La démence a de nombreux visages

25 mars 2017 dans Psychologie 280 Partagés

La démence a de nombreux visages, de multiples manières de nous apprendre à quel point l’oubli est terrible. Même si la démence la plus connue et courante est la démence de type Alzheimer, ce n’est pas la seule qui existe. 

De plus, contrairement à ce que l’on croit, toutes les démences ne sont pas irréversibles. Certaines, si leurs causes sont identifiées, peuvent être traitées et même corrigées, telles que la démence due à un déficit de B12, la démence causée par vascularite, hypothyroïdie ou hydrocéphalie, entre autres.

Aujourd’hui, les démences sont classées dans le DSM-5 dans les Troubles Neurocognitifs, avec le Delirium, les Troubles Amnésiques et d’autres Troubles Neuro-cognitifs. Ces troubles sont ceux où la perte ou affectation cognitive n’a pas été présente dès la naissance ou dans l’enfance précoce et cela provoque un déclin, visible si l’on compare les résultats actuels avec les précédents.

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La maladie d’Alzheimer

On ne connaît pas les causes de cette maladie dégénérative du cerveau. Son début est souvent graduel, et implique une détérioration continue, lente et progressive, avec une durée moyenne de 8-10 mois. Aujourd’hui, cette maladie n’a pas de remède. On peut distinguer trois phases :

La phase initiale (2-4 ans environ) :

Son commencement est généralement soudain, et la caractéristique principale est une détérioration de la mémoire récente (qui est la partie de la mémoire qui se réfère au moment présent, c’est-à-dire, que l’on aura des difficultés à se souvenir des tâches quotidiennes et d’un apprentissage récent).

Dans le langage, il est fréquent de perdre de la richesse de vocabulaire car on a du mal à trouver ses mots (anomie), que l’on essaie de résoudre cela en employant des circonlocutions (d’autres mots autour du même sujet) et des paraphrases (remplacer un mot par un autre).

Il peut aussi y avoir des changements dans la personnalité, comme l’apathie (qui est la paresse ou le manque d’intérêt pour les choses), l’irritabilité, l’agressivité, la rigidité (l’incapacité à rendre ses pensées flexibles, c’est-à-dire, que l’on est obsédé-e par une idée et quelles qu’en soient les raisons, cette idée ne change pas), etc.

Il peut aussi y avoir des altérations affectives, comme l’anxiété ou la dépression, car parfois, on peut être conscient-e du début de la maladie, notamment lorsqu’on remarque des problèmes de mémoire. Lors de ces moments, les malades et leurs proches doivent chercher une adaptation à la nouvelle vie qui les attend : un défi qui provoque beaucoup de stress et de douleur.

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La seconde phase (3-5 ans environ):

La détérioration intellectuelle continue et le syndrome aphaso-apraxo-agnosique apparaît (qui consiste en des oublis fréquents, des difficultés dans la réalisation de tâches simples comme s’habiller ou se laver et la difficulté à reconnaître des proches et des objets). La supervision est alors nécessaire.

L’amnésie rétrograde apparaît alors, c’est-à-dire l’incapacité à se souvenir des événements du passé, ce que l’on essaie de dissimuler à l’aide de la confabulation (qui consiste à inventer des événements qui ne sont pas arrivées pour remplir les espaces vides de la mémoire, mais pas du tout dans l’intention de mentir).

La capacité de jugement se détériore aussi (c’est-à-dire que l’on devient plus impulsif-ve et que l’on ne distingue plus le bien du mal, ni ce qu’est un comportement qui doit se faire en privé ou en public etc.). La pensée abstraite est également altérée, ce qui produit une incapacité à résoudre des problèmes et à planifier des tâches.

Le reste de la symptomatologie s’aggrave et des symptômes psychotiques peuvent apparaître (des hallucinations, comme dire que l’on a passé un moment avec une personne qui est morte depuis longtemps, ou des délires, comme affirmer que l’on nous a volé quelque chose alors qu’en réalité, on l’a perdu).

Dans cette phase, on ne sait pas bien s’orienter, ni dans le temps (heure, jour, mois ou année), ni dans l’espace (le lieu où l’on vit, les différentes pièces de la maison etc). Le-a malade d’Alzheimer est à ce moment-là incapable de survivre sans supervision même s’il peut réaliser ses activités quotidiennes.

