La psychologie cognitive : qu’est-ce que c’est, en quoi consiste-t-elle et qui l’a établie ?

· 5 septembre 2017

La psychologie cognitive constitue actuellement l’un des courants thérapeutiques les plus influents et efficaces en ce qui concerne la récupération de troubles mentaux. Bien que le terme « cognitif » soit peu utilisé dans le langage courant, on s’en sert fréquemment dans le monde des sciences du comportement. Pour le/la lecteur-trice qui n’est pas spécialement familiarisé-e avec la psychologie, disons que « cognitif » est synonyme de connaissance ou de pensée.


Tous les êtres humains sont capables de générer des cognitions, c’est-à-dire des pensées ou des représentations mentales de ce que nous connaissons, de ce qui se passe autour de nous. Il ne se passe pas la même chose si nous ne connaissons pas une chose ou si nous ne sommes pas conscients de son existence.


La psychologie cognitive, par conséquent, se consacre à l’étude du comportement humain qui se centre sur les aspects non-observables, mentaux, qui interviennent entre le stimulus et la réponse ouverte. Pour le dire dans un langage plus compréhensible, la psychologie cognitive se charge de connaître les idées qui affleurent dans l’esprit du patient et de savoir de quelle façon elles influent sur sa réponse émotionnelle et comportementale – comment il se sent et ce qu’il fait en fonction de ces idées -.

Aujourd’hui, nous utilisons fréquemment la thérapie cognitive pour résoudre une multitude de problèmes psychologiques. Pourquoi ? Parce que nous avons pu observer comment ces cognitions ou pensées dont nous parlons influent sur le comportement du/de la patient-e ou le déterminent dans de très nombreux cas.

Par conséquent, à partir de ce point de vue, le traitement consiste à identifier ces pensées, croyances et schémas mentaux qui ne correspondent pas à la réalité environnante ou bien qui sont exagérés et à essayer de les remettre en question à travers un débat consistant à poser des questions qui mettent en doute ces cognitions. Une fois que la personne ou le/la patient-e sera capable d’identifier et de remettre en question ses propres croyances, iel sera prêt-e à les reformuler et à émettre de nouvelles cognitions, plus adaptées à la réalité objective.

La révolution cognitive

Dans les années 50, le paradigme dominant était la psychologie comportementaliste ou de l’apprentissage qui, même si elle avait réussi à expliquer une multitude de phénomènes psychologiques, était encore assez réductionniste car elle ne pouvait donner des explications qu’à ce qui était observable. Tout ce qui pouvait intervenir entre les stimuli et les réponses – ce qu’on appelle la « boîte noire » comportementaliste – ou qui était considéré comme un épiphénomène ou quelque chose d’insignifiant pour le comportement observable.

Lorsque cet aspect comportementaliste se retrouva dans une impasse, on commença à accorder de l’importance aux phénomènes qui se produisaient dans notre esprit entre le moment où nous recevions un stimulus et celui où nous donnions une réponse. Ce fut à ce moment que les chercheurs commencèrent à étudier les processus de raisonnement, de langage, de mémoire, d’imagination…

La même chose se produisit avec la psychanalyse de Sigmund Freud, un courant qui dominait aussi à l’époque et qui n’était pas capable de donner des réponses à la multitude de désordres mentaux malgré la révolution qu’elle avait réalisée.


La dénommée « révolution cognitive » surgit de façon irrémédiable, et c’est pour cela que la psychologie se réoriente vers les processus mentaux privés de l’individu.


Dans les grandes lignes, ils existent certains domaines de recherche qui permirent de donner naissance à la psychologie cognitive, comme :

  • Les progrès au niveau de l’informatique (Turing, Von Neumann…) qui ont permis la création de machines programmables, qui étaient capables de prendre des décisions en faisant un parallèle avec la façon dont l’esprit humain traite l’information.
  • Les progrès dans le domaine de la cybernétique, avec Wiener.
  • Les théories de l’information avec Shannon, qui concevait l’information comme un choix et une réduction d’alternatives.

Quels auteurs formulèrent la psychologie cognitive ?

