Comment pensent les esprits confrontés à un conflit sans fin ?

18 avril 2017 dans Psychologie 64 Partagés

Imaginez vivre un conflit sans fin. Vous lever chaque matin et penser qu’il existe de fortes probabilités que ce soit le dernier ? Malheureusement, il y a des gens qui n’ont pas besoin de l’imaginer. Ce sont ceux qui vivent chaque jour de plus en plus immergés dans un conflit qui semble ne jamais en finir.

Nous appelons conflits sans fin les conflits ou les guerres qui durent dans le temps et pour lesquels la solution ne semble pas arriver ni même se dessiner. La solution à ces conflits est difficile à obtenir et leur durée dans le temps produit de gros dégâts chez les personnes qui les vivent directement, que ce soit d’un point de vue neutre ou du point de chacun des deux parties.

Les gens qui se retrouvent obligés de vivre ces situations pendant très longtemps finissent pas développer des structures mentales qui leur permettent de réduire les conséquences du conflit sur leur vie. La partie négative est que ces structures rendent très difficile l’obtention de la paix.

“L’Homme ne sera pas sage tant qu’il n’aura pas résolu tous les types de conflits avec les armes de l’esprit et non pas avec les armes physiques”

-Werner Braun-

Qu’est-ce qu’un conflit intraitable ?

Les affrontements, pour devenir intraitables, doivent présenter certaines caractéristiques. Voici certaines d’entre elles :

  • Avoir un caractère violent. La violence peut être physique, structurelle ou symbolique.
  • Présenter un longue durée dans le temps.
  • Le conflit doit être central et total. La vie de celleux qui en sont affecté-e-s est également affectée. Il devient une inquiétude permanente et la satisfaction des besoins n’a lieu que lorsque le conflit le permet.
  • La sécurité est un besoin constant dans les vies de celleux qui sont plongé-e-s dans le conflit.
  • Il y a une perception d’insolubilité. Les parties qui s’affrontent ne reconnaissent pas les requêtes de leurs opposant-e-s.

“Pour éviter les conflits, ta langue ne doit pas être en avance sur ta pensée.”

-Juan Carlos Flores Legorreta-

Connaissez-vous un conflit avec ces caractéristiques ? Bien sûr. Aujourd’hui, le conflit en Syrie et en Irak rentre exactement dans cette définition, mais ce n’est pas le seul.

L’évolution de l’esprit dans les conflits

La psychologie des personnes qui se voient affectées par ces conflits souffre de changements. Les expériences négatives qu’elles doivent affronter font que leurs structures socio-pyschologique se modifie. Cette structure est composée de trois éléments qui sont connectés entre eux :

  • La mémoire collective : Ce sont les croyances sociales en lien avec l’histoire du conflit et qui décrivent le commencement, la progression et les événements les plus importants qui se sont passés pendant le conflit. C’est une mémoire sélective qui ne se souvient que des événements qui favorise ses raisons. Cette mémoire collective inclut différents types de mémoire comme la mémoire populaire, la mémoire officielle, la mémoire autobiographique, la mémoire historique et la mémoire culturelle. Sa retransmission est réalisée via les nouvelles.
  • L’ethos de l’affrontement : Ce sont les croyances partagées sur les caractéristiques de la société et la signification de l’identité sociale. C’est une vision organisée du monde qui permet aux membres de la société de comprendre le contexte du conflit dans lequel ils vivent et qui guide leurs comportements. Les principales croyances sont la justice des objectifs du groupe, une image positive, la victimisation, la délégitimation de l’opposant, le patriotisme et l’unité.
  • L’orientation émotionnelle collective : C’est la tendance à exprimer des émotions particulières. Les émotions les plus communément exprimées sont la peur, la colère et la haine, mais aussi l’humiliation, l’orgueil et l’espoir.

Les conflits depuis le canapé

Cette structure fournit une explication claire, holistique et avec une signification de la raison pour laquelle le conflit a débuté, pourquoi il se maintient et pourquoi il va pas se résoudre. Or, ce que nous voyons, nous, c’est le conflit depuis le calme de notre maison et nous n’avons pas la même structure socio-psychologique.

“La position dans un conflit… Elle ne se limite pas souvent à la décision que l’on prend, mais à ses conséquences.”

-Luis Gabriel Carrillo Navas-

Nos opinions sur le conflit seront différentes de celles de celleux qui s’y trouvent plongé-e-s, car les conséquences pour les un-e-s et pour les autres sont différentes. Il est important de comprendre cette structure en tenant compte des opinions des personnes qui vivent dans un conflit et du fait que la résolution de l’affrontement ne va pas être facile si cette structure ne change pas.

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