Se laver les mains ne permet pas d’assainir la conscience

20 juillet 2016 dans Psychologie 2 Partagés

Les évangiles nous racontent que Ponce Pilate, après avoir condamné à mort Jésus au nom du peuple, tenta de se dédouaner de toute forme de responsabilité à ce sujet en se lavant les mains.

Les conséquences de sa décision et sa culpabilité dans la mort du prophète lui semblaient alors complètement effacées.

Cette expression, restée gravée dans notre inconscient collectif depuis la nuit des temps, forme partie de notre langage quotidien et s’utilise de manière péjorative.

« Je m’en lave les mains » signifie, peu ou prou : « Je nie toute responsabilité dans ce qui a pu se passer et je suis exempt de tout reproche« .

Comme nous le savons tous, elle s’emploie lorsque quelqu’un est conscient qu’il existe une forte pression qui pèse sur une prise de décision quand il existe de multiples choix, et qu’il décide d’en choisir une sans pour autant l’assumer.

S’en laver les mains est donc un acte de couardise, de lâcheté, qui transfère la responsabilité d’une situation sur le dos de quelqu’un d’autre.

Tôt ou tard, cet acte se paie. Il est probable qu’il permette de retirer un poids des épaules de celui qui s’en lave les mains, mais sa conscience est salie par ce geste et son honneur est souillé à jamais.

Il est plus facile d’éviter les responsabilités que les conséquences

Toutes les décisions pèsent de tout leur poids sur les personnes qui les ont prises. Il est donc difficile de trouver des personnes pour les prendre avec responsabilité et éthique.

C’est quelque chose que nous connaissons tous, car lorsque nous sommes face à une situation compliquée, nous sommes souvent tentés de partager le fardeau d’une décision que nous n’avons pas envie de prendre.

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Dans ces situations, très communes dans l’environnement familial ou professionnel, ce qui se produit est qu’une personne tente d’éviter la responsabilité qui pèse sur elle de prendre une décision, de rechercher des solutions ou d’affronter un mauvais moment : cela lui demande moins d’efforts et c’est infiniment plus simple.

Cependant, cette personne oublie que, par action ou par omission, elle est au cœur du problème et qu’elle finira par devoir en supporter les conséquences.

En d’autres termes, montrer du désintérêt pour quelque chose qui lui incombe ne va pas la libérer de ce poids.

Ce doux rêve peut se terminer brutalement : la conscience est un juge honorable qui valorise certains comportements et qui dicte ses propres sentences.

« Je préfère le témoignage de ma conscience à tous les discours qu’on peut tenir de moi.« 
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-Cicéron »
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Une expérience scientifique

Comme le relatait la chaîne américaine ABC, des études scientifiques révèlent que le fait de se laver les mains (littéralement) après un conflit, permet de réduire notre mal-être et de justifier notre manière d’agir.

L’eau paraît nous aider avec le sentiment de culpabilité et avec le remord. L’Université du Michigan s’est penchée sur le sujet et a réalisé une expérience pour le prouver.

Les scientifiques ont donné à un groupe de personnes une série de dix CD, qu’ils devaient classer en fonction de leurs préférences.

Ils leur ont ensuite demandé de choisir entre celui qu’ils avaient classé en 5ème position et celui qui se trouvait à la 6ème place.

Après avoir suivi cette petite expérience, la moitié des participants devaient se laver les mains avec du savon, quand les autres devaient se contenter de regarder un morceau de savon.

A la fin de ce processus, les scientifiques ont demandé aux deux groupes de reclasser les CD.

Ceux qui s’étaient lavés les mains ont conservé leur classement initial, alors que les autres ont quasiment inversé leur classement, mettant les CD qu’ils avaient affirmé avoir préféré tout en bas de la pile.

Pour les chercheurs, les personnes qui ont été obligées de se laver les mains n’ont pas ressenti le besoin postérieur de justifier les décisions qu’ils avaient prises auparavant.

A l’inverse, ceux qui n’ont pas été obligés de se laver ont revu leur classement car ils avaient besoin de justifier leurs décisions.

Se laver les mains ne veut pas dire qu’elles sont propres

Pour abonder dans le même sens que l’étude que nous venons de citer, nous pouvons nous pencher sur l’utilisation de l’eau dans les différents univers religieux du monde : c’est un symbole de purification de l’âme qui nous permet de nous laver de nos pêchés.

Il est fort probable que l’expression originelle de Ponce Pilate fasse référence non seulement à une certaine déresponsabilisation, mais également à une tentative d’amoindrir ses remords.

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Cependant, de manière concrète, le fait de se laver les mains ne signifie pas qu’elles soient propres : nous avons tous commis l’erreur de vouloir nous désintéresser de quelque chose, à un moment de notre vie, tout simplement parce que nous ne sommes pas parvenus à le surmonter.

Cette décision nous a alors accompagné toute notre vie, et elle est un fardeau contre lequel nous ne cessons de lutter.

Avoir mauvaise conscience est semblable au fait d’avoir un ami maléfique duquel il nous est quasiment impossible de nous défaire.

La morale éthique nous rappelle sans cesse que nous avons mal agi et ne nous laisse pas tranquilles : nous ne parvenons pas à récupérer notre paix intérieure.

La conscience, lorsqu’elle est souillée, nous apprend à grandir avec nos erreurs, à être plus solidaires et à revoir nos valeurs.

Illustration principale de Valeri Tsenov

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