Comme nous l’avons expliqué plus tôt, la psychologie cognitive surgit à partir des limitations du comportementalisme, incapable d’expliquer, par exemple, pourquoi il y a des personnes qui répondent de manière différente à d’autres alors qu’elles ont reçu le même conditionnement. Les représentants les plus connus qui aidèrent la psychologie cognitive à s’installer dans le monde des sciences du comportement furent :

F.C. Barlett

Il fut le premier professeur de psychologie expérimentale de l’Université de Cambridge. Son postulat principal fut la théorie des schémas de l’esprit, à travers laquelle il soutenait que la pensée, comme le souvenir, est un processus qui peut se reconstruire.

À travers des fables qu’il lisait aux personnes qui participaient à ses études, il remarqua que celles-ci n’étaient pas capables de s’en souvenir de manière littérale, même s’il les avait répétées. Cependant, il découvrit que ces personnes avaient davantage tendance à se souvenir de ce qui correspondait à leurs précédents schémas mentaux.

Jerome Bruner

Pour cet auteur, il existe trois formes d’apprentissage : l’actif, l’imagé et le symbolique. Il établit qu’une théorie d’instruction doit se concentrer sur quatre grands aspects : la prédisposition à l’apprentissage, les façons dont un corps de connaissance peut être structuré, les séquences pour présenter le matériau et, enfin, la nature et le rythme de récompense ou de punition.

Le plus important dans sa théorie est la place qu’occupe l’immersion dans la connaissance pour toute personne qui souhaite apprendre. Ainsi, il émit l’idée selon laquelle un-e étudiant-e apprendrait davantage et plus rapidement s’iel s’impliquait dans la connaissance qu’iel essayait d’acquérir et l’appliquait.

Gardner

Il formula la fameuse théorie des intelligences multiples, selon laquelle l’intelligence serait la capacité à organiser les pensées et les coordonner avec les actions. Chaque personne aurait au moins huit types d’intelligence ou de facultés cognoscitives. 

Ces intelligences sont semi-autonomes mais travaillent en équipe (intégrées) dans l’esprit d’une personne. Chaque personne, par ailleurs, développerait l’un ou l’autre type d’intelligence à un degré différent des autres en raisons d’accents culturels.

Jeffrey Sternberg

Sternberg est connu pour sa théorie triangulaire de l’amour, selon laquelle l’amour accompli est composé de trois éléments : l’intimité, la passion et l’engagement.

Il a aussi énoncé la théorie triarchique de l’intelligence, qui dit que l’intelligence est une activité mentale qui vise à nous adapter, à sélectionner et définir des environnements importants du sujet en question. L’intelligence, selon lui, se démontre à travers la façon dont chacun-e de nous affronte ou promeut les changements.

David Rumerlhart

Il s’agit d’un auteur très influent au niveau de la théorie des schémas. Selon lui, les schémas sont des représentations de concepts généraux qui sont stockés dans notre mémoire et qui nous aident à organiser le monde. Sa théorie nous explique comment est représenté le monde dans notre esprit et comment nous utilisons cette information pour interagir avec le monde.

Jean Piaget

C’est l’un des auteurs les plus importants pour la psychologie cognitive. Il a formulé la théorie du développement cognitif par étapes. Ces étapes se caractérisent par la possession de structures logiques qualitativement différentes qui rendent compte de certaines capacités et imposent certaines restrictions aux enfants.

Il existe beaucoup d’autres représentants de la psychologie cognitive, comme Vigotsky, Erickson ou Ausubel qui mériteraient une place dans cette liste. Dans tous les cas, leurs apports constituèrent une révolution pour la psychologie d’alors et pour comprendre quelles sont les principales forces et faiblesses du courant le plus populaire dans l’actualité, le courant cognitivo-comportemental.

Ainsi, grâce à leurs apports, la psychologie a avancé à pas de géant. De cette façon, même si le comportementalisme est encore d’actualité et se combine même au cognitivisme, ce dernier a constitué une grande avancée par rapport à ce que nous connaissions quelques décennies plus tôt, en améliorant le traitement de différents troubles mentaux. Certains avec une grande incidence comme, par exemple, la dépression.

Malgré tout, la psychologie cognitive n’est pas non plus exempte de limites. Des critiques raisonnées, et très souvent raisonnables, qui portent sur l’hypothèse selon laquelle les processus mentaux et le comportement sont séparés et que les premiers précèdent les seconds.