S’éloigner pour prendre du recul, l’art de réfléchir à distance

18 juillet 2019
Prendre nos distances est un bon moyen de soulager notre anxiété et de prendre un contact plus authentique avec notre personne et nos besoins. Pour ce faire, il ne suffit pas de prendre un avion. En fait parfois, il ne suffit que d'une balade en solitaire pour calmer notre esprit et "y voir plus clair".

Parfois, il vaut la peine de s’éloigner pour faire le point. En prenant nos distances avec ce qui nous entoure, nous pourrons prendre de meilleures décisions, éclaircir nos idées, nos désirs et nos émotions. Y parvenir n’est pas chose simple car la majorité d’entre nous sommes très attachés à la réalité immédiate qui est emplie de stimuli et de pression. Cependant, mener cet exercice peut être quelque chose de très bénéfique.

Il existe un fait très curieux. Les personnes sont très habiles pour prendre leurs distances et s’éloigner à chaque instant. Nous y parvenons grâce notre esprit hyperactif et vagabond. Nous faisons référence à notre esprit qui se perd dans son propre labyrinthe de préoccupation, de pensées ruminantes et de souvenirs. Ce type de processus mentaux ne nous aide pas. Ils sont inutiles et nous placent généralement en état de grand épuisement.

Dans son livre Focus, Daniel Goleman nous rappelait le besoin de travailler sur notre attention. Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous pouvons y parvenir en appliquant une certaine distance. En fait, le cerveau est capable de lever l’ancre de la rumeur mentale inutile et immédiate pour se placer dans un espace silencieux dans lequel il sera possible de positionner le regard sur ce qui est important.

Voyons dans la suite de cet article comment y parvenir.

jeune fille qui essaie de s'éloigner mentalement

Prendre ses distances pour y voir plus clair : la clé d’une meilleure prise de décisions

En psychologie, un nouveau terme fait son apparition et il est important de le garder en tête. Nous faisons référence à la prise de distance personnelle. C’est un concept intéressant qui permet de mieux gérer son stress et son anxiété. Il permet également de prendre de meilleures décisions et de renforcer le processus créatif.

Cette technique peut compter sur différentes études comme celle menée au Département de Psychologie de l’Université de Californie en 2018. Les docteurs Michael Duckworth et Al Kross ont fait remarquer que le simple fait de reposer nos yeux sur un cadre reposant mais attrayant nous aide à prendre psychiquement de la distance avec la réalité immédiate, ce qui nous permet de nous reconnecter avec nous-même. C’est une stratégie d’auto-suggestion.

Pour cette raison, le fait de prendre nos distances ne revient pas obligatoirement à faire nos valises. Il n’est pas nécessaire de parcourir des kilomètres pour établir une séparation physique entre notre quotidien et notre environnement. Apprendre à s’exercer à la prise de distance mentale nous permettra de profiter de nombreux bénéfices quasiment inespérés.

L’art de voir le monde à la deuxième personne

S’il y a bien une chose sur laquelle la psychologie insiste, c’est notre besoin d’apprendre à être présents. Nous devons être capables d’être en harmonie avec nos pensées et nos besoins. Cependant pour ce faire, il est parfois nécessaire de s’éloigner, de prendre de la distance avec nous-même et d’observer le monde à la deuxième personne.

Nous nous demanderons certainement quel est le sens de cela ? C’est un mécanisme idéal pour réduire l’impact des émotions. Nous pouvons ainsi nous parler avec amabilité et de manière directe. Cela nous permet également d’analyser notre monde interne avec objectivité, calme et pleine conscience. Pour y arriver, il n’y a rien de mieux que de se rendre dans un lieu tranquille et d’avoir un dialogue interne. Pour cela, nous pouvons utiliser ces phrases comme exemple :

  • Qu’est-ce qui te préoccupe ?
  • Qu’est-ce qui te conviendrait le plus maintenant ?
  • Que pourrais-tu faire pour résoudre ce problème ?
  • Rappelle toi que tu mérites d’être heureux, tu dois être courageux. Tout ira bien.

La prise de distance personnelle est un moyen de désactiver l’espace d’un instant le chahut égocentrique et d’évaluer si notre réalité est un état émotionnel paisible éloigné de notre « moi » central.

déconnecter totalement

La distance psychologique comme outil de bien-être

Ceux qui décident de s’éloigner pour y voir plus clair n’ont pas besoin de franchir des kilomètres. Parfois, le fait d’aller à l’autre bout d’un continent ne suffira pas à apaiser notre préoccupations et problèmes, gardez cela en tête. Ce qui nous sera d’une grande aide sera de réaliser une prise de distance psychologique.

La distance psychologique est un phénomène qui compte sur plusieurs études. Ces dernières ont analysé son bénéfice vis-à-vis de la santé mentale. Le docteur Yaacov Trope, professeur en psychologie à l’Université de New-York, a réalisé un travail intéressant dans lequel il nous explique que :

  • Parfois, il est nécessaire d’aller au-delà de notre « moi », au-delà de « l’ici et maintenant ». Il s’agit de faire voyager notre esprit vers un état de calme qui nous permettra de relativiser vis-à-vis d’instants de stress et de pression élevée. C’est un bon moyen d’empêcher certains circonstances, comportements ou stimulations de trop nous affecter
  • Cette distance psychologique nous permet également d’adopter un dialogue plus sain à notre égard. Nous pouvons désormais dire « Ne laisse pas cela t’affecter », « pense à ce qui est le mieux pour toi », « choisis ce qui générera en toi du bien-être ».

Pour conclure, le fait de s’éloigner et de prendre ses distances  permet parfois d’améliorer l’équilibre psychologique. Si nous nous entraînons, nous pouvons prendre cette distance psychologiquement et mieux gérer les situations stressantes du quotidien. Néanmoins, comme nous le savons, la distance physique (comme par le biais d’un voyage par exemple), peut également se montrer très thérapeutique et enrichissante.

 

  • Trope, Yaacov, Liberman, Nira (2010) Construal-level theory of psychological distance. Psychological Review, Vol 117(2), Apr 2010, 440-463 https://psycnet.apa.org/doiLanding?doi=10.1037%2Fa0018963
  • White, R. E., Kuehn, M. M., Duckworth, A. L., Kross, E., & Ayduk, Ö. (2018). Focusing on the future from afar: Self-distancing from future stressors facilitates adaptive coping. Emotion. Advance online publication.