Le train « être heureux-se » ne passe pas par la gare « être le/la meilleur-e »

29 mai 2017 dans Psychologie 171 Partagés

Etre le/la meilleur-e est devenu, dans cette société au sein de laquelle nous vivons, un des objectifs les plus importants de presque tout le monde. Depuis notre plus jeune âge, ou évalue notre engagement dans divers domaines en nous donnant des notes, sans même tenir compte du plaisir que l’on peut éventuellement ressentir en effectuant telle ou telle tâche.


Celui/Celle qui arrive à avoir un dix ou un neuf sur dix dans presque tout devient « le/la meilleur-e » et cela le/la mène à gagner au mérite l’acceptation et la reconnaissance de celleux de son entourage.


Il est tout à fait normal que cette approbation des autres le/la mène à se sentir en harmonie avec lui/elle-même ; qui donc n’aime pas que l’on reconnaisse ses mérites, ou bien qu’on le/la valorise pour ses réussites ?

Au contraire, celui/celle qui ne travaille et ne fait aucun effort là où tout le monde devrait être bon ou très bon finit par attirer le mépris de ses collègues, de ses professeurs et même de ses parents ; ces parents qui réprimandent ou qui imposent des punitions à leur enfant : « si tu n’es pas le/la meilleur-e, tu ne pourras jamais devenir une personne valable ».

Etre le/la meilleur-e pour gagner en estime de soi 

Quand on parvient à être le/la meilleur-e, normalement, on est envahi-e par un sentiment de plénitude. Etre le numéro un nous fait gagner en estime de nous-même, car comme nous l’avons dit précédemment, être au plus haut génère l’admiration des autres, de même que d’autres conséquences positives extérieures que l’on valorise beaucoup. Trop, même, bien souvent.

Ces conséquences positives extérieures sont la célébrité, le succès, l’argent… Tout autant de choses auxquelles notre société accorde une valeur démesurée, et pour quoi on a tendance à lutter bec et ongles et quoi qu’il n’en coûte.


Tout le monde veut arriver à être le/la meilleur-e dans ce qu’iel fait, car sinon, quel sens cela aurait-t-il ?, nous demandons-nous souvent.


En ce sens surgit le piège de l’estime de soi. Lorsque l’on parle d’estime de soi, on fait référence à l’estime propre, autrement dit, à l’amour que l’on porte à notre personne, à notre être. Souvent, on associe cet amour pour nous-même avec certaines caractéristiques extérieures, et c’est pourquoi nous créons une estime de nous-mêmes dépendante.

Nous nous aimons et nous admirons si nous sommes beaux/belles, grand-e-s, minces, cultivé-e-s, que l’on a un emploi, que l’on est en couple…bref, si l’on est les meilleur-e-s dans tout ce que l’on fait. Dans le cas contraire, nous nous détestions, nous nous censurons, et nous nous en allons si nous ne disposons pas de tout cela.


C’est pourquoi cela n’a aucun sens que de vouloir gagner en estime de soi en faisant la typique liste thérapeutique de « mes qualités et mes réussites » puisque cela ne pourra en rien vous aider à vous aimer davantage.


Etre le/la meilleur-e, le/la plus travailleur-se, le/la plus beau/belle, le/la plus sympathique, le/la premier-ère de la classe, etc, ce n’est que du vent. Cela n’a pas de valeur en soi et a beaucoup moins d’utilité que ce que l’on croit ; en effet, nombreux-ses sont celleux à penser, à tort, qu’être le/la meilleur-e est la chose la plus importante et la plus précieuse au monde.

On ne gagne pas en estime de soi en étant meilleur-e qu’une autre personne, ni en se réjouissant pour cela. S’il en était ainsi, on ne connaîtrait pas autant de cas de personnes qui réussissent, qui sont célèbres, qui ont de l’argent, qui sont attirantes…et qui ont confié être très malheureuses et dont les vies ont fini trop tôt et tragiquement.

Combien de sportif-ve-s célèbres ont fini dans le monde de la drogue car iels ne pouvaient plus supporter les exigences – qu’il s’agisse de celles qu’iels s’imposent elleux-mêmes ou bien de celles imposées par leurs entraîneurs – auxquelles iels se voyaient soumis-es ? Combien d’acteur-trice-s, de chanteur-se-s ou d’artistes sont mortes trop tôt, victimes de leur propre maltraitance ?


Pourquoi croit-on donc qu’être le/la meilleur-e fera de nous une personne heureuse jouissant d’une estime d’elle-même solide ?


Etre le/la pire et même ainsi, s’accepter

Vouloir être le/la meilleur-e, comme nous l’avons vu, ne sert à rien d’autre qu’à s’administrer de bonnes doses d’anxiété à soi-même. La culture de l’effort, d’être « un-e femme/homme valable » ou de gagner sa vie dans la sueur et les larmes n’aura réussi qu’à créer une multitude de personnes malheureuses. Des esprits qui veulent atteindre ce supposé but auto-imposé auquel ils ne devraient d’ailleurs pas forcément arriver puisqu’ils n’y sont pas obligés, et que cela ne les rendra en rien plus heureux.


En plus de l’anxiété, vouloir être le/la meilleur-e, cela peut aussi nous submerger dans la plus profonde des dépressions, si on ne parvient pas à devenir la personne que l’on aspire à devenir.


Finalement, notre bonheur et notre amour propre dépendent de conditions extérieures et ne se cimentent pas en nous. Par conséquent, si on veut réussir à se détacher de cette idée irrationnelle, on peut commencer à pratiquer l’acceptation inconditionnelle. Acceptation et estime de soi se ressemblent, mais ce sont bel et bien deux concepts différents.

L’acceptation saine ne dépend pas de si on est meilleur-e ou pire, le/la plus beau/belle ou le/la plus moche, le/la plus intelligent-e ou le/la plus bête. L’acceptation consiste en le fait de s’apprécier soi-même, de s’aimer, de prendre soin de soi et peu importe qui on est, comment on est ou ce qu’on a atteint. Aimons-nous simplement car nous sommes des personnes précieuses, et ce depuis notre naissance.

Rien d’extérieur ne peut apporter plus ou moins de valeur à un être humain, car les gens ne se mesurent pas de manière quantitative. Il n’existe pas une règle qui pourrait mesurer la valeur de qui que ce soit, car toutes les valorisations que nous faisons, portent-elles sur nous-même ou sur les autres, sont le produit de la culture : quelque chose de social, mais pas de réel.

Nous vous invitons à réfléchir à la chose suivante : imaginez que vous êtes le/la moins doué-e dans un domaine particulier – le/la moins fort-e dans votre travail, dans votre classe, celui/celle qui drague le moins dans votre groupe d’ami-e-s – et que malgré tout, vous vous sentez très heureux-se et en harmonie totale avec vous-même. Est-ce vraiment possible ? Car si vous êtes capable de vous imaginer quelque part, alors vous pouvez commencer à vous diriger vers cet endroit. Allez de l’avant, et engagez-vous sur ce chemin de merveilleuses découvertes !

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