La stratégie thérapeutique qui convertit la colère en compassion

1 juin 2017 dans Emotions 571 Partagés

La colère est une émotion que l’on pourrait considérer comme vénéneuse et qui naît de la perception de menace et de danger. Son devoir, dans l’évolution, est de nous motiver pour lutter contre ce qui peut nous faire du mal et même porter atteinte à notre vie. Mais, comme toutes les émotions, bien régulée, elle contient une grande quantité d’énergie que nous pouvons utiliser en notre faveur.

Elle se manifeste généralement par une tension dans les muscles de la mâchoire, des battements accélérés du cœur, de la transpiration et surtout une sensation profonde d’injustice ou que l’on profite de nous d’une manière ou d’une autre.

Ainsi, la colère surgit dans un contexte de vulnérabilité. C’est un sentiment que ressent uniquement celui qui souffre ou qui a peur, et qui ne pense pas avoir les ressources pour affronter ce qui doit ou peut arriver.

En général, quand nous rencontrons quelqu’un plein de rage, nous le jugeons de manière négative, nous levons une barrière défensive et nous nous confrontons à lui. Ce comportement montre que nous comprenons très bien le pouvoir destructif de cette émotion. Nous savons qu’en plus de recevoir les dommages provoqués par cette rage, elle peut nous être transmise et nous pouvons entrer dans une spirale négative dans notre relation avec l’autre.

Que ce soit avec un client, un frère ou une sœur, notre conjoint, la colère est l’une des émotions qui mettent le plus à l’épreuve notre capacité à réguler nos émotions. Il est très facile, dans cette situation, que n’importe quel geste ou « bêtise » augmente son intensité. Nous finissons par perdre le contrôle et nous jetons tout notre désespoir sur la personne qui le mérite le moins.

Ressentir de la colère en vaut-il la peine ?

La réponse est non. La colère ne résout aucun problème, du moins aucun qui demande une solution rapide face à la menace et au danger de mort. Si c’était le cas, la colère demanderait une énorme dose d’énergie pour réagir rapidement et avec force face à cette menace.

Mais est-ce possible qu’il nous arrive quelque chose de cet ordre ? Aujourd’hui, nous ressentons de la colère car nous exigeons que tout fonctionne comme nous le voulons : avec les personnes qui nous entourent et dans notre propre vie. Mais c’est une illusion qui n’arrivera jamais. Nous pouvons ainsi dire que dans la majorité des situations dans lesquelles nous ressentons de la colère, il n’y a pas de grand danger pour nous. C’est notre esprit qui déguise les petites menaces en géantes.

Nous avons des attentes peu réalistes des autres ou nous attendons trop que la chance soit de notre côté. Ainsi, lorsque nous voyons que nos attentes ne se réalisent pas, nous tombons dans la frustration et celle-ci nous amène à ressentir de la rage.

Sachez que cette rage intérieure met toutes vos ressources en action et vous fait agir contre le problème, mais que ce problème n’est pas un problème en soi : c’est la vie, la réalité et contre tout cela, il y a des stratégies bien plus intelligentes. Personne ne peut « à coups d’exigences » modifier ce qui s’est passé, se passe ou se passera.

Comme nous l’avons dit précédemment, quand nous voyons quelqu’un d’énervé, nous avons aussi tendance à nous défendre. Une défense qui implique souvent de faire ressortir notre propre colère en partant du principe que « cette personne ne devrait pas... »

Une exigence mène à une autre exigence et ainsi, jusqu’à ce que les deux adversaires se fatiguent et terminent leur dispute. Cela ne vaut donc pas la peine de ressentir de la colère envers celui qui se comporte mal avec nous.

Changer la colère en compréhension et en compassion

La compassion est un grand vaccin contre les dommages dont nous souffrons lorsque nous sommes exposés à la colère des autres. Si nous pensons que la personne coléreuse n’est pas consciente et qu’elle agit sous le coup de l’émotion qui l’envahit, il sera plus simple de contrôler notre colère et même d’intervenir pour la calmer.

Si on pense de cette façon, en laissant de côté les exigences absolutistes, il sera impossible de ressentir de la rage pour cette personne. Contrairement à ce que l’on peut croire, si nous sommes capables de changer nos pensées, nous ressentirons de la compassion pour cette personne.

Nous pourrions dire que l’on se met alors à sa place, que nous exerçons notre empathie et que nous comprenons qu’elle utilise un mécanisme de défense car elle pense qu’elle est en danger.

Évidemment, pour pouvoir réussir à penser ainsi, il faut compter sur de bonnes réserves d’amour propre -et non pas d’ego- et être bien sûr-e de soi. C’est la seule manière de ne pas se sentir menacé/e, de laisser de côté son orgueil et d’agir avec amour envers les personnes qui veulent nous faire du mal ou qui le font sans mauvaises intentions.

Vous pensez sûrement qu’il s’agit d’une attitude conformiste et que personne ne veut se faire marcher dessus. Peut-être que vous avez raison, mais seulement en partie. L’assertivité, cette capacité à mettre des limites et à exprimer ses droits sans faire de mal à l’autre est l’option que l’on peut choisir quand quelqu’un nous fait souffrir. Sachez que l’assertivité est une action guidée par notre conscience et grâce à laquelle nous sauvegardons notre intégrité sans blesser l’autre. Rien à voir avec une réaction disproportionnée ou instinctive.

Ainsi, quand vous percevez de la rage autour de vous, essayez de transformer cette information au-delà de la position défensive que vous avez spontanément envie d’adopter. Si vous voyez qu’elle vous dépasse, mieux vaut que vous sortiez de la situation avant qu’elle ne vous envahisse. Plusieurs personnes qui agissent dans mesurer les conséquences de leurs actes aboutit à une explosion qui peut faire beaucoup de mal.

Pour conclure, sachez qu’il y a une différence claire entre agir sous la colère et ne pas agir. Nous nous référons notamment aux situations de maltraitance. Même si le maltraitant agit sous l’influence de la colère et en tant que victime, on peut le comprendre, nous sommes obligé-e-s de le dénoncer par respect pour nous-même et pour toutes les personnes qui pourraient devenir ses victimes potentielles. Et même pour lui, pour qu’il puisse recevoir de l’aide.

Sachez que la compréhension a un pouvoir merveilleux, mais qu’elle ne doit jamais être un frein pour agir avec fermeté quand notre vie est en danger. C’est là que la colère peut nous apporter ce courage et cette énergie extra dont nous avons besoin pour aller au commissariat et déposer une plainte.

Lisez aussi : Personne ne nous met en colère, nous nous fâchons nous-mêmes en ne nous contrôlant pas

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