Call Me By Your Name, une expérience qui laisse des traces

12 juillet 2018 dans Cinéma 0 Partagés
call me by your name

Qu’est ce qu’il est difficile de décrire ce que Call Me By Your Name nous fait voir, qu’est ce qu’il est difficile d’exprimer avec des mots toutes les émotions que ce film nous fait revivre. On dit « revivre » car Call Me By Your Name est bien plus qu’un film, c’est un dialogue avec notre adolescent intérieur, avec notre moi. C’est une expérience, un souvenir nostalgique des étés idylliques qui paraissaient sans fin. C’est une déclaration d’amour envers la nature humaine, la vie, la simplicité, le corps, les expériences, le désir, le premier amour…

Call Me By Your Name, dirigé par Luca Guadagnino et joué par Thimotée Chalamet et Armie Hammer est l’un des films les plus aimés de l’année 2017. Présenté lors du Festival de cinéma de Sundance, il est ensuite passé par plusieurs festivals jusqu’à arriver aux Oscars avec 4 nominations à son actif pour obtenir enfin l’Oscar du meilleur scénario adapté en 2018.

L’histoire que Guadagnino nous présente nous fait oublier le thématique de l’homosexualité afin de nous positionner sur un plan plus intime et personnel et de faire de cette histoire d’amour d’un été la nôtre. Contrairement à beaucoup de films traitant le même thème, Call Me By Your Name n’est pas un mélodrame, ce n’est pas une surdose de sucre ; c’est la nature, la beauté et l’émotion à leur état pur.

Nous nous trouvons dans un monde chaque fois plus déshumanisé dans lequel les relations humaines se font au travers d’un écran, dans lequel les livres ne sont plus qu’une étrange décoration oubliée et poussiéreuse sur une étagère, dans lequel le cinéma nous fascine grâce à ses effets spéciaux très onéreux. C’est un monde de zombis qui font de larges files d’attente pour consommer, un monde froid, en manque de sentiments, d’humanité et d’autocritique

Au milieu de tout cela, Call Me By Your Name apparaît comme une carafe d’eau fraîche mais agréable qui nous réveille de ce paradis artificiel dans lequel nous vivons en nous rappelant de ce qui nous rend humains.

L’expérience de Call Me By Your Name

Elio est un jeune adolescent qui provient d’une famille américaine, italienne, française et juive. Ils passent leurs étés ensemble dans une maison idyllique du nord de l’Italie non loin du Lac de Garda. Son père est professeur universitaire d’archéologie et chaque année, il invite quelques-uns de ses étudiants diplômés. La famille recevra donc Oliver, un étudiant juif et américain. Entre Elio et Oliver, une complicité spéciale se créera et ils vivront ensemble un été intense au cours duquel ils se découvriront.

Elio se trouve en pleine phase de réveil sexuel, de découverte de son propre corps. Nous découvrons l’histoire au travers d’Elio, comme s’il se projetait en nous-même. Elio est un jeune différent. Il a grandi dans un environnement multiculturel, ses parents sont très cultivés et il s’est toujours réfugié dans les livres et la musique pour laquelle il est doté d’un talent spécial. Il est introverti et intelligent, on dirait qu’il connaît tout…excepté ce qui fait référence aux sentiments.

elio et olivier call me by your name

Call Me By Your Name est un film naturel et sincère. Il nous invite à revivre notre expérience, à nous reconnaître en Elio et à désirer Oliver comme Elio le ferait. Ce désir est décrit sans pudeur, sans artifice. Il ne faut pas le rendre beau, il faut le montrer tel qu’il est en réalité. Cette magie des premiers baisers dans laquelle Elio ne sait pas bien ce qu’il doit faire avec sa bouche. Les scènes les plus intimes, dans lesquelles, sans besoin d’entendre un mot, nous ressentons toute une série de sensations pour lesquelles nous nous sentons identifiés.

Le film n’est pas seulement une histoire d’amour, c’est une description jamais vue du désir, de ce premier appel à la sexualité, de cette découverte du corps qui fera que nous ne serons plus jamais un enfant.

