Un monstre vient me voir : il s’appelle ANXIÉTÉ

10 février 2017 dans Psychologie 1872 Partagés

Il y a un monstre qui vient me voir, qui ne souhaite pas me tuer, mais qui m’empêche de vivre. Un monstre qui change de forme et de position dans mon corps. Parfois, il semble m’étrangler, d’autres fois, il chamboule tout mon système nerveux et d’autres fois encore, il me paralyse. C’est un monstre très connu, inquiétant et qui fait souffrir. Il s’appelle anxiété.

L’état d’alerte est vital pour notre survie en tant qu’espèce. Cependant, quand cet état d’attention, de tension et d’alerte devient chronique, cela débouche sur une inquiétude constante, qui a tendance à se généraliser dans tout et chez tout le monde.

Elle nous fait prendre conscience de ce qui nous entoure, mais de manière amplifiée et déformée. Nous ne distinguons plus ce qui est stressant de ce qui est simple. Tout s’accumule dans notre esprit, qui fonctionne à plein régime. C’est un monstre qui nous domine car nous ne savons pas transformer sa furie en énergie, et il ne se matérialise qu’en fragilité.

L’anxiété, d’où vient-elle ?

Quand l’anxiété devient chronique dans un état de perpétuelle inquiétude, nous pouvons parler de ce que l’on connaît cliniquement sous le nom de Trouble de l’Anxiété Généralisée (TAG). Il doit durer au moins 6 mois et présenter 3 symptômes ou plus, tels que l’inquiétude, l’irritabilité, la fatigabilité facile, la difficulté à se concentrer ou le fait d’avoir un esprit vide, la tension musculaire et les problèmes de sommeil.

L’anxiété généralisée partage beaucoup de symptômes avec la dépression, les deux troubles présentant un fort effet négatif sur la personne. Cependant, la dépression est plus caractérisée par le sentiment de tristesse et l’anxiété par une hyperactivité physiologique continue et une sensation d’incertitude et d’épuisement permanente. N’importe quel changement dans le quotidien est perçu comme un monstre menaçant, disposé à se jeter sur notre jugulaire.

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Le TAG ne semble pas avoir un fort composant génétique, mais il a un caractère chronique qui s’aggrave avec le stress et fluctue en intensité tout au long de la vie. Son principal trait est la préoccupation constante envers les choses de la vie quotidienne. Sa présence devient évidente -dans les cas présents- autour de 20 ans, même si sa comorbidité avec d’autres systèmes anxieux ou dépressifs peut rendre son diagnostic difficile.

Il est beaucoup plus fréquent chez les femmes, comme la majorité des troubles émotionnels à l’âge adulte. Il se manifeste aussi dans un triple système de réponse : le cognitif, le moteur et l’émotionnel.

Ce monstre qui est parfaitement connu

Beaucoup de gens connaissent ses symptômes au pied de la lettre, car ce trouble touche des personnes qui ont une forte conscience de ce qui leur arrive, même si elles ne sont pas capables de le traiter et d’en améliorer la symptomatologie. De plus, elles savent décrire à la perfection à quel point l’anxiété les touche et les paralyse. L’alexithymie n’est pas un trait prédominant chez ces patients, bien au contraire.

On sait beaucoup de choses à propos de l’anxiété, mais ce trouble semble ne pas avoir de traitement suffisamment bien établi et efficace, bien qu’il soit très courant dans la population. Le traitement choisi est souvent la thérapie cognitivo-comportementale, comme celle de Dugas et Ladouceur (actualisée en 2007), celle de Borkovec et Pinkus (2002) ou celle de Brown et Barlow (1993).

Parfois, pour stimuler son efficacité, on utilise des médicaments mais ATTENTION : l’anxiété prolongée ne doit jamais être traitée avec des anxiolytiques, si tant est que l’on doive prendre des médicaments. Mieux vaut utiliser un antidépresseur ISRS comme la paroxétine, même si les plus indiqués sont les antidépresseurs à action duale, comme la venlafaxine.

Une histoire sur l’anxiété et le monde dans lequel nous vivons

Même si beaucoup de patient-e-s connaissent bien leurs symptômes, c’est la thérapie qui les aide à agir comme des scientifiques, face à leurs propres symptômes, comme des “gourous” de la recherche de leur propre régulation émotionnelle. Le psychologue devra alors mettre à leur portée les meilleures techniques pour cela.

La personne atteinte d’anxiété chronique doit se poser de vraies questions concernant son existence et ses valeurs vitales. Parfois, il faut poser des questions à ce monde, qui semble créer et alimenter ce monstre. Parfois, cela en vaut la peine de se transformer en un petit récit pour mettre un sens sur ce que nous percevons comme du chaos.

Que devons-nous à ce monde ? Que vous demande ce monstre ?

Rappelez-vous de votre enfance. Rappelez-vous à quel point vous étiez heureux-se car vous sautiez, vous couriez et vous profitiez sans devoir donner d’explications à quiconque. Souvenez-vous de vous en train de sauter, de vous salir et de vous décoiffer, enfermé-e dans l’intensité du moment. Il n’y avait pas un moment pour l’inquiétude, car le concept de temps n’existait pas. Seul le moment présent comptait. Mais rapidement, les demandes sont arrivées et avec elles la sensation que vous deviez quelque chose au monde.

Vous avez commencé à sentir que cacher ce qui ne serait pas bien vu par les autres était plus important que vivre la véritable réalité qui vous entourait. Les demandes ont commencé à remplacer les joies. Les discours qui encensent les enfants “aux fortes capacités” paraissent assourdir les cris qui, auparavant, étaient des cris de joie et de spontanéité. Personne n’a su vous dire que vous ne pourriez jamais prendre le contrôle de tout.

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Personne ne vous a appris à maintenir votre flamme de l’enfance tout en construisant une identité avec de nouvelles responsabilités. Personne n’a su vous expliquer la différence entre devoirs et droits, et notamment celui d’être heureux-se sans se sentir coupable.

Arrivé ce stade, avec ce monstre qui vous dévore de plus en plus, il est temps de commencer à lui en demander plus, tout en vous en demandant moins. Demandez-lui : Qu’est ce que je te dois, toi monde, pour que tu m’envoies ce monstre ?. Peut-être qu’avec cette question, vous comprenez que quoi qu’on nous demande, nous ne pouvons rien donner au monde si nous ne sommes même pas capable de profiter de notre existence dans ce monde.

Vous n’allez décevoir personne, et vous n’avez pas demandé la permission d’être ici. Lâchez prise face à toutes ces demandes et reprenez vos droits en main. Salissez-vous à nouveau, sans vous inquiéter de savoir si le monde s’énervera pour cela. Saluez ce monstre et même s’il semble être très fort, démontrez-lui avec vos actes que vous n’avez rien de plus à lui offrir que ce que vous n’êtes pas capable de vous donner à vous-même.

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