Voici mes cicatrices émotionnelles, elles m’ont rendu-e plus fort-e (Kintsukuroi)

17 juin 2017 dans Emotions 312 Partagés

Kintsukuroi est une méthode pour guérir les blessures émotionnelles. Elle est inspirée de l’art antique japonais, qui porte le même nom, et qui consiste à réparer la céramique qui s’est brisée. La clé de la méthode Kintsukuroi se trouve dans le fait de laisser visibles les cicatrices, embellies avec de l’or et de l’argent. Ce sont les meilleures marques de notre force émotionnelle.

Or, pour qu’il y ait des cicatrices, les blessures doivent tout d’abord guérir. Ce que nos comportements ne permettent souvent pas. Nous succombons face aux tentations qui nous permettent d’annuler immédiatement la douleur, mais à la longue, cela empêche de guérir la blessure. Nous voulons guérir beaucoup trop vite les blessures des autres, sans laisser la croûte apparaître. Et pourtant, la cicatrisation véritable commence par la reconnaissance de la souffrance…

 Ne minimise pas ma souffrance

« Arrête de me dire que ce n’est pas grave. Ne me dis pas qu’il y a des gens dans de pires situations. Que sais-tu de mon état émotionnel ? Tu manques d’empathie, tu banalises ma douleur et tu sous-estimes mon courage et ma maturité, la même maturité qui va me protéger et m’empêcher de tomber dans les filets du confort et de l’auto-trahison complaisante.

Je suis une personne courageuse. Tu ne me verras pas me tromper moi-même. J’ose regarder mes blessures en face, les guérir, les soigner et embellir mes cicatrices car elles sont les meilleures preuves du fait que je suis en vie, que j’ai vécu intensément et que je suis disposé-e à affronter toutes les peurs qui apparaissent. J’ai l’intention de vivre pleinement. Je t’assure qu’au moins, cette intention, je ne la vendrai pas à l’obscurité.

Dans mes cicatrices, il n’y a pas d’orgueil, en partie car j’ai utilisé le temps qu’elles ont mis à se former comme une opportunité d’apprentissage. Mes enfants ne répéteront pas ma douleur, mes ami-e-s ne se sentiront pas seul-e-s et jugé-e-s, les gens que j’aime ne trouveront pas en moi un exemple de peur face à la vie et de non confrontation à la douleur.

La douleur est quelque chose de consubstantiel à la vie, aussi bien la douleur physique que la douleur émotionnelle, même si nous ne voulons pas en parler. Nous avons tou-te-s souffert, sans aucun doute, et celui/celle qui nie cela sera accusé-e du pire des mensonges : l’auto-trahison.

Vous n’avez pas souffert ? Vraiment ?

Regarde-moi dans les yeux ! Regarde mes cicatrices. Je ne me suis pas brisé/e par amour. J’ai senti la même douleur que ma fille ressentait, j’ai pleuré une perte et j’ai maudit mille fois cette souffrance stupide et de non sens. Ce que les personnes qui sont près de moi ressentent m’intéressent. Comme ce qui t’arrive…

J’ai été capable de recueillir les morceaux de mon âme brisée. Je les ai recueillis et chacun, je les ai nettoyés des émotions toxiques comme la colère, la rancœur ou le ressentiment. Je les ai recueillis et ordonnés, après avoir touché le fond : une tâche qui m’a aidé-e à comprendre ce qui est arrivé et la représentation mentale que j’en ai eu.

Vivez intensément sans peur de vous briser. Mais ne vous inquiétez pas, notre esprit, tout comme notre corps, est doté d’un mécanisme d’adaptation appelé l’impulsion de réparation, qui se charge de guérir notre douleur et d’embellir nos cicatrices.

J’ai analysé ce qui m’est arrivé et je l’ai fait en essayant de séparer les filtres, les interprétations et les trahisons. Je n’ai pas voulu rester bloqué-e dans la douleur et pour réussir cela, j’ai dû ré-ouvrir la blessure qui me faisait tant mal. J’ai cru qu’elle était déjà propre, mais je me suis trompée. J’ai dû la-nettoyer et pendant ce temps, j’ai pu apprendre de ce qui s’est passé.

Je me suis rendu compte que j’ai été mon pire juge, que je devais comprendre ce qui est arrivé à partir de l’amour et de la compassion. J’ai repensé à ce que cette blessure signifiait pour moi et j’ai revu les conclusions que j’ai élaborées de manière précipitée et mal conseillé-e par la douleur, la même douleur qui m’opprime l’âme.

