L’agacement, une émotion qui séduit notre dialogue interne

· 14 décembre 2016

L’agacement est une émotion qui séduit notre dialogue interne, qui séquestre nos pensées, nos mots et nos actes.

Une arme défensive qui, mal utilisée, peut se retourner contre nous et causer de réels dommages si on la laisse grandir.

Que cela nous plaise ou non, on a pu vérifier à de nombreuses occasions que c’est inévitable, sans doute parce que l’agacement est un outil naturel de notre évolution pouvant nous permettre de faire face aux injustices que l’on perçoit.

Le fait qu’un enfant réclame avec insistance à son frère de lui rendre son jouer n’est autre qu’une façon pour lui de faire valoir ses intérêts et d’éviter de voir son intégrité diminuée.

Un problème se posera dans le cas où l’enfant ne sortirait pas de sa protestation et ne pourrait pas gérer l’évolution de l’agacement ressenti.

Autrement dit, s’il ne passe pas à autre chose et qu’il reste obsédé par l’idée qu’on lui a volé son jouer, rapidement, son système physiologique et cognitif sera attrapé dans une spirale de sentiments et de pensées négatives qui empêcheront sa progression.

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L’idée de vulnérabilité qui se cache derrière l’agacement

Généralement, on n’aime pas manifester de l’agacement en public, car on sait que cela implique une condamnation de nos qualités personnelles et émotionnelles.

On a peur de l’exprimer, car on a tendance à réellement laisser aller notre agacement chez nous uniquement, en compagnie de ces personnes qui nous connaissent et qui, par conséquent, ne nous jugent pas.

Dans notre société, cette émotion, injustement traitée, est mal vue. Cependant, comme nous l’avons souvent précisé sur ce site, le fait de manifester notre agacement nous permet de mieux comprendre ce qui nous gêne, et nous donne l’opportunité de nous analyser ainsi que de trouver un certain équilibre.

Une des principales raisons pour lesquelles on a tendance à punir l’expression de l’agacement, c’est qu’on le confond souvent avec de la colère, ou l’expression démesurée et incontrôlée de notre gêne.

Autrement dit, une tendance à exploser et à se mettre à crier, sourcils froncés, quand quelque chose nous dérange.

Or, peut-on vraiment dire qu’agacement et colère sont deux choses différentes ? Que la colère résulte plutôt d’une mauvaise gestion des choses qui nous énervent et nous tourmentent ? On fait une montagne d’un rien car on n’a pas su gérer notre agacement à temps.


Quand on ne prend pas conscience de cette émotion et qu’on ne prend pas la peine de l’exprimer, « ce qui nous dérange » devient un carrefour émotionnel puissant qui séquestre notre esprit, notre cerveau et notre corps.


Pourquoi ? Car nous faisons de faits isolés un foyer continu de notre attention, nous imposant alors à nous-même de nous débarrasser d’une boule de neige émotionnelle qui n’a de cesse de rouler et de prendre de plus en plus d’ampleur.

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Compréhension et expression, les premières étapes de l’apaisement

Quand on prend conscience de nos sentiments et de nos émotions, on est alors plus à même de les gérer et les rendre utiles, pas néfastes.

Cela nous permet de libérer une grande partie de la charge affective engendrée par l’arrivée d’humeurs négatives et potentiellement menaçantes pour notre équilibre.

En revenir à l’exemple de l’agacement ressenti par l’enfant à qui on a volé un jouet, cela nous aide à nous rendre compte qu’il est normal de promouvoir l’égalité au moyen de la protestation et de la demande que soit restaurée la liberté violée.

Or, comme nous l’avons dit, une fois que la colère surgit face à la menace physique ou psychique, il est important que l’on s’occupe de ces sentiments et émotions qui sont nés en nous.

Dans le cas contraire, on se verrait dominé par des pensées et des actions qui ne fomentent que le mal-être sans s’inquiéter de résoudre le problème.

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Anatomie de notre cerveau émotionnel lorsque nous sommes agacé

Quand on perçoit au travers de nos sens qu’une injustice ou une offense a été commise par rapport à nous-même ou à quelque chose qui relève de notre intérêt personnel, notre système limbique (amygdale et structures adjacentes) reçoit une étincelle qui met la machine en marche.

En d’autres termes, notre système nerveux s’active et, avec lui, notre corps et notre esprit « s’allument » pour donner lieu à l’action.

De son côté, le néocortex se charge de calculer et de permettre une réaction plus ou moins adaptée à la situation.

La décharge limbique suppose donc la libération de catécholamines, ce qui nous permet de réagir de façon décidée et rapide.

Dans ces moments-là, si l’activation est haute, notre température corporelle peut augmenter ; nos joues peuvent se réchauffer, nos phalanges pâlir, et nos esprit aller à mille km/h.

D’autre part, l’activation de la branche adrénocorticale fomente une activation prolongée qui nous prédispose à l’action pendant plus longtemps.

Cette hypersensibilité parvient à dominer notre esprit, lequel tend à se nourrir de nos pensées négatives.

Autrement dit, chaque petite stimulation fomentera ainsi de plus en plus notre agacement et notre incapacité cognitive, car on ne sera plus à même de raisonner correctement.

Cela nous mènera à sous-estimer les pensées qui pourraient pourtant freiner l’ascension de la colère.

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La distance émotionnelle, nécessaire pour calmer l’agacement

Comme nous l’avons vu, le secret pour gérer l’agacement de façon correcte consiste à calmer l’excitation. Deux méthodes sont possibles :

  • Prendre de la distance physique et émotionnelle par rapport à la situation afin d’éviter que la décharge d’adrénaline ne nous domine et s’alimente au travers de l’irritabilité qui règne.
  • Freiner notre dialogue interne, c’est-à-dire nous distraire et en n’accorder aucune validité aux pensées qui dominent notre esprit.

C’est ce qui nous fait affirmer que l’agacement est une émotion qui séduit notre dialogue interne en avançant des arguments « plus que convaincants » qui prouvent que les choses qui nous ont énervé sont l’origine de tous les maux.

Toutes nos pensées hostiles finissent par former la chaîne de l’agacement, jusqu’à être tellement longue qu’elle se transforme en colère.

C’est pourquoi, si l’on remet en question certains des maillons de cette chaîne prenant la forme de raisonnements catégoriques, on peut alors apaiser la scène mentale engendrée par un mal-être démesuré.

Ainsi, peu à peu, le feu disparaîtra dès lors qu’on arrêtera d’y jeter le bois qui l’alimente. Cela nous permettra d’envisager la situation loin de ces chaînes qui nous dominaient auparavant.

C’est la première étape à franchir sur le chemin du bien-être émotionnel.

Lecture conseillée à ce sujet :

Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, 2001