Est-ce que mentir aide, parfois ?

31 juillet 2016 dans Emotions 0 Partagés

Si on nous le demande, je suis sûre que la plupart d’entre nous diront qu’on déteste mentir et qu’on n’accepte pas qu’on nous trompe. En général, nous abordons le sujet d’une façon morale et, par conséquent, nous condamnons tout comportement associé à l’imposture.

Ce qui est curieux, c’est que presque tout le monde ment de temps en temps. “De pieux mensonges”, comme nous les appelons, pour amoindrir la faute contre laquelle nous nous offusquons.

La question suivante peut nous déconcerter : que se passerait-il si, dans le monde, personne ne disait de mensonges ? Si, par exemple, vous rencontriez quelqu’un et qu’il vous dise : “Que vous êtes moche !” ou si un chef vous recevait et disait : “Je pense que vous êtes un idiot et je cherche un moyen de vous renvoyer”.

Ou si vous invitiez quelqu’un à dîner chez vous et qu’au final, au lieu de vous dire : “Merci”, il vous disait plutôt : “Vous cuisinez très mal. Le repas était très insipide.”

Voilà des exemples de sincérité brutale qui, s’ils étaient prononcés, seraient vus comme grossiers.

C’est pour cela que même si on crie haut et fort qu’on n’aime pas les mensonges, on doit reconnaître que certaines vérités ne nous font pas non plus plaisir. Et qu’il y a des cas où mentir n’est pas tromper dans le sens moral du terme, mais plutôt éviter des conflits inutiles.

Est-il bon de mentir?

Comme dans presque tous les comportements humains, le plus important n’est pas le comportement en soi, mais l’intention qu’il y a derrière chaque acte.

Certains se vantent d’être absolument sincères et de “dire leurs quatre vérités” à tout le monde, sans plus de considération. Il faudrait se demander si, en réalité, leur intention est de dire la vérité ou, plutôt, de blesser en se servant d’un prétexte moral.

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De la même manière, il y a des personnes qui mentent avec une intention louable. Il y a quelque temps, un chroniqueur racontait que sa mère était tombée malade et que le médecin l’avait appelé séparément pour lui donner le diagnostic. “Cancer du pancréas”, a-t-il dit. L’homme lui a expressément demandé de ne rien dire à sa mère, parce que c’était quelqu’un d’extrêmement impressionnable et que la nouvelle pourrait l’affecter de façon trop importante.

Le médecin, pour faire preuve d’éthique, donna le diagnostic à la femme. Elle fut prise d’une crise de nerfs et une semaine plus tard, mourut d’une crise d’hypertension.

La vérité créa chez elle une peur et une souffrance si grandes que la nouvelle suscita un plus grand mal que si elle était restée dans l’ignorance. Parfois, mentir aide, tout du moins jusqu’à ce qu’on trouve le meilleur moment pour dire la vérité.

De cette manière, on ne peut évaluer un mensonge que quand on prend en compte les raisons qui l’ont motivé et les effets que cela entraîne.

 Si l’intention est d’éviter un dommage plus grand, il est raisonnable de laisser de côté le thème moral et de se concentrer sur l’effet pratique de la vérité. Mentir n’est pas toujours critiquable.

Mentir pour tirer profit

Si le but de mentir est de satisfaire un désir égoïste ou de tirer profit de quelque manière que ce soit, la situation est très différente. Dans ce cas-là, le mensonge prend la valeur d’outil de manipulation.

On omet ou on dénature la vérité dans le but de mettre l’autre dans une position vulnérable : la vulnérabilité qui émerge quand on ne connaît pas une information qui compte vraiment et qu’il est pertinent de connaître.

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Ce type de mensonges aide uniquement ceux qui en sont à l’origine. Au lieu d’éviter une souffrance ou un conflit inutiles, ils les favorisent, au contraire. Il arrive la même chose quand on ment par peur d’affronter une vérité ou d’assumer une responsabilité. Plutôt qu’une façon de garder la situation sur de bons rails, c’est comme un poison qui contamine tout autour de lui.

Il y a aussi un autre type de mensonges qui sont même utilisés dans certaines formes de thérapie. Il s’agit de ces phrases qui ne sont pas très justes, mais qu’une personne se répète constamment à elle-même pour qu’elles agissent par autosuggestion.

Le fait de se dire : “Je vais bien et je vais aller mieux”, même si les événements indiquent autre chose. Dans ce cas-là, il s’agit d’un mécanisme similaire à celui d’une publicité pour laquelle “un mensonge répété des milliers de fois peut se transformer en vérité”.

Il nous arrive de nous tromper nous-mêmes pour surmonter un mauvais moment ou parce que, simplement, nous ne sommes pas prêts à faire face à une vérité.

Malheureusement, ce processus n’est pas toujours aussi conscient et nous finissons quelquefois par nous installer dans ces mensonges et par nous laisser emprisonner par eux.

Enfin, si à certaines occasions, le mensonge nous aide certainement dans les aspects vraiment pertinents, la vérité est d’une utilité bien plus grande. D’une manière ou d’une autre, n’oublions pas que la mensonge a un prix.

Si vous dites à quelqu’un qu’il cuisine mal ou que vous n’aimez pas ses plats, vous devrez continuer à les manger, si vous racontez un mensonge plus important, le prix peut être plus grand et ce mensonge peut mettre directement un terme à votre relation.

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