On essaie de nous convaincre encore et encore que nous devons être heureux-ses, il y a des rivières d’encre qui nous encouragent à trouver le bonheur. Mais personne ne parle de la manière dont nous devons gérer l’adversité, de ce que nous pouvons faire pour guérir nos blessures émotionnelles et comment nous pouvons dépasser les petits et les grands problèmes du quotidien.

Connectez-vous à votre force émotionnelle

Je me suis rendu-e compte que je devais me connecter à ma force émotionnelle, que je devais apprendre à analyser les personnes, à prendre des décisions et à gérer l’adversité. J’ai appris à prendre de la distance, à penser différemment, à partir d’une perspective plus constructive. C’est alors que j’ai compris que l’action et le courage sont les moteurs de la croissance personnelle.

J’ai analysé mon dialogue intérieur et j’ai développé ma capacité à faire la différence entre ce que l’on peut changer et ce que l’on ne peut pas changer. J’ai accepté mon incapacité à lutter contre des géants, mais j’ai changé tout ce qui est à portée de ma main. J’ai cessé d’essayer de démolir des murs et j’ai cherché des portes. J’ai dépassé ma peur de la mer et j’ai appris à nager. J’ai cessé de maudire la rivière et je me suis consacré-e à construire des ponts.

J’ai travaillé, j’ai pensé et j’ai été courageux-se… J’ai compris que les peurs pouvaient me freiner mais pas me vaincre. Et à la fin de ce processus, je vis sur les cicatrices la beauté qu’elles renvoyaient. Ces cicatrices émotionnelles parlent de moi, parlent de ma force, parlent de ma capacité à apprendre de la souffrance et à surmonter l’adversité. Mes cicatrices me rappellent que je suis fragile et fort-e à la fois. Quand je les regarde, je ne vois pas de douleur, mais je vois de la force et je vois tout ce que j’ai été capable de surmonter…

Quand je vois mes cicatrices, je me sens plus fort/e, plus en confiance et peut-être même… plus heureux-se. Peut-être que c’est là le secret du bonheur ?

« J’ai cessé de maudire la rivière et je me suis consacré-e à construire des ponts »

Transformez vos cicatrices en pédagogie

Je suis pleinement décidé-e à partager tout ce que j’ai appris. Nul besoin de se brûler pour comprendre que le feu peut faire du mal. J’ai normalisé ce qui était normal. J’ai aidé d’autres personnes à ne pas se sentir bizarres et à accepter que leur souffrance ne s’emboîtaient pas avec les circonstances qu’elles traversaient à ce moment-là.

Aujourd’hui, je montre mes cicatrices sans peur, sans culpabilité, sans honte. Certaines des adversités que j’ai eues à dépasser ont été fortuites, produites par le pur hasard. D’autres, non. Sans en être conscient-e, parfois, je me suis déclenché-e moi-même de la souffrance à cause des décisions que j’ai prises ou que j’ai cessé de prendre, à cause des personnes que je n’ai pas analysées, à cause des attentes que je me suis fixées et à cause des déceptions que j’ai vécues.

La vie, comme la céramique est fragile et belle à la fois. La vie peut nous briser à tout moment en mille morceaux, mais nous pouvons la reconstruire de la même manière. Et si nous sommes capable d’apprendre de ce qui s’est passé, nous serons des personnes encore plus belles et plus fortes.

Aujourd’hui, je partage ma sensibilité. Aujourd’hui, je construis une nouvelle réalité. Une réalité où la compassion, l’empathie et l’amour ont déterré les jugements, les stéréotypes et les mensonges. Aujourd’hui, je fais partie de cette nouvelle réalité, la réalité dans laquelle je peux accepter que j’ai souffert et que mon âme a pleuré, mais qu’aucune larme n’a été versée en vain car toutes ces larmes, avec toutes ces cicatrices, m’ont appris quelque chose que je devais apprendre.

Grâce au Kintsukuroi, aujourd’hui, je suis une personne plus forte et plus confiante. Grâce au Kintsukuroi, aujourd’hui, je n’ai plus honte de mes cicatrices, de ma sensibilité, de ma fragilité et de ma force. »

Certaines personnes croient que le Kintsukuroi est une ancienne technique japonaise pour réparer la céramique cassée, mais elles se trompent. Kintsukuroi est beaucoup plus qu’une simple technique, c’est un art. L’art de guérir les blessures émotionnelles.

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