Rainer Maria Rilke, le poète de la lumière dans l’obscurité

19 décembre 2019
Rainer Maria Rilke était un poète qui utilisait la tristesse comme source de créativité. Dans ses versets, il nous enseigne à ne pas nous laisser défaire face au deuil, à être curieux, à trouver la lumière dans cette forêt dense qu'est notre être intérieur.

Rainer Maria Rilke était le poète qui utilisait la tristesse dans ses vers telle une muse. Or, son art, et surtout ses lettres, recèlent la magie de la transformation. Il nous a appris à accepter la nature solitaire de l’homme.

Les biographes disent que Rilke était un artisan de l’amour et un expert en matière de solitude choisie. Au cours de sa vie, il tomba amoureux de la plupart des princesses, comtesses et duchesses de l’Empire Austro-hongrois. C’était un poète itinérant, un voyageur infatigable, qui séjournait un temps dans un manoir, dans un palais où il fascinait tout le monde par son art et son érudition. Puis il partait, laissant le vide derrière lui.

Il est devenu le vagabond classique en quête de bienfaiteurs pour le sortir de la pauvreté mais aussi de cette éternelle maladie qui le rongeait : la solitude. Néanmoins, malgré cette itinérance existentielle et la détresse émotionnelle qu’il laissait dans son sillage, Rainer Maria Rilke a exploré la sensation de deuil comme personne d’autre.

On dit qu’il a trouvé la plus grande inspiration et stabilité avec Lou Andreas-Salomé. Cette écrivaine, philosophe et psychanalyste russe a partagé avec lui son esprit libéral. Pour Rilke comme pour elle, les choses les plus importantes étaient l’art, la culture et la connaissance. L’amour était une source d’inspiration et une façon de nourrir l’écriture et la poésie, mais à la longue, il était trop étouffant.

« Soyez patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur. Essayez d’aimer vos questions elles-mêmes… »

-Rainer Maria Rilke-

Une photo de Rainer Maria Rilke

Biographie de Rainer Maria Rike, le poète itinérant

René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke est né le 4 décembre 1875 à Prague. Son père était employé des chemins de fer et sa mère, Sophie Entz, était la fille d’un employé de banque haut placé. C’est elle qui lui a inculqué le goût de l’écriture et de la poésie. Ainsi, dès son plus jeune âge, il a fait preuve d’un talent artistique remarquable grâce à sa mère.

Cependant, ce monde délicat et raffiné s’est effondré lorsque le mariage de ses parents s’est brisé. C’est alors que son père a pris le contrôle de son éducation. Il l’a ainsi envoyé dans une école militaire. Heureusement, grâce à des problèmes de santé, il a pu quitter ce monde rude et s’inscrire à l’université en 1895. Il y a étudié la littérature, l’histoire de l’art et la philosophie. Tout d’abord à Prague puis à Munich.

C’est lors de son séjour à Munich qu’il rencontre la femme de sa vie. Il s’agit de Lou Andreas-Salomé. Cette écrivaine russe avait 15 ans de plus que Rilke. Elle avait été l’amante des intellectuels les plus éminents de l’époque et cela a encore plus inspiré le jeune Rainer. Lou Andreas-Salomé était sa conseillère et sa confidente. Elle lui a enseigné les langues et a été sa muse toute sa vie.

Rainer Maria Rilke sur un banc

 

Cette relation a permis à Rainer Maria Rilke de rencontrer des écrivains aussi remarquables que Leon Tolstoï. Plus tard, au début du nouveau siècle, il rencontre la sculptrice Clara Westhoff dans un collectif d’artistes à Worpswede. Il l’épouse, mais l’année suivante, après avoir eu sa première fille, il décide de les quitter pour Paris.

Rainer Maria Rike consolide son travail sur la route

A Paris, Rainer Maria Rilke rencontre Auguste Rodin et travaille pour lui comme secrétaire. Le célèbre sculpteur lui enseigne la technique de l’observation objective comme forme de création. Il s’est également lié d’amitié avec le peintre espagnol Ignacio Zuloaga. Ces deux artistes donnent une impulsion à sa créativité. Déjà la subjectivité s’y dessine à travers ses vers.

