Qu’est-ce qui caractérise les personnes qui font preuve d’empathie ?

21 juin 2017 dans Emotions 790 Partagés

L’empathie est un art, une capacité exceptionnelle génétiquement programmée dans notre cerveau grâce à laquelle nous nous plaçons sur la même longueur d’ondes que les autres sur le plan des sentiments et des intentions. Cependant, et c’est là qu’apparaît le problème, tout le monde ne parvient pas à « allumer » cette lanterne qui illumine le processus de construction des relations les plus solides et enrichissantes.

Nous entendons très souvent des phrases comme « cette personne ne fait preuve d’aucune empathie », « elle est égoïste et n’a pas du tout l’air de savoir ce qu’est l’empathie ». Il est important de préciser que notre cerveau dispose d’une architecture très détaillée à travers laquelle cette « connexion » peut être développée. L’empathie, en fin de compte, est une stratégie supplémentaire pour intervenir dans la survie de notre espèce : elle nous permet de comprendre la personne qui se trouve en face de nous et facilite la possibilité d’établir une relation profonde avec elle.


« Si l’homme a deux oreilles et une bouche, c’est pour écouter deux fois plus qu’il ne parle. »

-Confucius-


Cette structure cérébrale dans laquelle la neuroscience a situé notre empathie se trouve dans le gyrus supramarginal droit, un point situé juste entre le lobe pariétal, le temporal et le frontal. Grâce à l’activité de ces neurones, nous parvenons à séparer notre monde émotionnel et nos cognitions pour être plus réceptif-ve-s, à un moment donné, à celles des autres.

Maintenant que ce point est éclairci, la question suivante serait… Si nous disposons tou-te-s de cette structure cérébrale, pourquoi y a-t-il des personnes plus ou moins empathiques et pourquoi certaines semblent ne pas du tout avoir cela en elles ? Nous savons, par exemple, que le trouble antisocial de la personnalité présente, en tant que principale caractéristique, ce manque de connexion émotionnelle avec les autres. Cependant, si l’on met de côté l’aspect clinique ou psychopathologique, on remarque qu’il y a tout simplement beaucoup de personnes qui ne parviennent pas à développer cette faculté.

Les expériences que nous vivons très tôt, les modèles éducatifs ou même le contexte social font que cette merveilleuse faculté s’affaiblisse pour se transformer en un égocentrisme social très marqué. À tel point que, comme nous le révèle une étude menée à l’Université du Michigan, les universitaires d’aujourd’hui sont jusqu’à 40% moins empathiques que les étudiant-e-s des années 80 et 90.

La vie actuelle présente tellement de stimuli et de distractions pour les jeunes et les moins jeunes que nous cessons d’être pleinement conscient-e-s du moment présent et même de la personne que nous avons en face de nous. Certain-e-s sont plus connecté-e-s à leurs dispositifs électroniques qu’aux sentiments des autres et il s’agit là d’un grand problème auquel nous devrions réfléchir.

Pour creuser un peu plus cette idée, nous vous proposons de découvrir les traits qui définissent les personnes ayant une estime de soi authentique, utile et essentielle avec laquelle elles peuvent établir des relations saines et se développer adéquatement au niveau social.

Empathie utile VS empathie projetée

Un aspect basique que nous devons éclaircir dès maintenant est : qu’entendons-nous par empathie utile ? Car même si cela peut nous surprendre, il ne suffit pas « d’avoir de l’empathie » pour construire des relations solides ou pour faire preuve d’une efficacité émotionnelle dans nos interactions quotidiennes.


« Le cadeau le plus précieux que nous pouvons offrir à quelqu’un est notre présence. Quand toute notre attention étreint ceux que nous aimons, ils s’épanouissent comme des fleurs. »

-Thich Nhat Hanh-


Voici un exemple pour comprendre ce concept. Marie vient de rentrer chez elle fatiguée, épuisée mentalement et contrariée. Elle vient de se disputer avec ses parents. Quand Roberto, son petit ami, la voit, il remarque immédiatement à son expression et à sa voix que quelque chose ne va pas ; il interprète son mal-être émotionnel et, au lieu de générer une réponse ou une conduite adaptée, il choisit d’appliquer l’empathie projetée, c’est-à-dire qu’il amplifie encore plus cette négativité avec des phrases comme « tu rentres encore en étant fâchée, tu prends toujours les choses trop à cœur, c’est toujours la même chose, regarde la tête que tu fais… ».

Il ne fait aucun doute que beaucoup de personnes sont très habiles quand il faut faire preuve d’empathie émotionnelle et cognitive avec les autres (elles ressentent et comprennent ce qu’il se passe) mais, au lieu d’intervenir pour canaliser et gérer adéquatement ce mal-être, elles l’intensifient.

