Trouble de dépersonnalisation : qui suis-je vraiment ?

2 mars 2018 dans Psychologie clinique 0 Partagés
Trouble de dépersonnalisation

« Mes pensées ne semblent pas être les miennes », « Qui suis-je ? », « Je ne me reconnais pas dans le miroir ».  Ce types de pensées se produisent fréquemment chez les personnes atteintes de trouble de dépersonnalisation. Elles se produisent en outre chez les personnes qui vivent des moments de grande anxiété.

La recherche de notre propre identité et de notre place dans le monde est une constante. Nous nous sommes tous demandés un jour ou l’autre qui nous étions, d’où nous venions et où nous allions. Il s’agit de quelque chose de tout à fait normal. Cependant, ces interrogations se produisent beaucoup plus fréquemment et intensément chez les personnes souffrant de trouble de dépersonnalisation.

femme floue

Qu’est-ce que la dépersonnalisation ?

Le trouble de dépersonnalisation est caractérisé par des épisodes persistants ou récurrents de dépersonnalisation, de déréalisation ou les deux. Néanmoins, qu’est-ce que la dépersonnalisation ? Les épisodes de dépersonnalisation sont des moments où apparaît un sentiment d’irréalité, d’étrangeté ou de distanciation de soi-même en général.

La personne souffrant de dépersonnalisation peut se sentir indépendante de tout son être (par exemple, « je ne suis personne », « je n’ai rien de moi »). La personne peut également se sentir subjectivement séparée des aspects du moi. Cela peut inclure les sentiments (par exemple, une faible émotivité : « Je sais que j’ai des sentiments mais je ne peux pas les ressentir »).

Se sentir séparé du moi inclut également de ressentir une séparation avec ses propres pensées (par exemple, « ma tête est remplie de coton »), des parties du corps, le corps entier, ou des sensations (par exemple, le toucher, la proprioception, la faim, la soif, la libido). Il est également fréquent que le sens de la réalité soit diminué. 

Par exemple, la personne éprouve une sensation robotique, pareille à celle d’un automate, qui n’a aucun contrôle sur ses propres dires ou ses mouvements. L’expérience de la dépersonnalisation peut parfois être celle d’un moi divisé, avec un observateur et un participant. Il s’agit de ce que nous appelons « l’expérience hors du corps », lorsque cela se produit dans sa forme la plus extrême.

Le symptôme unitaire de « dépersonnalisation » est composé de plusieurs facteurs. Ces facteurs comprennent des expériences corporelles anormales (par exemple, l’irréalité du moi et des altérations de la perception), un engourdissement physique ou émotionnel, et des distorsions du temps avec une mémoire subjective anormale.

Trouble de dépersonnalisation

Qu’est-ce que la déréalisation ?

Les épisodes de déréalisation sont caractérisés par un sentiment d’irréalité ou de distanciation ou de méconnaissance du monde. La personne peut se sentir comme dans un rêve ou une bulle, comme s’il existait un voile ou un mur de verre entre elle et le monde autour.

L’environnement peut être vu comme artificiel, sans couleur ou sans vie. La déréalisation s’accompagne généralement de distorsions visuelles subjectives. Ces dernières peuvent être une vision floue, l’augmentation de l’acuité visuelle, l’amplification ou la réduction du champ visuel, la bidimensionnalité ou la planéité, l’exagération  de la tridimensionnalité … Peuvent également intervenir des altérations de la distance ou de la taille des objets (par exemple, macropsie ou micropsie).

Le macropsie se caractérise par le fait de voir les objets dans une taille plus grande que ce qu’ils sont vraiment. La micropsie, quant à elle, se caractérise par son contraire, autrement dit par le fait de percevoir les objets plus petits qu’ils ne le sont en réalité.

La déréalisation peut également se traduire par des distorsions auditives, faisant taire ou accentuant les voix ou les sons. Le diagnostic de ce trouble nécessite la présence d’un mal-être cliniquement significatif ou d’une détérioration dans les domaines sociaux, professionnels ou autres.

Il doit être précisé que pour que ce trouble soit être diagnostiqué, les changements mentionnés ci-dessus ne peuvent en aucun cas être le résultat de la consommation de drogues, prise de médicaments, ou de maladies (comme l’épilepsie). Ces modifications ne doivent pas non plus constituer un critère de la schizophrénie, du trouble panique, de la dépression majeure, du trouble de stress aigu ou de stress post-traumatique.

Quelles autres caractéristiques présentent les personnes atteintes de trouble de dépersonnalisation/déréalisation ?

Les personnes atteintes de trouble de dépersonnalisation/déréalisation peuvent avoir des difficultés à décrire leurs symptômes et peuvent penser qu’elles sont folles ou deviennent folles. Une autre expérience fréquente est la peur de souffrir de lésions cérébrales irréversibles.

