Cesser de lutter contre ce qui fait mal est intelligent, pas lâche

· 22 février 2017

Choisir d’être fort-e et affronter la douleur est la meilleure chose que nous puissions faire, mais cette stratégie n’implique pas forcément de revivre la même chose encore et encore, et de s’efforcer continuellement. Éviter ce qui nous demande beaucoup de travail et de défi pour obtenir ce que l’on estime dans la vie, c’est aussi fuir. Éviter de vous retrouver en permanence face à ce qui vous perturbe et vous empêche de vivre tranquille, c’est de l’intelligence émotionnelle.

La liberté et la force se trouvent aussi dans le fait d’éviter de trébucher encore et encore sur ce qui nous gêne et qui produit de la douleur. Être fort-e, c’est affronter ses peurs et ses fantasmes, par exemple, la peur du rejet de nous montrer tel-le-s que nous sommes. Et nous sommes autant ce qui nous plaît que ce qui ne nous plaît pas. C’est pour cela que cesser de lutter contre ce qui fait mal est intelligent, pas lâche.

Lutter contre ce qui fait mal inutilement et qui nous empêche d’évoluer

Certain-e-s psychologues humanistes comme Carl Rogers nous ont déjà expliqué que la tendance de tout être humain est de s’auto-réaliser. D’autre comme Kelly, Royce et Powell parlent eux de la capacité de l’être humain à être un agent actif qui construit sa réalité dans le but de s’adapter au monde et aussi, de construire sa propre individualité.

Ce processus de recherche et d’expérimentation est passionnant si vous trouvez, petit à petit, ce qui vous fait grandir en tant que personne et ne vous retient pas dans un prototype qui ressemble plus à un automate qu’à une personne originale et dynamique, qui change avec le temps et les circonstances.

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La dépression et l’anxiété proviennent parfois de l’immobilité. Une immobilité qui vient de la croyance imposée selon laquelle, pour être des personnes reconnues, nous devons faire étalage d’une force inhabituelle vis à vis de ce que nous ne supportons pas. De plus, à cause de cette croyance, nous pensons que notre succès réside dans le fait de pouvoir le surmonter et en ressortir victorieux-se.

Beaucoup de troubles psychologiques apparaissent quand nous ne sommes pas capables de dire « STOP » à temps. Quelque chose d’apparemment facile dans certains contextes, mais extrêmement difficile pour certaines personnes qui préfèrent s’asseoir dans un siège inconfortable et dangereux plutôt que de faire l’effort de le réparer.

Dire STOP est nécessaire

Dans un monde où l’état de bonheur n’est plus une humeur de plus, mais une imposition constante : être heureux-se, être fort-e et surtout le montrer. Ce besoin créé se transforme en une prison émotionnelle qui ne laisse pas s’écouler tout le dynamisme psychique complexe dont les êtres humains disposent.

L’un des composants de ce dynamisme est le mécontentement et la douleur qui se produisent dans certaines situations. Les êtres humains ressentent de la douleur, la ressentiront toujours, mais pouvoir l’éviter quand c’est possible est une stratégie émotionnelle saine. Cela ne détermine pas une plus ou moins grande force, mais montre de l’intelligence pour éviter ce qui nous a toujours fragilisé.

« Sois fort-e, mon fils/ma fille, cet-te enfant ne vaincra pas. Confronte-toi à lui/elle. »

« Sois fort-e face à une rupture, tu dois te confronter à ton ex avec quelqu’un d’autre. »

« Sois fort-e et supporte, même si ce travail ne te plaît pas, tu auras ton salaire. »

« Tisse des liens avec tout type de personnes, même si ça fait mal parfois, la vie est ainsi faite. »

« Ne prends pas autant au sérieux le mépris de ta famille, le sang, c’est le sang. »

Qui n’a jamais entendu ces phrases ?

S’il est évident que la vie est ainsi faite, dans les moments durs, nous ne devons pas définir la force et la lâcheté en ces termes. La force a plus à voir avec des affirmations du type :

« Je dois parvenir à faire mon exposé en public car c’est important pour mon travail. »

« Aujourd’hui, j’ai envie de passer une bonne journée et je n’ai pas envie d’être au même endroit que mon ex alors que je n’ai pas encore surmonté la rupture. »

« Je ne me tairais pas face au mépris de ma mère en public. »

« Je quitterai ce travail car il m’épuise et ce n’est pas ce que je veux dans la vie. »

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Pour la grande majorité des gens, ces affirmations appartiennent au champ de l’utopie, aux personnes immatures ou égoïstes. Cependant, les premières perpétuent beaucoup plus de situations de douleur et d’injustice que les secondes. Elles créent des personnes malheureuses avec leur travail, leur conjoint et leurs ami-e-s. Elles créent des personnes incapables de s’auto-réaliser car elles ne savent pas faire la différence entre la douleur inutile et la douleur utile.

Mal comprendre la force crée des personnes lâches concernant leurs propres sentiments. Cela gaspille le talent et les passions, car on se situe à des niveaux et à côté des mauvaises personnes. Alors, sachez que si vous êtes intelligent-e, vous n’allez pas devoir développer tant de force pour vous confronter à des situations compliquées. Ne vous sentez pas lâche, mais comme quelqu’un qui lutte pour ce qui le rend plus fort-e et non pas qui s’efforce de lutter contre ce qui le fragilise.