint de nostalgie

· 29 mars 2017

Une table dressée. Des chaises vides. Des relations brisées. Des familles séparées. Noël, date de fête et de retrouvailles, se teint de nostalgie, de tristesse, d’angoisse et d’inquiétude. La splendeur de ce moment n’existe plus. Nous ne prévoyons plus la joie de cette date depuis notre fauteuil.

Non, nous ne le faisons plus. Il n’y a plus d’éclat car quelqu’un est absent, et parce que tout change tellement avec le temps que nous avons perdu le bonheur immense qui nous envahissait quand nous étions enfants. Nous n’avons plus cette innocence qui nous permettait de profiter du moindre détail, car chaque broutille était alors une chose pleine de magie. Désormais, les rancœurs et les absences du présent ne nous permettent plus d’en profiter.

Pourquoi la tristesse nous envahit-elle lors de ces moments ? Ces moments où s’approchent les fêtes et où commencent les préparatifs, les cadeaux, la décoration et le choix d’un menu sont les moments exacts où les souvenirs volent et planent dans notre esprit. Nous ne pouvons éviter cela. Le pouvoir de Noël nous fait subir encore plus le poids des absences, celles choisies et celles qui sont juste survenues.

Combien serons-nous le 24 ? Et le 25 ? Qui viendra et où vais-je aller ?

Combien serons-nous le 24 ? Et le 25 ? Qui viendra et où vais-je aller ? Inévitablement, face à ces questions, les chaises vides apparaissent. Des chaises vides qui correspondent aux personnes qui ne sont pas là, aux personnes qui se sont éloignées ou aux personnes qui sont décédées. Des souvenirs du temps passé, du temps qui nous appartenait, où nous nous sentions plus heureux-ses, plus comblé-e-s. Qui était plus positif que celui à venir, et celui présent.


« La personne qui est loin, celle que la vie emporte vers d’autres chemins, celle qui a choisi de ne pas être là, celle qui s’est brouillée, celle qui a été emportée par la mort ». Des chaises vides qui, même si personne ne les occupe physiquement, nous accompagnent lors de ces dates pour déplacer notre souffrance vers le moment présent.


Une souffrance que nous gardions, anesthésiée et endormie par le quotidien de la vie. Car oui, les chaises vides font mal, elles emplissent nos yeux de larmes et notre âme de douleur et d’étreintes retenues qui se retrouvent sans corps à serrer.

Oui, elles font mal. Mais il y a, dans les chaises vides, un espace à embrasser, à accepter et à nommer sans crainte. Je dis « sans crainte » car nous ne pouvons pas oublier que, même si nous pouvons pleurer à cause de celles qui sont vides, celles qui sont occupées méritent notre plus merveilleux sourire.


Il n’est pas nécessaire de se forcer à être joyeux-ses mais, en revanche, partir à la recherche d’un état de paix et de calme est une bonne idée. La peur, la colère et la tristesse ne sont pas éternelles, même si elles nous terrorisent.


Noël est une contradiction

Noël est une contradiction en soi. La magie qu’entraîne le fait de partager des moments et de retrouver les êtres que l’on aime se heurte de plein fouet à la peine que nous font ressentir les absences, la douleur causée par la perte d’un être cher ou le ressentiment provoqué par une chaise vide, fruit des désillusions des temps passés.

En ce sens, il est très important de parler naturellement avec celleux qui sont présents et de faire sortir cette sensation de notre cœur. Car dans le cas contraire, l’ombre de la chaise vide affectera toutes les personnes d’une humeur contradictoire et une atmosphère à couteaux tirés s’installera.

Nous ne pouvons pas oublier qu’il y a des chaises vides, mais nous ne pouvons pas non plus oublier que beaucoup sont occupées, pleines de présence et d’amour. Toutes les chaises occupées ne nous apportent probablement pas de bien-être, mais cela ne doit retirer aucune valeur à la possibilité de profiter de celles qui nous emplissent de joie. Souvenons-nous que la vie, par définition, pourra à tout moment nous séparer des chaises que nous adorons aujourd’hui.

Ainsi, lors de ces dates, importantes pour certain-e-s et reléguées au second plan pour d’autres, nous ne pouvons oublier de trinquer pour tout ce que la vie nous offre. Car il est toujours bon de lever son verre et d’être reconnaissant-e pour notre cœur qui continue à battre. En faisant la paix avec les chaises occupées et en se remémorant les bons moments où les chaises vides étaient encore avec nous.