Que nous a appris le cas de Nadia ?

· 3 juin 2017

Un grand plateau de télévision espagnole où l’on traite les sujets les plus divers ouvre sa session matinale avec des visages bouleversés, des attitudes d’indignation et des visages plein de perplexité et d’effroi. Nadia, la petite fille malade, que ses parents ont traînée de plateau en plateau, a fini par devenir l’objet de la mise en scène d’une imposture.

L’indignation de la part des journalistes célèbres et des directeur-trice-s de la chaîne est a son comble. Iels se sentent escroqué-e-s et assument le rôle de victime. Mais il s’avère que les niveaux d’audience ont augmenté considérablement quand la petite fille est apparue sur le plateau. Aider des parents, une petite fille malade : la charité donne lieu à de nombreux jeux, pas moins de curiosité malsaine, mais aussi l’opportunité pour beaucoup de faire une bonne action et d’avoir la conscience tranquille.

Quand un événement macabre survient et qu’il est relaté dans la presse, beaucoup des gens qui connaissaient l’agresseur-se, l’assassin ou le/la violeur-se assurent qu’iel semblait tout à fait normal et aimable. Les informations se chargent de nous rappeler que nous sommes entouré-e-s de personnes dangereuses qui ne semblent pas l’être.

Mais avec leur visage de douleur protocolaire et une grande mise en scène, iels deviennent ce-tte voisin-e « qui ne disait jamais bonjour ». C’est ce que l’on a appris du cas Nadia.

Nadia : la petite fille malade qui se promenait sur les plateaux de télévision

Parfois, nous sommes entouré-e-s de personnes qui peuvent être ponctuellement nocives pour la société, même si elles sont déguisées en « bonnes personnes ». Nous avons appris, avec ce cas, que l’ignorance grandit en même temps que les rentrées d’argent dans les médias de masse.

On dit que l’on n’a pas de cœur quand on n’aide pas les bébés atteints de tumeur, quand on affirme qu’on avorterait si on attendait un enfant handicapé, quand on dit qu’on ne croit pas à la charité comme une manière d’acquérir une véritable dignité sociale et que les thérapies alternatives sont bizarres. Certaines personnes pensent cela. Et elles sont cataloguées comme des personnes sceptiques, sans aucun sens de l’empathie et de la compréhension.

Malgré tout cela, il existe encore une partie importante de la population qui n’a jamais transformé une petite fille en la protagoniste d’un tel spectacle scandaleux. Une conséquence de l’apogée de la science, de la marchandisation de la douleur et des intérêts à encourager la charité et les « preuves de compréhension » face à la souffrance des autres pour paraître bons et généreux.

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Ce sont des programmes de télévision avec des participants qui ne savent pas différencier la trichothiodystrophie d’une maladie en phase terminale. Sans la moindre intention de la part des journalistes d’éclairer la chose puisqu’il suppose que leur public est suffisamment ignorant et qu’ils ont acquis suffisamment de légitimité pour qu’il n’aille pas faire des recherches sur Google.

Un public qui croit que dans une grotte en Afghanistan se cache un médecin réputé spécialisé dans la manipulation génétique et qui, grâce des trous réalisés dans la nuque de Nadia, peut la sauver de la mort.

Personne ne s’est demandé s’il fallait une interview de Juan Ferrando, de l’Hôpital Clinique de Barcelone ou de la génétiste Ana Patiño, de la Clinique de l’Université de Navarre, qui a confirmé une analyse génétique de trichothiodystrophie de l’enfant en 2006. Ces deux médecins ont été stupéfait-e-s face à l’exposition médiatique du cas et la collecte de fonds pour cette petite fille de 11 ans qui serait soumise à un traitement expérimental à Houston, dont ils ne connaissent même pas l’existence.

Le père, affublé d’accessoires mystiques dans le cou, affirmant avoir la preuve de ce traitement réalisé par des scientifiques de la NASA, bouleverse littéralement le public et la présentatrice. Se montrant disposé à tout donner alors qu’il souffre lui-même d’un cancer du pancréas (dont il n’existe aucune preuve).

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Après avoir su que tout le monde (iels incluent tout le monde, pour ne pas assumer qu’iels sont les seul-e-s à avoir fait cette émission) avait été trompé, les émissions de télévision ont accepté leur faute comme celui/celle qui dit qu’il a jeté son chien par la fenêtre, croyant qu’il y a avait un matelas qui l’attendait en bas. Sans la moindre auto-critique, sans prendre la responsabilité de la propagation de l’ignorance, ces espaces se sont fait l’écho des supposées photos à contenu sexuel de l’enfant.

Avant de faire pleurer le public, les médias se sont évertué à expliquer en détail quelles étaient les positions de la petite fille sur ces photos, comment et de quel angle elles auraient pu être prises. Si l’enfant était droguée ou nue. La moquerie publique n’en finit pas. Le mauvais père et la mère ignorante sont déjà inculpé-e-s mais iels continuent à remplir les caisses et à perpétrer une intrusion dans l’honneur et l’intimité de la petite.

Peut-être que Nadia ne mourra pas aussi tôt que beaucoup l’affirment, mais son intimité a été salie à vie.

Que nous apprend le cas de Nadia ?

Le cas de Nadia nous a appris beaucoup de choses. Il nous a appris que des parents peuvent être les pires choses qui arrivent à un enfant, malgré les dénonciations à scandale. Il nous a appris le « travail d’investigation exhaustif » de certain-e-s journalistes face à un cas si délicat.

Il nous a appris que des photos à caractère sexuel d’une enfant de 11 ans -que tout le monde connaît- peuvent continuer à faire monter les audiences. Que les médias n’ont pas la moindre intention de faire preuve d’une quelconque éthique. Que les thérapies de charlatans peuvent rassembler plus d’argent à la télévision qu’une recherche médicale sérieuse.

Que nous allumons la télévision et que nous écoutons ces histoires sans penser que Nadia peut un jour être quelqu’un de notre entourage. Que le spectacle et l’audience justifient tout. Il n’y a plus, en tant que spectateur de ce cirque, qu’à demander pardon de ne pas être aller déposer une plainte au commissariat.

Nous voulions simplement dire pardon à tous ces parents qui luttent chaque jour pour obtenir un traitement juste et efficace pour la maladie de leur enfant, croyant plus en la justice de l’efficacité de la recherche et la science que la charité hypocrite d’une émission de télévision. Pardon à tous et surtout à Nadia. Tu n’aurais jamais dû en passer par là et personne n’aurait dû le permettre.

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Images de El confidencial y El periódico