Un symptôme commun est l’altération subjective de la notion de temps (par exemple, trop rapide, trop lent), ainsi qu’une difficulté subjective à se souvenir vivement des souvenirs du passé et à les considérer comme propres.

Les symptômes corporels faibles, tels que des maux de tête, des picotements ou des évanouissements ne sont pas rares. Ces personnes peuvent ressentir une inquiétude obsessionnelle pour savoir si leurs perceptions existent vraiment ou si elles les contrôlent vraiment, afin de déterminer si elles sont réelles.

En outre, il n’est pas rare de trouver chez les personnes qui souffrent d’épisodes de dépersonnalisation différents degrés d’anxiété ou de dépression. Il a curieusement été observé est que ces personnes ont tendance à réagir physiologiquement plus intensément aux stimuli émotionnels. Ces changements physiologiques sont dus à l’activation de l’axe hypothalamus-hypophyse-surrénal, du lobe pariétal inférieur et des circuits du cortex préfrontal limbique.

Trouble de dépersonnalisation

Comment s’effectue le diagnostic de trouble de dépersonnalisation/déréalisation ?

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V), la personne diagnostiquée avec un trouble de dépersonnalisation/déréalisation doit répondre aux critères diagnostiques suivants :

A. Présence d’expériences persistantes ou récurrentes de dépersonnalisation, de déréalisation ou des deux :

  • Dépersonnalisation : Expériences d’irréalité, de distanciation, ou d’être un observateur externe concernant ses propres pensées, ses propres sentiments, ses propres sensations, son propre corps ou ses propres actions.
  • Déréalisation : Expériences d’irréalité ou de distanciation vis-à-vis de l’environnement (par exemple, les personnes ou les objets sont vécus comme irréels, comme dans un rêve, flous, sans vie ou déformés visuellement).

B. Pendant les expériences de dépersonnalisation ou de déréalisation, les tests de réalité restent intacts.

C. Les symptômes produisent un mal-être cliniquement significatif ou une détérioration dans les domaines sociaux, professionnels ou dans d’autres domaines importants du fonctionnement.

D. La perturbation ne peut être attribuée aux effets physiologiques d’une substance (par exemple, un médicament, une drogue) ou à d’autres problèmes médicaux (par exemple, épilepsie).

E. La perturbation n’est pas davantage expliquée par un autre trouble mental, tel que la schizophrénie, le trouble panique, le trouble dépressif majeur, le trouble de stress aigu, le trouble de stress post-traumatique ou d’autres troubles dissociatifs.

Comment se développe et quel est le cours du trouble de dépersonnalisation/déréalisation ?

Le trouble de dépersonnalisation/déréalisation commence généralement à se manifester à l’âge de 16 ans, bien qu’il puisse commencer au début ou au milieu de l’enfance. En effet, la plupart des personnes en souffrant se souviennent avoir connu des symptômes lors de cette phase.

Dans plus de 20% des cas le trouble apparaît après l’âge de 20 ans et seulement dans 5% après l’âge de 25 ans. L’apparition dans la quatrième décennie de vie, ou plus tard, est très inhabituel. L’apparition peut être extrêmement soudaine ou progressive. La durée des épisodes de dépersonnalisation/déréalisation peut varier considérablement, de courte durée (heures ou jours) à longues (semaines, mois ou années).

Compte tenu de la rareté de l’apparition du trouble après 40 ans, dans ces cas, il est possible qu’il existe des conditions médicales sous-jacentes. Ces conditions peuvent être des lésions cérébrales, des troubles épileptiques ou l’apnée du sommeil.

Le cours de la maladie est souvent chronique. Alors que chez certaines personnes l’intensité des symptômes peut augmenter et diminuer de manière significative, d autres font référence à un niveau constant de son intensité qui, dans les cas extrêmes, peut se reproduire pendant des années, voire des décennies. L’augmentation de l’intensité des symptômes peut en outre être causée par le stress, par l’aggravation de la mauvaise humeur ou de l’anxiété, du fait de nouvelles circonstances excitantes et de facteurs physiques tels que l’illumination ou le manque de sommeil.

Toutes les personnes présentant certains de ces symptômes ne développeront pas le trouble. Néanmoins, si les symptômes mentionnés ci-dessus sont la plupart du temps présents et interférent sérieusement dans notre vie quotidienne, il peut être nécessaire d’aller consulter un psychologue spécialisé afin d’évaluer notre problème.

Références bibliographiques

American Psychiatry Association (2014). Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), 5ème Ed. Madrid : Editorial Medica Panamericana.


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