3 manifestations de violence par le langage

· 21 mai 2017

La violence dans le langage est l’une des formes d’agression les plus nocives. D’un côté, les mots ont le pouvoir de laisser des empreintes qui ont une répercussion même plusieurs années après. D’autre part, la violence dans le langage est souvent cachée et/ou légitimée socialement. Elle n’est pas aussi visible que la violence physique, et il est donc plus difficile d’intervenir face à elle.

Les mots ne laissent pas de traces physiques. C’est pour cela que l’impunité est souvent de mise dans ce cas. Beaucoup disent qu’iels n’ont pas dit cela, qu’on a mal interprété leurs paroles ou qu’il ne faut pas prendre au sérieux les mots qu’iels prononcent quand iels sont énervé-e-s. Il est évident que les mots violents équivalent à des coups, parfois très forts, dans l’âme. C’est pour cela qu’ils ne sont pas admissibles.

« Je me méfie des incommunicables, c’est la source de toute violence. »

-Jean-Paul Sartre-

Le langage violent abîme les personnes et détériore les relations. Une fois que certains mots ou phrases cassantes sont prononcés, la relation n’est plus la même. Ils dépassent la barrière du respect et la considération que l’on mérite de l’autre, affectent et laissent des cicatrices. Nous allons maintenant vous parler de trois de ces manifestations de violence à travers le langage.

Animaliser : une expression claire de la violence

Même s’il s’agit d’une communication dans laquelle la violence est évidente, elle est très présente dans le langage quotidien. Il y a ceux qui choisisse de dire que l’autre est un porc, une mouche ou un âne. Le porc renvoie à quelqu’un qui a un fort indice de masse corporelle. La mouche, à quelqu’un d’embêtant qui agace.Et l’âne, à quelqu’un qui ne sait pas réfléchir ou qui se trompe tout le temps.

C’est si habituel que ces mots sont intégrés au langage courant. Ils sont acceptés socialement et de fait, on ne peut pas dire qu’ils soient très visibles, sauf ceux qui sont répétés fréquemment ou qui sont accompagnés d’autres indicateurs de mépris.

Les personnes aussi s’animalisent entre elles. Elles ne disent pas qu’elles travaillent beaucoup, mais comme des bêtes. Elles ne disent pas qu’elles sont exploitées par les autres mais qu’elles sont des mules. Les plus toxiques de ces animalisations sont celles qui dépouillent la personne de sa condition de personne. Fréquemment utilisées, elles valident la « loi de la jungle » dans laquelle le respect n’a plus lieu d’être.

Usage d’hyperboles pour les émotions négatives

Il est fréquent, chez les personnes très anxieuses ou dépassées par la colère. Elles choisissent de parler de leurs sentiments ou de leurs émotions négatives en termes dramatiques. Elles ne disent pas que cela les a gêné que l’autre ne débarrasse pas la table. Elles crient qu’elles sont indignées et qu’un tel manque de considération extrême leur retourne le ventre.

Elles ne ressentent pas de la colère, mais de la furie. Elles ne ressentent pas de la tristesse, mais se sentent blessées dans l’âme ou transpercées d’un couteau dans le cœur. Elles choisissent toujours le moyen le plus extraordinaire de manifester la douleur, la colère ou l’affliction. Leur propos n’est pas de s’exprimer mais de faire violence à l’autre avec ces expressions.

Mais ces hyperboles finissent par provoquer l’effet inverse. Au lieu d’impressionner les autres, elles finissent par les désensibiliser. Peut-être qu’elles ont un petit effet au début, mais si elles deviennent quotidiennes, elles perdent en efficacité. Et les autres, rapidement, finiront par faire la sourde oreille face à ces expressions.

L’éternelle répétition : la rengaine

La réitération extrême de plaintes ou de « procès-verbaux » constitue aussi une forme d’expression qui entraîne de la violence dans le langage. Insister sur les mêmes formules pour récriminer équivaut à une tentative de marquer les autres avec les mots. Les stigmatiser et les limiter à un sens unique.

Le discours réitératif est une forme de communication unilatérale. Mais au-delà de cela, c’est une tentative d’imposer un sens. On réalise cela par la voie la plus basique -inoculer des mots dans la conscience de l’autre-, et c’est pour cela qu’on annule l’interlocuteur-trice. Cela le réduit à l’état d’objet d’un message univoque, d’une marque précise.

N’importe laquelle des trois formules, que ce soit l’animalisation, l’hyperbole et la rengaine sont des chemins qui corrompent la communication. Dans ces cas, les sens sont déformés et perdus. Ce ne sont pas des expressions destinées à favoriser la compréhension, mais des dispositifs de langage dont la principale fonction est d’agresser. Pensez que si vous utilisez l’un de ces trois chemins pour communiquer, nous vous encourageons à mettre un panneau « Interdit » au début du sentier. Pour vous et pour celleux qui vous entourent.

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Images de Michael Cheval