Syndrome de Capgras : confondre des êtres chers avec des imposteurs

· 9 janvier 2018

La capacité de reconnaître les visages des individus et de différencier entre divers visages apparaît dès la naissance et se développe au cours des premières années de la vie. Mais qu’arriverait-il si nous réalisions que nous ne sommes pas capable de reconnaître un parent proche ? Que se passerait-il si nous pensions qu’il a été supplanté par un imposteur ?

Ce sentiment étrange est vécu par les personnes souffrant du syndrome de Capgras. Elles croient que leurs proches ont été remplacés par des imposteurs qui se font passer pour eux. 

Maintenant, avant d’approfondir sur le syndrome de Capgras, il est nécessaire de faire le tour de divers concepts tels que la prosopagnosie et les délires afin de les comprendre et apprendre à les différencier.

La prosopagnosie et les délires

Dès 1891, Sigmund Freud inventa le terme agnosie, pour définir l’incapacité à saisir la signification de divers stimuli sensoriels. Ainsi, la prosopagnosie est un terme dérivé de l’union des mots grecs « prosopon » signifiant visage, et « gnosis », qui signifie la reconnaissance.

Comme nous pouvons l’imaginer, il existe dans la prosopagnosie une difficulté pour reconnaître les visages familiers. Cela se produit à la suite de lésions cérébrales, en particulier dans les régions pariétales ou pariéto-occipitales.

Par ailleurs, un délire est composé d’idées (dites délirantes) qui sont des transformations fantastiques de la réalité, de fausses croyances basées sur une lecture erronée de la réalité par le sujet.

Il existe cinq modalités d’expériences délirantes : la perception délirante, l’interprétation délirante, le jugement délirant, le fantasme délirant et l’inspiration délirante.

Ayant procédé à cette brève introduction, il nous faut préciser que les syndromes de fausse identification délirantes ont été considérés comme une curiosité jusqu’à récemment, où ils sont devenus plus pertinents.

fillette avec un masque

Les syndromes de fausse identification

Dans les syndromes de fausse identification, la perception est correctement enregistrée, c’est l’interprétation de cette dernière qui est erronée. En d’autres termes, ce que voit le sujet est réel, mais ce qu’il interprète ne l’est pas.

Il existe quatre variantes du syndrome de fausse identification délirante :

  • Syndrome de Capgras : le sujet perçoit de manière erronée qu’une personne de son entourage, tel un proche parent ou un ami, a été remplacée par un double, mais cela n’est pas tout à fait exact.
  • Syndrome de Fregoli : la personne affectée croit qu’un ou plusieurs individus ont modifié leur apparence pour ressembler à des membres de la famille afin de le persécuter ou de le tromper.
  • Intermetamorphose : le patient croit que les personnes de son entourage ont échangé leurs identités.
  • Le syndrome du double subjectif : le sujet est convaincu qu’il existe a des doubles exacts de lui.

Lequel de ces syndromes de fausse identification est plus commun ? Le syndrome de Capgras est le plus commun des délires de fausse identification. Il a été constaté chez 5% des patients psychotiques.

Le syndrome de Capgras

Le syndrome de Capgras a été décrit en 1923 par Jean Marie Capgras et J. Reboul-Lachaux. Une patiente de 53 ans souffrant d’une psychose chronique avait la conviction délirante que son mari et son fils avaient été supplantés dans le but de lui faire du mal.

Également appelé le délire de Sosias, le syndrome de Capgras est un trouble psychiatrique qui consiste en la non-identification de personnes familières, comme nous l’avons souligné précédemment. La personne concernée croit que les personnes réelles ont été remplacées par un double, un imposteur presque identique.

Il existe dans le syndrome de Capgras une reconnaissance sans sentiment de familiarité. Il est typique de ce syndrome que le conjoint ou l’enfant de la personne qui en souffre induise une reconnaissance partielle (« on dirait … ») mais insuffisante pour être convaincu de sa véritable identité.

Le double du sujet, ou l’imposteur, acquiert pour le patient les mêmes traits physiques que la personne « originelle ». Cependant, son esprit ou sa personnalité ne lui appartiennent pas, mais correspond à celle d’un imposteur.

Le délire du patient souffrant du syndrome de Capgras l’amène à imaginer que l’imposteur agit de la même manière que le sujet originel, créant des confusions et le mettant en évidence face au reste.

peinture avec visage et mains

Quelle est la cause du syndrome de Capgras ?

Le syndrome de Capgras a été associé à de multiples pathologies, généralement la schizophrénie, à la carence en vitamine B12, à l’hyperthyroïdie, le diabète sucré, aux intoxications, aux démences, etc.

Parmi les théories explicatives des délires ont été proposées différents syndromes de déconnexion entre les différentes structures cérébrales impliquées, ainsi que d’autres explications basées sur la latéralisation et la localisation des dysfonctionnements provoquant le délire.

Pour établir le diagnostic du syndrome de Capgras il est nécessaire que n’existe pas de compromis de conscience ou de démence sévère, puisque dans ces conditions les erreurs de reconnaissance sont fréquentes et variables.

Existe-t-il un traitement ?

Ce syndrome étrange est difficile à traiter. Les antipsychotiques, les antidépresseurs, les thérapies cognitives et comportementales ont été utilisés avec un certain succès, mais rien ne garantit la guérison.

En raison du coût émotionnel impliqué par ce syndrome, la restructuration cognitive est principalement utilisée en psychothérapie en association avec les interventions avec la famille.

Le syndrome de Capgras est un processus complexe qui ne se limite pas à un simple problème de traitement facial. Il s’agit d’un dysfonctionnement multiple basé sur des processus cognitifs ayant un lien avec la familiarité et impliqués dans l’interprétation des perceptions anormales et dans la formation des croyances.

Bibliographie

Kaplan, HI, Sadock, BJ Synopsis de la psychiatrie. 8ème édition. Madrid : Panamericana – Williams et Wilkins, 1999.
Junqué, J. Barroso, J .. Neuropsychologie. Madrid : Ed. Synthèse Psychologie; 1999