Je me suis brisé-e en mille morceaux comme si j’étais fait-e de verre

· 19 mars 2017

Je me suis brisé-e en mille morceaux comme si j’étais faite de verre. Comme si le fait d’avoir fait semblant d’être fort-e m’avait détruit-e de l’intérieur et que maintenant, conscient-e de la souffrance que je ressentais, j’avais perdu tout ce qui faisait de moi un « je » unique et entier.

Maintenant triste, vide et seul-e, connaissant la vérité qui se cachait derrière les ombres de l’univers que je m’étais créé pour vivre mon rêve, pour me protéger, j’ai compris le véritable sens du mot « souffrance ». Un mot qui cessa d’être muet pour produire un son terrifiant.

La souffrance n’est alors plus un mot de 10 lettres, ni même ne représente des blessures visibles ; la souffrance se traduit par des espoirs enterrés dans la tombe des réalités. C’est pourquoi je me suis brisé-e en mille morceaux, car la réalité déchirait mon âme et mes rêves étaient loin de pouvoir alimenter mes illusions.

On ne vit pas d’illusions, on en meurt


« Si je pouvais revivre ma vie,
je tenterais de commettre plus d’erreurs.
Je ne m’obstinerais pas à ce point à essayer d’être parfaite, et me relaxerais davantage.
Ma vie serait plus folle qu’elle ne l’a été vraiment,
et rares seraient donc les choses que je prendrais au sérieux. »

– Nadine Stair –


On dit qu’on ne vit pas d’illusions, mais que bien au contraire, parfois, on en meurt. On en meurt, car notre imagination crée de toutes pièces ce monde où, dans un futur plutôt proche, ce qui aujourd’hui est une illusion sera réalité. Or, ne comptez jamais sur les pierres jonchant votre chemin, ou bien, si vous comptez sur elles, alors voyez à quel point elles sont petites, et surmontables.

Les pierres du chemin, les obstacles que vous gardez en vous et qui font partie de vous, de votre intérieur. Oui, ce sont des barrières, mais souvent, c’est vous qui les créez. Car toute illusion cache un visage obscur qui ne veut se montrer, comme s’il s’agissait de l’autre visage de la lune elle-même.

Nous vous parlons là de cette partie obscure, de cette partie qui vous tourmente mais qui en même temps ne vous connaît pas, cette partie inconsciente qui vous attache et vous retient contre votre volonté. Cette partie de vous qui vous empêche d’avancer. Cette partie de vous qui vous blesse, voire qui vous tue face à la moindre adversité.

Car vous ne cherchez pas seulement à concrétiser vos illusions mais aussi vos rêves et vos projets futurs incertains. Voilà pourquoi cette partie tue, voilà pourquoi on meurt d’illusions, car on ne peut pas toujours les concrétiser et que ces illusions, ces rêves et ces projets non réalisés se transforment alors en venin lorsqu’on les pousse trop à bout. C’est à ce moment que j’ai pris conscience de cela, c’est à ce moment que je me suis brisé-e en mille morceaux et que l’anxiété m’a consumé-e.

Le monstre de la peur est venu me rendre visite

L’anxiété m’a consumé-e car le monstre de la peur est venu me rendre visite. Mais ce n’était pas n’importe quel monstre ; c’était le pire des monstres, c’était la pire des peurs, c’était la peur de l’échec. Et face à elle, je ne pouvais que me mettre à trembler.

Je tremblais car mon monde s’écroulait, car je n’avais pas encore d’objectifs futurs à viser. Je tremblais car rien de ce dont je rêvais, aucune de mes illusions ne se concrétiseraient. C’est pourquoi je me suis brisé-e en mille morceaux, comme si j’étais fait-e de verre, j’aiguisais chacun des morceaux qu’il restait de moi. Alors que je me construisais mon arme la plus puissante, je me disais que c’était aussi dissuasif que d’effrayer toute menace.

Mais quelle illusion ! Je pensais que le fait d’être détruit-e et cassé-e et de devoir lutter aurait dû me permettre d’aller mieux. Or, n’est pas plus fort-e celui/celle qui se défend le mieux, mais celui/celle qui se construit le mieux et qui face à une base solide avance jour après jour d’un pas ferme face à ce que l’iel peut rencontrer en chemin.

Or, si je me suis brisé-e en mille morceaux et si j’ai eu le grand monstre de la peur de l’échec face à moi, comment aurais-je pu me montrer faible dans la vie et demander de l’aide afin d’aller mieux ? Et si j’avais perdu un morceau de plus ? Et si ce n’était pas de me recomposer dont j’avais besoin, mais bien d’apprendre à lutter ?

 

Je me suis brisé-e, mais j’ai appris à recoller mes morceaux

Oui, je me suis brisé-e en mille morceaux, et j’ai mis du temps à le reconnaître. Je n’étais pas faible, je ne l’ai jamais été, et pourtant, je me faisais du mal tout-e seul-e. Je me suis marquée au fer rouge que c’était un échec, et pourquoi c’était devenu la plus grande de mes peurs. Mais ce n’était pas seulement moi, c’est aussi à cause du qu’en dira-t-on si maintenant j’ai peur.

N’est pas courageux-se celui/celle qui lutte sans regarder derrière lui/elle, mais celui/celle qui reconnaît ses peurs et qui, justement parce qu’iel les connaît et en a pleinement conscience, peut en tirer des leçons. C’est celui/celle qui demande de l’aide afin de disposer des armes nécessaires pour les connaître. Oui, j’ai demandé de l’aide, et suis donc très courageux-se pour cela.

Grâce à l’aide que j’ai demandée et que l’on m’a apportée, j’ai appris que c’était moi mon propre obstacle et ma propre limite, car c’était moi qui fabriquait mes monstres. Oui, je me suis brisé-e en mille morceaux en essayant de donner une image bien particulière de moi ; je me suis donc créé un monde empli d’illusions et de rêves, un monde avec un futur qui m’était totalement étranger, même si je croyais fort en le fait que ce monde puisse être un pont sûr me permettant de traverser l’abîme de l’incertitude.

Maintenant, et grâce à toutes les leçons que j’ai pu tirer de cette expérience, peu à peu je me suis recomposé-e. Comme les vases cassés dont les morceaux sont recollés, je garde des cicatrices et des imperfections, je reste moi. Mais un nouveau moi, aujourd’hui dénué de toutes pressions ainsi que de sa plus grande peur. L’échec n’a que la signification que vous voulez bien lui apporter. J’ai tiré des leçons de tout cela, et aujourd’hui je n’ai plus peur.