Dans le cas d’Elio, ce désir sera confus entre la jeune Marzia et Oliver. Mais finalement avec Oliver, le désir se convertira en quelque chose de plus, quelque chose qu’il n’avait pas ressenti avec Marzia. La thématique de l’homosexualité passe quasi inaperçue bien qu’elle soit centrale car le naturel du film nous le fait oublier. Cela se convertit en quelque chose d’absolument normal car il n’y a aucun artifice dans la représentation, comme cela devrait l’être dans la vie quotidienne.

La charge de sensations nous permet de nous rappeler de notre propre expérience. Ainsi, nous nous rappelons de quelque chose ou de quelqu’un, d’une sensation, d’une odeur, d’une saveur. Le spectateur cesse d’être spectateur, il devient acteur de l’expérience d’Elio. Il peut quasiment toucher, sentir et entrer dans le film.

Call Me By Your Name transforme la passivité habituelle du spectateur. Nous sommes totalement impliqués dans une histoire dans laquelle rien d’exceptionnel ne se passe, une histoire dans laquelle il n’y a pas d’intrigues, car elles ne sont en fait pas nécessaires. Elio devient une partie de nous, il devient un miroir dans lequel nous pouvons observer notre propre jeunesse.

elio et olivier dans call me by your name

La magie de l’été

L’environnement du nord de l’Italie associé à la magie de l’été pendant l’adolescence favorise le développement de cette histoire d’amour. Ces étés au cours desquels rien n’importait, au cours desquels le temps paraissait s’être arrêté sont derrière pour beaucoup, mais Call Me By Your Name nous les rappelle. Ce film marque une pause dans le temps et il semblerait que le monde ne soit limité à la villa et à ses alentours.

Guadagnino souhaitait raconter une histoire dans un lieu et à un moment donnés et il y est sans doute parvenu en nous faisant oublier le monde qui nous entoure pendant deux heures. Il nous a remémoré les étés idylliques, ceux au cours desquels nous nous faisions de nouveaux amis, ceux au cours desquels on revoyait d’anciens amis, ceux au cours desquels la magie de l’amour faisait son apparition pour la première fois, ceux au cours desquels on fumait notre première cigarette ou l’on sortait danser pour la première fois.

Chaque instant de cet été d’Elio paraît être notre été, mais dans le même temps, nous savons que l’été a une fin. Les histoires d’amour qui surgissent pendant cette période ont par conséquent une date de fin elles aussi. Et cette expiration, unie au hasard est ce qui nous permet de percevoir l’été comme un moment magique. Le film nous permet de mettre en action tous nos sens : le soleil, l’odeur du café, la texture d’une pêche, la magie des fêtes, l’eau de la rivière…

étés idylliques dans call me by your name

Non au silence

Si Elio avait caché ses sentiments, s’il n’avait pas écouté son désir, l’histoire n’aurait pas été la même. Parler ou mourir ? Cette question est constante dans le film, mais Elio ne restera pas avec ce doute. Sans en dire beaucoup, il rompt le silence. Parfois, nous cachons nos sentiments, nous cachons notre identité pour une quelconque raison ; Call Me By Your Name nous remémore le côté humain que nous avons perdu, il nous invite à parler de nos sentiments.

L’histoire se déroule en 1983, lorsque nous ne savions pas encore ce qu’était internet, lorsque les livres avaient du pouvoir. On ressent de la nostalgie, pour les vêtements, et même les voitures. Nous faisons un voyage vers le passé, vers ces étés où nous rencontrions celui ou celle que nous pensions être l’amour de notre vie. Elio sait tout, mais ne sait rien de ce qui est réellement important.

Il faut dire ce qui est juste, par moins est plus, c’est Call Me By Your Name. Un film qui parvient à dessiner l’invisible, à dire l’indicible sans détours et sans clichés, en mettant en avant le côté le plus humain de notre espèce. Plus qu’un film, cela se convertit en une expérience.

« Appelle-moi par ton nom et je t’appellerai par le mien. »

-Call Me By Your Name-

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