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La renaissance de l'antipsychiatrie

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La renaissance de l'antipsychiatrie
Dernière mise à jour : 23 septembre, 2017

L’antipsychiatrie est un mouvement polémique qui a surgi à la fin des années 60 et au début des années 70, au XXème siècle. L’un de ses principaux instigateurs fut le psychiatre hongrois Tomas Szasz, qui était également professeur dans ce domaine à l’Université de Syracuse à New-York. Cependant, la personne qui donna ce nom à ce mouvement fut David Cooper, en 1967.

Le mouvement antipsychiatrique, comme son nom l’indique, s’est déclaré contre la théorie et la pratique de la psychiatrie, du moins contre la manière dont elle s’exerçait jusqu’alors. Les partisan-e-s de cette tendance ont affirmé qu’il s’agissait d’une pseudoscience car elle avait des bases très fragiles. Par ailleurs, iels ont indiqué qu’au lieu d’être une discipline médicale, elle opérait plutôt comme une idéologie qui cherchait à exercer un contrôle sur l’esprit humain ; pour cela, elle utilisait des étiquettes comme celles de la “normalité” et de “l’anormalité”.


“La santé mentale a besoin d’une grande quantité d’attention. Il s’agit d’un grand tabou final et elle doit être prise en charge et résolue.”

-Adam Ant-


Cette tendance a eu un grand impact en raison de ses approches révolutionnaires et a réussi à se transformer en une voix pertinente et efficace contre des traitements aussi polémiques que la lobotomie et les électrochocs. Elle a perdu de la force au fil du temps mais elle n’a jamais véritablement disparu. Désormais, il semblerait que nous assistions à sa renaissance, grâce à la docteure Bonnie Burstow, professeur à l’Université de Toronto, qui a récemment créé une bourse d’antipsychiatrie dans son centre éducatif.

Les questionnements de l’antipsychiatrie

L’antipsychiatrie est un mouvement qui intègre des psychiatres, des psychologues, des médecins, des philosophes et beaucoup de “malades mentaux”, que l’on appelle les “survivant-e-s”. Pour elleux, et pour le dire simplement, la maladie mentale n’existe pas en tant que telle. L’un de leurs principaux arguments est que, jusqu’à présent, il n’existe aucune preuve clinique indiquant que l’esprit tombe malade. Ni les scanners cérébraux, ni les tomographies, ni aucun autre type d’examen n’a apporté une preuve nous permettant de parler de l’existence de la maladie mentale.

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Les membres du mouvement antipsychiatrique se sont également manifesté-e-s contre la manière dont sont définies et classifiées les supposées pathologies mentales. Selon elleux, il n’y a pas de méthode scientifique au sens strict derrière la pratique psychiatrique. Les “maladies mentales” sont devenues des maladies en raison du vote d’environ 3000 psychiatres nord-américains.

À leur époque, ils ont durement critiqué la façon dont la lobotomie a été implantée pour faire face aux “maladies mentales”. Son inventeur, Egas Moniz, a réalisé l’extirpation du lobe préfrontal d’un singe et, comme ce dernier a affiché un comportement plus paisible, il a commencé à faire la même chose chez les humains. Il a reçu le Prix Nobel pour cette “invention”, qui n’était basée que sur une expérience avec un seul chimpanzé.

L’antipsychiatrie dénonce le fait que les médicaments sont pratiquement des lobotomies chimiques et que, au lieu de guérir les patient-e-s, ils les mènent progressivement vers la détérioration et la mort. Selon les partisan-e-s de l’antipsychiatrie,  les psychothérapies sont beaucoup plus utiles car la “maladie mentale” n’est pas biologique mais symbolique et culturelle.

Bonnie Burstow et l’antipsychiatrie

Même si beaucoup de personnes dans le monde continuent à remettre en question la psychiatrie biologique, celle-ci s’est imposée comme traitement dans presque tous les systèmes de santé. Selon les antipsychiatres, ceci c’est produit car traiter les personnes qui ont des problèmes avec des médicaments revient moins cher et est beaucoup plus rentable. L’industrie pharmaceutique serait responsable de tout cela. Tandis qu’une pastille réussit à calmer en une demi-heure une personne qui, par exemple, est très angoissée, il faudra beaucoup d’heures de thérapie pour éradiquer cette même angoisse.

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L’effet des médicaments psychiatriques a été remis en cause au cours de diverses études. On ne note une amélioration réelle que dans très peu de cas. C’est plutôt le contraire qui se produit : les graves effets secondaires de ces médicaments affectent sévèrement le corps et l’esprit des patient-e-s.

Tous ces principes ont été repris par la professeur Bonnie Burstow. Le fait qu’elle ait créé une bourse pour l’antipsychiatrie constitue un premier pas pour institutionnaliser ce courant de pensée. Il constitue un véritable tournant. Une bonne partie des psychiatres cataloguent tout ce mouvement comme de la pure idéologie, sans aucune base scientifique.

Ils assurent qu’il s’agit d’une attaque sans le moindre sens, qui est davantage liée à la politique qu’à la science. Cependant, il est vrai que certaines preuves qui appuient actuellement l’existence des “maladies mentales” sont, au minimum, douteuses.

Bonnie Burstow promeut le traitement des conditions mentales problématiques (l’antipsychiatrie refuse l’étiquette de maladie, comme nous l’avons dit auparavant) à travers diverses formes de psychothérapies basées sur la conversation. Celles-ci ont même été appliquées chez des personnes souffrant de schizophrénie et, dans certains cas, de bons résultats ont été obtenus, surtout avec les personnes qui n’étaient pas très déséquilibrées.

Il est vrai qu’une bonne partie des psychiatres abusent des médicaments, mais il est aussi vrai que ces médicaments aident beaucoup de personnes dans des situations extrêmes. En ce sens, les médicaments seraient positifs pour compenser la symptomatologie de la personne, en donnant la possibilité d’avoir recours à une thérapie efficace. Ainsi, la meilleure chose est peut-être un dialogue constructif entre la psychiatrie et l’antipsychiatrie pour avancer dans un domaine aussi difficile et pour que la synthèse de cette conversation aboutisse à un traitement plus humain et efficace pour les personnes qui ont besoin d’aide.

 

Image principale de John Holcroft

 

 

Ce texte est fourni à des fins d'information uniquement et ne remplace pas la consultation d'un professionnel. En cas de doute, consultez votre spécialiste.