Ce qui sort de notre coeur n’atteint pas toujours le coeur des autres

20, mars 2017 dans Psychologie 480 Partagés

Ce qui sort de notre coeur n’atteint pas toujours le coeur des autres. Cela nous est tou-te-s déjà arrivé au moins une fois : faire quelque pour une personne avec une immense affection, et ne recevoir en réponse que la saveur de l’indifférence. C’est comme si la bonté, loin de parler un langage universel, se perdait parfois en étranges dialectes.

Ainsi, nous ne parlons donc pas seulement de la dissonance qu’il existe entre ce que l’on donne et ce que plus tard on reçoit, mais nous faisons aussi référence à cette sensation désolante provoquée par le coeur des autres qui ne voit pas, qui ne sent pas ni ne perçoit ce que l’on fait pour lui. Bien évidemment, l’amour est invisible, mais si les autres ne le devinent pas au travers de nos actes, c’est comme si d’une certaine façon, rien n’était ressenti.

Certain-e-s expert-e-s en sciences du comportement et de l’entreprise nous disent qu’en réalité, la bonté est un frein au succès social. D’une certaine façon, la personne noble qui agit toujours avec honnêteté ira de déception en déception dans cette complexe rivière de la compétitivité qui définit notre monde moderne.


«Aucune ingratitude ne ferme un grand coeur, de même qu’aucune indifférence ne le fatigue.»

– Léon Tolstoï –


C’est quelque chose que nous savons tou-te-s. Cependant, malgré tout, nous sommes nombreux-ses à choisir de toujours agir de cette façon. Car la bonté, le fait de faire les choses depuis le coeur, est une valeur personnelle à laquelle il vaut la peine de consacrer du temps et des efforts. Cependant, on ne peut pas le nier : les déceptions blessent.

L’amertume de ne pas se sentir reconnu-e-s blesse. Car personne n’agit avec égoïsme lorsqu’il attend que son compagnon/sa compagne, sa famille ou son/sa supposé-e meilleur-e ami-e perçoive ces petits actes qu’elle fait avec amour. Car parfois, aimer, c’est renoncer, et cette concession se fait aussi de manière sincère. Pourtant, malheureusement, les coeurs des autres se trouvent parfois suspendus à d’autres syntonies, à d’autres canaux…

Le coeur noble et son île de solitude

Quand une personne fait quelque chose avec son coeur, elle harmonise de multiples dimensions. On fait éloge à l’identité propre, à la valeur de la réciprocité, au désir de favoriser le bien, de conférer du bien-être, de la joie et de l’illusion. La personne qui agit avec bonté devrait se sentir, effectivement, réaffirmée en voyant que toute l’énergie investie à faire le bien, fonctionne. Que son but a une fin utile. Cependant, les choses ne se passent pas toujours ainsi…

Loin de trouver une congruence entre ce que l’on fait et ce que l’on espère trouver, ce qui a lieu parfois est une triste injustice. On pourrait donner de nombreux exemples et parler des personnes âgées qui ont tout donné par le passé pour le bien de leurs enfants et qui maintenant sont récompensées par la solitude. Un bon exemple serait également celui de l’adolescent-e qui cherche à s’intégrer avec respect, affection et proximité au sein de son groupe de pairs et qui est reçu-e avec moqueries et insultes.

On ne peut pas oublier non plus le compagnon/la compagne qui soigne les détails, qui inclut le bonheur de la personne qu’iel aime dans les premiers postes de sa liste des priorités, qui s’inquiète, qui construit, qui investit… Si rien de cela ne se voit, si rien de cela ne se valorise, c’est que cet amour ne sert à rien. Ne vaut rien. C’est un substitut d’amour qu’il vaut mieux reformuler ou dissiper.

Quiconque fait les choses avec le coeur et n’est pas reconnu, finit par vivre peu à peu sur son île de solitude. D’une certaine façon, dans ce cas-là, on finit par ressembler un peu à Prospero, le personnage de La Tempête de William Shakespeare ; cet homme, après avoir été blessé par l’adversité et la trahison, finit isolé sur une île solitaire en compagnie de sa fille, dans un monde féerique, calme et spirituel où inévitablement la seule protagoniste est toujours la tristesse.

Il faut vivre avec intégrité : ne renoncez pas à ce que vous êtes 

Comme l’a déjà dit Tolstoï, aucune ingratitude ne ferme un grand coeur, de même qu’aucune indifférence ne le fatigue. On se sentira seul-e, cela ne fait aucun doute. Cependant, parfois, agir avec honnêteté a un prix, et si c’est celui de la tromperie, alors il faudra l’assumer. Il sera toujours mieux d’être soi-même plutôt que de vivre avec l’incongruence d’aller à l’encontre de nos racines. De notre être véritable.

Or, pour survivre dans ce monde complexe – et dans le quotidien de nos relations – il convient d’intégrer une série «d’ancrages» émotionnels et cognitifs auxquels se raccrocher pour éviter plus de dommages collatéraux. Car la bonté n’est pas synonyme d’authenticité, mais du courage de quelqu’un qui est fidèle à ce que lui dicte son coeur.

  • On ne doit pas devenir des serviables professionnel-le-s : il n’y a pas plus grande source de souffrance que celle de celleux qui essaient de rendre tout le monde heureux.
  • N’allez jamais à l’encontre de vos propres besoins pour agir «selon ce que l’on pense que l’autre attend de nous» : la vie n’est pas si compliquée.
  • Il n’est pas bon non plus de s’obséder avec le fait d’être récompensé-e pour chaque chose que l’on fait : la bonté n’exige pas des hommages, il lui suffit d’agir en synchronie avec ses valeurs.
  • Souvenez-vous que le dévouement constant ne renforce pas votre estime de vous-même : parfois, cela nous oblige plutôt à enterrer nos illusions. Ainsi, n’hésitez pas non plus à «vous dévouer à vous-même» de temps en temps. Ainsi vous gagnerez également en santé et en équilibre personnel.
  • Comprenez aussi que celleux qui sont aveugles face aux petits actes d’amour quotidien le seront aussi face à tout le reste. Car le véritable amour n’a pas besoin de grandes démonstrations pour être reconnu.

L’art du bon amour est sage et se rattache aux petits détails, ceux qui s’offrent depuis le coeur…