The Reader : traumatismes, secrets et passion

· 30 août 2018

The Reader est un film sorti en 2008, réalisé par Stephen Daldry. Il s’agit d’une adaptation de l’œuvre homonyme de Bernhard Schlink. Mettant en vedette une brillante Kate Winslet, aux côtés notamment de Ralph Fiennes et de David Kross, il propose une réflexion sur certains des thèmes de notre histoire récente.

Il est vrai que l’Holocauste a inspiré d’innombrables films et romans et que, jusqu’à ce jour, il reste encore beaucoup à dire à ce sujet, mais The Reader ne nous ramène pas à l’Holocauste lui-même, mais bien des années plus tard, lorsque certains des protagonistes ont été jugés et condamnés. De plus, l’histoire du film va bien au-delà du drame et de la Seconde Guerre mondiale et se concentre sur deux personnages, sur l’histoire qu’ils ont vécue et, surtout, sur le passé de l’un d’entre eux.

Le film nous raconte une histoire passée, comme un souvenir ravivé par son protagoniste, Michael Berg, un homme qui, dans sa jeunesse, a rencontré une femme étrange, Hanna, avec qui il a développé une relation sentimentale particulière.

The Reader commence par narrer la vie d’un adulte, Michael, qui se souvient de cette femme et de ses rencontres durant sa jeunesse ; une femme dont il ne connaissait même pas le nom lorsque leur relation a débuté. Sombre, lent et mystérieux, comme Hanna elle-même, le film fera prendre un virage surprenant à l’intrigue, ce qui nous mènera à une histoire très différente de l’histoire initiale.

En raison de l’intrigue dont nous avons parlé, nous allons être obligés de vous spoiler tout au long de l’article, il n’est donc pas conseillé de continuer à lire si vous n’avez pas vu le film. The Reader ne suit pas une narration linéaire, mais représente davantage une oscillation de sauts dans le passé et revient au présent : Michael ne semble pas accepter son passé, mais il ne peut pas s’en sortir, comme Hanna l’a fait autrefois.

Ainsi, le film inspire une réflexion : nous avons tous un passé, nous avons tous une histoire derrière nous que très peu connaissent, notre vie est une mer de secrets, d’expériences, de sensations et de gens qui y ont laissé leur marque…Peu importe à quel point nous essayons de l’oublier, de nous en détacher…c’est impossible pour nous, parce que ce passé fait partie de qui nous sommes aujourd’hui. The Reader propose un voyage dans l’histoire de Michael et Hanna, une découverte des secrets les plus profonds de ces personnages.

La relation entre Michael et Hanna

Hanna et Michael se sont rencontrés par hasard dans les années 1950, alors qu’il était adolescent et qu’elle avait deux fois son âge. Sans même connaître leurs noms respectifs, ils entament une relation étrange, basée sur des rencontres sexuelles et une absence totale de conversation. Michael était un adolescent qui découvrait encore son corps et n’avait jamais été avec une femme, Hanna était celle qui fixait les normes dans ses relations sexuelles.

Hanna a continué à fixer les normes et, à ces réunions, a ajouté une condition, Michael a dû lire pour elle. Il était étudiant et s’intéressait à la littérature, alors il gardait des livres de classe ou de bibliothèque. Hanna a écouté attentivement ces histoires que Michael a lues, mais elle n’a jamais saisi un livre et lu par elle-même. La complicité coulait entre les deux, mais ils se connaissaient à peine, ils ne parlaient jamais de leur passé, ni de leur présent ; ils avaient une relation totalement clandestine : un cadre dans lequel ils partageaient des livres et des draps.

Hanna est dépeinte comme une femme très réservée avec un caractère fort. La relation est étrange pour nous, même au-delà de la différence d’âge entre les deux. C’est comme si nous pouvions comprendre Michael, mais pas Hanna, dont nous ne connaissons pratiquement rien d’autre que son nom.

Le film commence par l’éveil sexuel d’un adolescent, transmet ce premier désir de jeunesse, la découverte du corps, le premier appel de l’amour…Mais il finira par démasquer les deux personnages principaux et remettre en question certaines questions sur leur passé.