La personne habile au niveau de l’empathie, par conséquent, est celle qui est capable de se mettre à la place de l’autre et qui sait comment l’accompagner dans ce processus, sans lui faire de mal et sans agir comme un miroir qui amplifierait la douleur. Parfois, comprendre ne suffit pas : il faut savoir AGIR.

L’empathie authentique met les jugements de côté

Nos jugements diluent notre capacité de rapprochement réel avec les autres. Ils nous placent dans un autre camp, de l’autre côté d’une vitre, dans une perspective très réduite : la nôtre. Il faut préciser, par ailleurs, qu’il n’est pas simple d’écouter quelqu’un sans émettre de jugements internes, sans coller d’étiquette, sans juger cette personne comme étant habile, maladroite, forte, perdue, mature ou immature.

Nous le faisons tou-te-s à un certain degré. Cependant, si nous pouvions nous dépouiller de ce costume, nous verrions les personnes d’une manière plus authentique, notre empathie serait bien meilleure et nous comprendrions avec plus de précision les émotions des autres.

C’est une chose que nous devrions pratiquer au quotidien. Une faculté qui, selon plusieurs études, se développe au fur et à mesure que nous grandissons car l’empathie, de la même façon que la capacité à écouter sans juger, devient plus commune quand nous accumulons de l’expérience.

Les personnes empathiques disposent d’une bonne conscience émotionnelle

L’empathie est une part indispensable de l’Intelligence Émotionnelle. Nous savons que cette approche, science ou aire de la psychologie et du développement personnel est à la mode, mais… Avons-nous vraiment appris à bien gérer notre monde émotionnel ?

  • En vérité, pas tellement. Actuellement, nous continuons à voir beaucoup de personnes qui manient à la légère et avec une supposée efficacité des termes comme l’autorégulation, la résilience, la proactivité, l’assertivité… Cependant, elles manquent d’un véritable inventaire émotionnel et se laissent mener par la colère, la rage ou la frustration comme des enfants de 4 ans.
  • D’autres, en revanche, pensent qu’être « empathiques » est synonyme de souffrance, comme s’il s’agissait d’une contagion émotionnelle où l’on ressent ce que les autres ressentent pour faire l’expérience de la même douleur, comme une sorte de mimétisme du mal-être.

Rien de cela n’est adéquat. Nous devons comprendre que l’empathie saine, utile et constructive est celle que l’on voit chez une personne qui est capable de gérer ses propres émotions, qui dispose d’une estime d’elle-même solide, qui sait fixer des limites et qui, en même temps, a la faculté d’accompagner les autres sur un plan émotionnel et cognitif.

L’empathie et l’engagement social

La neuroscience et la psychologie moderne définissent l’empathie comme le ciment social qui unit les personnes et qui génère un engagement réel et fort entre nous.


« Si vous n’avez pas d’empathie et de relations personnelles fortes, peu importe que vous soyez intelligent : vous n’arriverez pas loin. »

-Daniel Goleman-


Aussi curieux que cela paraisse, chez les animaux, le concept d’empathie est très présent en raison d’une chose très concrète que nous avons signalée au début : la survie de l’espèce. Cela pousse beaucoup d’animaux et d’espèces à faire preuve de comportements de coopération qui relèguent en arrière-plan l’idée classique de « survie du plus fort ». Nous pouvons voir un exemple de cela chez certaines baleines, capables d’attaquer les orques pour défendre les phoques.

Cependant, chez les êtres humains, c’est souvent l’effet inverse qui prédomine, c’est-à-dire le besoin de s’imposer devant les autres, de se chercher des ennemi-e-s, de créer des frontières, de bâtir des murs, de rendre certaines personnes invisibles ou même d’attaquer les plus faibles uniquement parce qu’iels sont faibles ou différent-e-s (nous pensons ici aux cas de bullying).

De leur côté, les personnes qui se caractérisent par une authentique empathie croient à l’engagement social. Parce que la survie n’est pas un commerce et ne doit pas traiter avec la politique, les intérêts ou l’égoïsme. Survivre ne signifie pas seulement permettre que notre cœur batte, cela signifie aussi vivre dans la dignité, le respect, se sentir valorisés, libres et faisant partie d’un tout où nous avons une valeur égale.


Voici donc la véritable empathie : se mettre à la place de l’autre pour faciliter une cohabitation pleine d’harmonie. Cela se travaille au quotidien.


Références bibliographiques

-Luis Moya (2013) “Empatía, entenderla para entender a los demás”. A Coruña: Plataforma Actual

-Frans de Waal (2009) “The Age of Empathy: Nature’s Lessons for a Kinder Society”  New York: Three Rivers Press

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