La voix de l’expérience : lire des choses sur la nage et en parler ne veut pas dire savoir nager

· 25 août 2017

Nous pouvons être de véritables expert-e-s en ce qui concerne les techniques de natation. Nous pouvons donner des cours, donner des informations sur les différents styles de nage (papillon, crawl, brasse, dos) ou même donner des conseils à quelqu’un qui en a besoin. Nous pouvons gonfler notre ego tandis que nous apprenons des choses à ceux qui en savent peu ou qui ont des idées fausses sur ce thème. Malgré tout, notre savoir n’est pas complet. Nous n’avons jamais osé nager ! Sans la voix de l’expérience, ce que nous disons et affirmons n’a pas la même valeur.

Nous rencontrons tous les jours des personnes qui nous donnent beaucoup de conseils alors que ceux-ci ne viennent pas de leur expérience directe. Malgré cela, elles pensent tout savoir parce qu’elles ont lu des choses sur ce sujet, ont suivi une formation ou ont pu assister à la conférence d’une personne de renom.


La voix de l’expérience est très précieuse car elle nous fournit un apprentissage réel, vécu en première ligne.


Nous ne sommes pas conscient-e-s du pouvoir de l’expérience, en grande partie parce qu’elle permet l’empathie. Grâce à elle, nous nous rendons compte que n’importe quelle théorie a une limite au niveau de sa précision (la réalité, en ce sens, est beaucoup plus riche que le modèle). Tout ce que nous vivons en première ligne, de façon réelle et authentique, est ce qui nous confère un grand nombre de connaissances et, surtout, ce qui les fixe dans notre mémoire.

La grande peur de se jeter à l’eau

Pourquoi ne prenons-nous pas la décision de nous jeter à l’eau sans en douter ? Pourquoi préférons-nous parler plutôt que faire l’expérience, par nous-même, de ce que nous voulons transmettre ? La peur et l’insécurité pourraient être deux réponses pour une unique sensation. Une sensation que, par ailleurs, nous adopterons d’une quelconque manière, en anticipant ce qui arrivera puisque nous ne l’aurons pas essayé. Nous parlons ici de peurs qui survivent dans notre tête à cause de notre manque d’expérience.

Nous avons été éduqué-e-s dans un jeu de jugement et de récrimination des autres, tandis que nous nous prenons pour des savant-e-s ou pour les possesseur-se-s de la vérité absolue. On nous a appris que nos mots ont beaucoup plus de poids que nos propres expériences. Cependant, beaucoup manquent de valeur, précisément parce qu’ils ne se sont pas jetés à l’eau et n’ont pas touché la réalité.

Comment pouvons-nous affirmer que nous connaissons quelque chose à la perfection si nous n’avons pas osé le vivre ou n’avons pas pu en faire l’expérience ? Il est possible que nous sachions tout au sujet du Guernica de Picasso, par exemple. Nous pouvons réciter par cœur la vie de l’auteur et le contexte de son oeuvre. Mais avons-nous été présent-e-s lorsque ce bombardement, désormais transcrit sous forme d’oeuvre d’art, s’est produit ? Pouvons-nous réellement nous faire une idée de la façon dont l’ont vécu les personnes qui ont perdu des proches ?


Tu ne sais pas ce que ça fait de dormir sur une chaise à l’hôpital pendant deux mois, lui tenant la main, parce que les médecins voient dans tes yeux que les horaires de visites ne te conviennent pas. Tu ne sais pas ce que signifie perdre quelqu’un, parce que tu ne le sauras que quand tu aimeras quelqu’un plus que toi-même.« 

-Robin Williams (Good Will Hunting)-


Depuis le confort de notre canapé, avec un livre entre les mains, nous pensons peut-être parfois tout savoir ; en réalité, nous sommes loin de pouvoir comprendre l’essence de ce moment. Il nous manque les sensations et les émotions vécues. En plus de tout le chaos, la peur et la douleur dont beaucoup de personnes ont fait l’expérience. La voix de l’expérience est beaucoup plus enrichissante et réelle que n’importe quelle autre voix que vous avez pu suivre.

La voix de l’expérience a une valeur incalculable

Nous nous aventurons à critiquer et à juger des personnes à propos desquelles nous ne savons rien ou presque rien. Parfois, nos mots leur font plus de mal que ce que nous pouvons croire, parce que nous parlons sans savoir. Nous ne prenons pas en compte ce qu’elles ont pu vivre parce que nous n’avons pas été à leur place. Nous ne sommes pas conscient-e-s du fait que ce que nous pensons connaître d’elles n’est en réalité pas grand-chose.

Pour pouvoir intérioriser tout cela et réfléchir davantage sur l’importance de la voix de l’expérience, nous aimerions partager avec vous cet extrait tiré du film « Good Will Hunting ». Le discours donné par Robin Williams à Will Hunting vous fera certainement ressentir quelques émotions.

Si nous faisons une pause et réfléchissons un instant, nous nous souviendrons sûrement d’une situation où nous étions comme le jeune du film. Cet extrait nous permet de nous rendre compte du peu que nous savons à propos des autres et, en général, sur ce qui nous entoure. Mais, surtout, il nous aide à être conscient-e-s du fait que l’information que nous avons est généralement incomplète ou manque de l’authenticité d’une expérience.


Les grands-parents sont un véritable exemple de ce qu’est la voix de l’expérience.


Nous avons peut-être nous-mêmes vécu des expériences difficiles ou importantes, que nous avons essayé de transmettre à d’autres personnes. Quand vous avez essayé de les partager, vous avez vu que les autres ne pourraient jamais vous comprendre totalement. Cela est dû au fait qu’ils n’ont pas pu vivre ce que nous avons vécu. Cependant, la voix de l’expérience, de notre expérience, est importante pour celleux qui nous écoutent.

Nous pouvons tou-te-s tirer quelque chose des expériences des autres. Elles nous enrichissent, nous apportent une connaissance que nous n’avons pas. Elles nous aident à ouvrir notre esprit. Pour cela, nous devons être disposé-e-s à écouter sans juger. Mais, surtout, nous devons nous aventurer à faire nous-même des expériences. Sur tout ce que nous pouvons. Car cela nous apportera la plus grande des richesses.

 

Images de Christian Schloe