Psychopathes adaptés : les manifestations subcliniques

09 novembre, 2020
Récemment, des recherches ont été menées sur les émotions des soi-disant psychopathes qui ne sont pas liées à une activité criminelle. Les résultats sont très surprenants.

Des recherches récentes de l’Association américaine de psychologie indiquent que certains psychopathes socialement adaptés ont de l’empathie. En d’autres termes, les psychopathes qui ne sont pas engagés dans des activités criminelles peuvent manifester des capacités d’adaptation très bonnes dans la population générale.

Nous allons donc laisser de côté la controverse que le terme “psychopathe” suscite encore chez la plupart des psychologues. Nous nous concentrons ici sur la coexistence de traits absolument opposés chez ces individus. Le fait est que la recherche dans le domaine de la psychopathie est divisée en deux domaines.

On considère que, par défaut, la psychopathie ne peut inclure aucune forme de traits d’adaptation. L’autre partie soutient que des traits d’adaptation peuvent être trouvés, dans une certaine mesure, chez les individus psychopathes.

Plusieurs instruments ont été développés pour étudier les traits psychopathiques sur la base de ces deux points de vue. Il y a beaucoup de divergences entre les résultats.

De toutes les études réalisées, la plus complète est celle de Guillaume Durand intitulée Les effets des traits psychopathiques sur la peur de la douleur, de l’anxiété et du stress. Un point de vue novateur qui explique comment les psychopathes adaptés à la société gèrent leurs émotions.

Psychopathes adaptés : élargir et améliorer leur définition

Les chercheurs de l’étude ont soumis 529 participants à une série de tests psychologiques. Ils ont mesuré la psychopathie, la peur de la douleur, l’anxiété et le stress.

Ils ont utilisé un test qui recherche deux types de psychopathie différents : la dominance et l’antisocialité impulsive. Le premier est associé à l’audace et au courage, tandis que le second est associé à l’égoïsme, au blâme et à l’impulsivité.

Les chercheurs ont constaté que les personnes ayant obtenu un score élevé sur la mesure de la dominance avaient tendance à avoir moins peur de la douleur, de l’anxiété et du stress. En revanche, celles qui ont obtenu un score élevé sur la mesure de l’antisocialité impulsive ont montré des niveaux plus élevés d’anxiété et de stress.

Les résultats de l’étude

L’étude suggère que la définition de la psychopathie donnée par les médias (meurtrier de masse privé de toute forme de moralité) est assez éloignée de la vérité. Si ces personnes existent évidemment, il en existe d’autres qui ont des traits plus adaptatifs que maladifs. Cela les rend parfaitement fonctionnelles dans la société.

Les résultats sur les traits psychopathiques et la relation avec la peur, le stress et l’anxiété peuvent être très différents selon le modèle utilisé. Un diagnostic de psychopathie est souvent établi à l’aide du test “Liste de contrôle révisée de la psychopathie de Hare”. Toutefois, ce test se concentre sur les comportements et les traits de caractère inadaptés.

L’importance d’inclure des traits adaptatifs et désadaptatifs

L’objectif de cette étude était d’examiner la divergence des résultats dans le domaine de la psychopathie, où les traits adaptatifs du questionnaire étaient négativement corrélés avec la peur de la douleur, l’anxiété et le stress, alors que le contraire était constaté pour les traits inadaptés.

Pour résoudre ce problème, Guillaume Durand a créé le Questionnaire sur les traits psychopathiques adaptatifs (Durand, 2017 ; Journal of Personality Assessment). Ce questionnaire évalue exclusivement les traits psychopathiques adaptatifs.

Cet instrument est utilisé chez des individus considérés comme hautement psychopathes. Il permet aux chercheurs de distinguer clairement les individus psychopathes adaptés de ceux qui sont inadaptés.

Psychopathes adaptés : ce qui a été étudié sur leur empathie

Tout en servant l’altruisme, l’empathie est aussi un outil pour l’esprit machiavélique. Ce dernier a besoin de bonnes “informations” pour évaluer et éventuellement tirer profit des autres.

La psychopathie peut servir le bien commun. Par exemple, dans les situations qui exigent des performances. Ce sont celles auxquelles sont confrontés les sauveteurs, les travailleurs de la santé, les soldats et autres personnes dans des situations à haut risque. Là, les émotions peuvent s’estomper pour laisser place à une attitude froide et simplifiée.

Mihailides, Galligan et Bates (2017) appellent cela la “psychopathie adaptative”, un terme qui désigne le “vecteur de quarantaine” dans lequel l’information empathique est mariée à des processus mentaux psychopathiques utiles. Par exemple, pour faire face aux menaces qui entrent en conflit avec ses valeurs et ses croyances.

L’empathie se manifeste sous deux formes : sur le plan cognitif et sur le plan affectif. Ces plans sont indépendants les uns des autres, mais ils ont aussi tendance à travailler ensemble.

L’empathie cognitive est la capacité à voir les choses du point de vue d’une autre personne. L’empathie affective est la capacité de vibrer avec les émotions des autres. On estime que l’empathie cognitive est plus forte dans le narcissisme, tandis que l’empathie affective semble plus faible.

Psychopathes adaptés : certains de leurs traits au service de la société

Les traits transmis par les psychopathes adaptés apportent avec eux un avantage évolutif. Autrement, ils ne seraient pas aussi courants qu’ils le sont.

Ceux qui peuvent faire preuve d’une pensée psychopathe ont parfois un avantage. Ils peuvent être fondamentaux pour la survie de la communauté, en fournissant un contingent sans inhibitions, plus agressif, capable de se concentrer et de faire le travail. C’est un équilibre extrêmement délicat.

Dans la mesure où ils ont de l’empathie, nous soutenons les psychopathes adaptés.

Les psychopathes adaptés ont une plus grande capacité à donner un sens à la motivation des autres. Ils doivent aider à prendre des décisions tout en conservant la possibilité de choisir quand participer ou non. Différents groupes d’individus peuvent, ensemble, fournir des freins et des contrepoids pour maintenir une communauté dynamiquement adaptée.

Une plus grande empathie associée à des traits plus sombres peut préserver la qualité de la relation. Autrement dit, les traits questionnables des psychopathes adaptés sont parfois négligés parce qu’ils présentent un certain degré d’empathie. S’ils n’en n’ont pas, ils ne seront pas les bienvenus dans le groupe.

Hall, JR y Benning, SD (2006). El psicópata “exitoso”: manifestaciones adaptativas y subclínicas de la psicopatía en la población general. En CJ Patrick (Ed.), Manual de psicopatía (p. 459–478). La prensa de Guilford