Durant cette période parisienne, il écrit Neue Gedichte (Nouveaux Poèmes, 1907), Requiem (1909) et le roman Les cahiers de Malte Laurids Brigge. Il s’agit d’une œuvre presque autobiographique dans laquelle il couche sur papier des confessions spirituelles et très intimes sur ses expériences.

En 1912, Rilke a séjourné au château de Duino, près de Trieste. Il y a passé quelques mois en compagnie de la comtesse Marie von Thurn und Taxis. Elle lui a inspirée les célèbres Elégies de Duino. Cela a été une période de calme et de liesse qui s’est brusquement terminée avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Rainer Maria Rilke a passé la majeure partie de la guerre seul à Munich. Jusqu’à ce qu’il doive finalement s’engager dans l’armée. Cela l’a profondément marqué. Son caractère ouvert, romantique et rebelle devient alors taciturne. Et à partir de ce moment, il entame une vie de voyage où il cherche l’inspiration et la paix de l’esprit, après le chaos de la guerre.

Travail frénétique et l’ombre de la mort

La protectrice de Reiner, Maria Rilke, lui a acheté un demeure en Suisse pour qu’il puisse y trouver une certaine stabilité personnelle. Ainsi, entre 1922 et 1926, une période de créativité intense et presque frénétique s’ouvre à lui. Souffrant de leucémie, sa santé a commencé à se dégrader. Il est alors devenu conscient que sa vie arrivait à son terme.

Cependant, la certitude d’une fin proche a donné à son esprit une plus grande impulsion et son désir de voler encore un peu plus de temps à la vie. Et il en a profité. Il a écrit une impressionnante série de poèmes et de lettres. En fait, son héritage lyrique est aussi délicat que profond, aussi symbolique qu’intime et inspirant.

« nous ne sommes que l’écorce, que la feuille,
mais le fruit qui est au centre de tout
c’est la grande mort que chacun porte en soi »

-Rainer Maria Rilke-

 

Au cours des quatre dernières années de sa vie, il a eu une relation avec l’artiste Elisabeth Dorothea Spiro, dont le fils deviendra plus tard le célèbre peintre Balthus.

Reiner Maria Rilke meurt le 29 décembre 1926 au sanatorium suisse de Val-Mont, à l’âge de 51 ans.

La tristesse comme moteur créatif pour Rilke

Il est vrai que la vie de Rilke était définie par cette transhumance existentielle qui le poussait à aller de ville en ville, de femme en femme. Cependant, il y avait peut-être en lui un désir impérieux de fuir quelque chose. Ce quelque chose était peut-être lui-même. La tristesse était son amante véritable. La plus fidèle. C’est pourquoi sa personne était l’imprégnation-même de cette émotion dans la vie.

Rilke comparait les émotions à l’architecture d’une maison. Il disait que lorsque la mélancolie et la tristesse entrent en nous, nous restons alors immobiles. Nous devenons des bâtiments, des murs. Des constructions rigides. Cependant, et selon lui, nous avons aussi le pouvoir de nous transformer, de donner de la lumière à ces constructions sombres.

Il a écrit une célèbre lettre à Sidonie Nádherná von Borutín, épouse de l’écrivain Karl Kraus, après avoir appris le suicide de son frère. « Sa vie doit maintenant continuer dans la vôtre, écrit-il, la perte n’est pas la séparation. Cherchez l’harmonie, cherchez un sens et créez quelque chose de nouveau avec sa mémoire et votre affection. »

 

Conclusion

Rilke ne souligne jamais dans ses textes que le temps guérit ou qu’il éteint la douleur de la mort. Dans sa poésie, il affirme qu’il est essentiel d’assumer les difficultés de la vie, qu’il ne faut pas les fuir. En effet, l’adversité nous aide à nous réaliser et nous permet de nous transformer.

Finalement, Rilke écrit comme un David face à Goliath. Ses paroles semblent, à première vue, légères et insignifiantes. Cependant, elles ont un impact immense. Il nous explique que le deuil, la tristesse et le chagrin sont l’autre moitié de la vie. Ils sont l’ombre. Et nous, nous sommes la lumière.

 

  • Pau, Antonio (2012). Vida de Rainer María Rilke. La belleza y el espanto. Tercera edición. Madrid: Editorial Trotta. 
  • Wiesenthal, Mauricio (2015). Rainer Maria Rilke (El vidente y lo oculto). Barcelona: Editorial Acantilado.