The Reader et la honte

The Reader, la honte

Il faudra de nombreuses années avant que la vie de Michael et Hanna se croise à nouveau, et d’ici là Michael ne sera plus cet adolescent naïf qui ne pose pas de questions, mais un jeune étudiant en droit. A partir de ce moment, le film passera à un scénario beaucoup plus sérieux, où toute la vérité finira par être révélée. Nous passons alors aux procès pour condamner certaines des femmes qui ont travaillé comme « gardiennes » pendant l’Holocauste. Tandis que Michael s’y rend avec ses camarades de classe et ses professeurs de l’université, Hanna y assiste en tant que prévenue.

Contrairement aux autres accusés, Hanna ne semble pas essayer de se défendre, elle ne semble pas comprendre la gravité du problème auquel elle est confrontée. Dès lors, l’esprit de Michael sera hanté par divers questionnements. Connaît-il vraiment la femme qui est assise sur le banc des accusées ? Est-il possible qu’elle n’éprouve aucun remord ? Et surtout, Michael réalise enfin le grand secret d’Hanna : elle est analphabète, et sa honte est si grande qu’elle ne veut même pas dire la vérité pour éviter la prison. Hanna a construit une image d’elle-même, une armure très différente de la sienne.

 

Les autres accusées feront de leur mieux pour ne pas aller en prison, pour blâmer quelqu’un d’autre et, en impliquant Hanna dans l’écriture d’un manuscrit, tous les regards seront tournés vers elle pour la désigner comme principale responsable. Ce que personne ne sait, c’est que Hanna n’a pas pu écrire le manuscrit à cause de son analphabétisme, mais sous la pression de faire un test d’écriture, elle décide de se confesser en tant qu’auteur.

Comment est-il possible que Hanna ressente une telle honte à propos de son analphabétisme, mais pas à propos de son passé en tant que gardienne de camp durant l’Holocauste ? Hanna ne nie pas son implication dans le nazisme, mais elle est incapable de reconnaître son analphabétisme même lorsqu’elle peut éviter la prison grâce à lui.

En même temps, Michael s’efforcera de comprendre Hanna et de découvrir qui elle est. La profondeur de ces scènes apporte d’innombrables émotions à l’écran, et nous identifions tous les sentiments de Hanna alors qu’elle affronte sa plus grande peur et la tristesse de Michael lorsqu’il découvre que bien avant de faire appel à lui, Hanna utilisait de jeunes filles juives pour lui faire la lecture.

The Reader et le nazisme

Aujourd’hui, nous n’hésitons pas à essayer et à condamner tous ceux qui ont été impliqués dans de tels crimes, mais nous semblons oublier le revers de la médaille, une facette bien plus séduisante pour certaines parties de la population.

Hanna était analphabète, vivait seule et savait probablement qu’elle ne pourrait jamais accéder à certains emplois ; le nazisme était une promesse de prospérité, de travail et, pour Hanna, pouvoir travailler en tant que tuteur était aussi une promesse de statut. Mais non seulement les analphabètes ont été séduits par les idées du nazisme, mais aussi certains penseurs comme Heidegger (qui s’est rétracté plus tard) ou des poètes comme Ezra Pound, dont l’admiration profonde pour Mussolini l’a amené à collaborer à la propagande et à s’installer en Italie.

L’exercice proposé par The Reader nous rappelle profondément la philosophe Hannah Arendt, qui disait que beaucoup de nazis étaient des gens normaux, victimes de leur temps et de leurs circonstances. Dans le film, Hanna soutient que c’était son travail et donc son devoir.

Elle prétend qu’elle se contentait d’obéir aux ordres et de faire son devoir, sans remettre en question la substance de ses actions. The Reader présente un sujet complexe, difficile à traiter, et propose une réflexion sur le passé de ces personnages, sur la façon dont il affecte le présent et qui ils sont aujourd’hui. Mais, en même temps, il propose une réflexion sur la nature de l’un des crimes les plus odieux de l’humanité.

« Les sociétés veulent être gouvernées par ce qu’on appelle la moralité, mais en réalité, elles sont gouvernées par ce qu’on appelle la loi. »

-The Reader-