La troisième phase (durée variable):

Dans cette phase, on ne se reconnaît pas dans le miroir, car on pense qu’on est plus jeune que ce que l’on voit, et on ne reconnaît plus les proches. Le langage diminue, et le mutisme fait son entrée, petit à petit.

De graves altérations de la marche sont générées (la marche à petits pas et en traînant des pieds est classique dans ce cas), donnant lieu à des chutes. Cela aboutit à l’apraxie de la marche (l’incapacité à marcher car on ne sait pas comment faire). Dans cette phase, le-a malade a besoin d’aide pour réaliser quasiment toutes les activités quotidiennes et finit par ne plus marcher du tout.

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La démence à corps de Lewy

La démence à corps de Lewy est l’une des plus difficiles à diagnostiquer et c’est l’une des dernières démences découvertes. Elle a des symptômes similaires à la maladie d’Alzheimer et à la maladie de Parkinson et on les confond donc souvent.

Voici ses symptômes principaux :

  • Le syndrome aphaso-apraxo-agnosique: caractéristique de la maladie d’Alzheimer, qui consiste en des oublis fréquents, la difficulté de la réalisation des tâches simples et la difficulté à reconnaître les proches ou les objets. Dans ce cas, il y a des variations prononcées de l’attention et de l’état d’alerte.
  • Les hallucinations visuelles complexes récurrentes, les hallucinations auditives et délirantes. Les symptômes du trouble du comportement du sommeil REM (qui peut être une manifestation très précoce) sont courants, en plus des hallucinations sensorielles, la dépression et les délires.
  • Les symptômes parkinsoniens : comme dans la maladie de Parkinson, qui inclut les tremblement et la rigidité des extrémités.

Le parkinsonisme spontané commence après le déclin cognitif et les plus grands déficits neuro-cognitifs sont observés au moins 1 an avant les symptômes moteurs. On distingue aussi les symptômes extra-pyramidaux induits par les neuroleptiques, qui sont des symptômes moteurs dus aux médicaments utilisés pour atténuer les hallucinations et les délires, puisque 50% des individus atteints de démence à corps de Lewy sont extrêmement sensibles à ces médicaments.

On souffre de chutes répétées et de syncopes, qui sont des pertes de connaissance passagères accompagnées d’une paralysie momentanée des mouvements du cœur et de la respiration, et qui sont dues à un manque d’irrigation sanguine dans le cerveau, ainsi qu’à des épisodes éphémères de perte de conscience inexpliquée. 

La démence vasculaire

La démence vasculaire est provoquée par une série de petites accidents vasculaires cérébraux (AVC) pendant une période prolongée. Ces accidents vasculaires sont des blocages ou des interruptions du flux sanguin à l’un des endroits du cerveau, produisant alors la mort neuronale de la partie affectée.

Elle est donc caractérisée par une détérioration par paliers, dont les symptômes sont difficiles à prédire car ils dépendent de la zone cérébrale affectée. Même ainsi, au début, elle est caractérisée par des oublis fréquents, des problèmes d’orientation et il peut y voir des changements dans la personnalité ou des difficultés dans le langage.

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La démence de Parkinson

La maladie de Parkinson est différente de la maladie de Parkinson. Cette dernière est caractérisée par des tremblements dans les mains, les bras, les jambes, la mâchoire et le visage, de la rigidité dans les bras, les jambes et le tronc, une lenteur des mouvements et des problèmes d’équilibre et de coordination.

La démence de Parkinson est caractérisée par des tremblements typiques de la maladie de Parkinson mais avec en plus, le ralentissement cognitif des fonctions supérieures et des altérations émotionnelles très importantes, typiques dans les cas de dépression grave chez ces patient-e-s.

Elle se différencie des autres démences car dans ce cas, le syndrome aphaso-apraxo-agnosique n’apparaît pas, comme dans la maladie d’Alzheimer. De même, les hallucinations et les délires ne sont pas aussi importants ni communs que dans la démence à corps de Lewy. Il y a toujours, cependant, la lenteur cognitive et les tremblements du corps.

Dans cet article, nous avons décrit les démences irréversibles les plus communes, mais on en connaît comme ledémences fronto-temporales, la plus commune étant la démence de Pick, la maladie de Huntington, la démence due au VIH, la maladie à prions, entre autres.

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