L’aboulomania, ou l’indécision pathologique

· 21 novembre 2018
Avez-vous déjà entendu parler de ce trouble psychologique que l'on appelle aboulomania ?

Nous avons tous dû prendre une décision difficile à un moment de notre vie. Nous avons commencé à douter, à nous inquiéter de ne pas savoir que choisir… Ceci est normal. Cependant, lorsque l’indécision affecte notre vie, nos relations avec les autres, et que la raison pour laquelle elle apparaît est liée au stress, à l’anxiété et même à la dépression, il se peut que nous soyons confrontés à un cas d’aboulomania.

Il est nécessaire de souligner que l’aboulomania est un trouble mental invalidant. Pas un problème d’insécurité. Les personnes qui en souffrent ne se font pas confiance pour prendre des décisions. En règle générale, elles ont de nombreux problèmes dans leurs relations. Qu’il s’agisse des relations de couple, d’amitié, familiale, professionnelle, etc. Le fait de devoir choisir entre un dessert ou un autre peut constituer une odyssée. L’aboulomania va jusque là.

Qu’est-ce qui déclenche l’aboulomania ?

Pour déterminer la cause de l’aboulomania, une étude complète de la personne qui en souffre doit être réalisée car nous ne connaissons pas encore avec précision quels sont ses possibles déclencheurs. Plusieurs études ont néanmoins proposé différentes hypothèses.

aboulomania

Une origine possible pourrait se trouver dans le cortex préfrontal du cerveau. Une zone liée à la prise de décision, ce qui explique pourquoi certains chercheurs pensent que ce dernier pourrait être étroitement lié avec ce trouble mental. Cependant, une autre cause se trouverait le modèle éducatif. Bien qu’il s’agisse là d’une hypothèse que les chercheurs manipulent avec beaucoup de prudence.

L’apparition de l’aboulomania provoque une indécision paralysante.

Ainsi, une protection excessive pendant l’enfance pourrait être le terreau dans lequel se cultive l’aboulomania car, comme nous le savons, la surprotection provoque une extrême dépendance des décisions des autres. En outre, si des humiliations ou un abandon a eu lieu pendant l’enfance, il se peut que ce trouble mental apparaisse. Par ailleurs, la honte, l’insécurité extrême et le manque de confiance en soi peuvent être des causes d’aboulomania.

Ceci n’est toutefois pas clair et les chercheurs n’ont toujours pas été en mesure de trouver une hypothèse pouvant être soutenue de manière empirique. Par conséquent, bien qu’ils spéculent sur les possibles raisons de l’aboulomania, ils ne garantissent pas que l’une d’elles est en soi une réponse expliquant ce phénomène dans tous les cas.

La vie d’une personne souffrant d’aboulomania

Nous devons faire très attention de ne pas confondre l’aboulomania avec la dépendance émotionnelle. C’est pourquoi il est très important de se tourner vers un professionnel pouvant aider à mettre un nom exact sur ce qui se passe. Comme nous le verrons plus loin, certaines des circonstances vécues par une personne souffrant d’aboulomania peuvent être confondues avec la dépendance ou l’insécurité.

La chose habituelle est qu’une personne souffrant d’aboulomania évite d’être seule en toute les circonstances où un « dilemme » peut se présenter. Mais non parce qu’elle craint de rester sans quelqu’un qui l’aime, mais parce qu’elle a besoin de quelqu’un pour prendre des décisions à sa place et assumer ses responsabilités. Cela provoque et alimente la peur de l’abandon dans la mesure où elle est incapable de prendre une décision si elle est seule. Il s’agit de la raison pour laquelle, malheureusement, l’une des issues est parfois le suicide.

homme souffrant d'aboulomania

Cette manière d’interagir avec les autres, si dépendante, fait que la personne souffrant d’aboulomania peut être manipulée. Ou trompée plus facilement. Elle peut être utilisée, et même abandonnée par son conjoint en raison de son degré élevé de passivité. Ou encore parce qu’elle ne sait pas comment exprimer ses propres désaccords. Seule, la personne souffrant d’aboulomania se sent impuissante. Perdue et sans défense.

Diagnostic et traitement

Ce trouble mental s’accompagne d’anxiété, de dépression et de stress. Il s’agit là des principales plaintes avec lesquelles les patients qui en souffrent se présentent à la consultation. Il existe trois tests aidant au diagnostic : Inventaire clinique multiaxial de Millon (MCMI-II), Inventaire multiphasique de le personnalité du Minnesota (MMPI-2), Test d’aperception thématique (TAT).

Après le diagnostic, on recommande d’effectuer une intervention pour surmonter l’aboulomania. Le processus consiste, d’abord, à atténuer les problèmes d’anxiété, de stress ou de dépression dont souffre le patient. Et, par la suite, à traiter le trouble mental lui-même. Pour ce faire, le professionnel utilisera des outils qui aideront le patient à acquérir une plus grande autonomie. Et à développer des compétences sociales, telles que l’affirmation de soi. En outre, dans de nombreux cas, il sera également nécessaire de mettre en place un processus de reconstruction de l’estime de soi.

Consulter un psychologue ou un psychiatre sera très important pour surmonter ce trouble. Cependant, de nombreuses personnes souffrant d’aboulomania considèrent leurs problèmes d’indécision comme quelque chose de normal. Ou qu’elles peuvent résoudre elles-mêmes. Alors qu’il s’agit en fait de quelque chose de beaucoup plus grave.

 

Celui souffre de ce type de trouble n’est pas en mesure de décider quoique se soit. Un repas. Une coupe de cheveux (couper ou non, en changer ou non, se teindre ou non). Un travail. Le fait d’emporter un parapluie avec lui ou non… Son indécision arrive au point que si, dans un groupe d’amis, elle devait décider d’un plan pour le week-end, ils finiraient par ne rien faire.

Les personnes atteintes de ce trouble peuvent être très « mal à l’aise ». En effet, les personnes qui les entourent ont le sentiment qu’il faut toujours les tirer. Les pousser. Ceci est vrai, mais il n’en reste pas moins que ceux qui le vivent le plus mal sont les personnes souffrant dudit trouble. Elles sont d’ailleurs généralement ravies lorsque quelqu’un leur offre la possibilité de gagner en sécurité. E d’améliorer leur autonomie. Ne l’oublions pas. Et surtout, aidons-les.